« La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux petits. La solitude trouble les cerveaux qu'elle n'illumine pas » (Victor Hugo).
Je ne sais dans quelle catégorie se range M. Papandréou, mais ce qui est certain est que son annonce dun référendum était loin dêtre lumineuse pour beaucoup de monde, et quil doit se sentir bien seul ce soir.
Quoiquil en soit, L'annonce du referendum en Grèce a fait l'effet d'une bombe, et un certains nombre de questions simposent :
Tout dabord, le gouvernement grec semblait totalement impliqué dans les accords du 26 septembre dernier. Encore lundi dernier, le Ministre des Finances, Evangélos Vénizélos, insistait sur le fait que « La stratégie globale" mise au point par la zone euro doit être soutenue par une série de mesures et une forte persévérance politique pour ne pas connaître le même sort que d'autres décisions qui se sont révélées tardives et insuffisantes », ajoutant, « Je veux croire que cette fois, l'Europe en a conscience, et a la volonté nécessaire ».
Alors, comment expliqué ce revirement, en prenant cette décision sans en informer ses collègues européens, et dans un timing des plus douteux : la veille du G20 ?
Dautre part, les Grecs veulent-ils l'adoption du nouvel accord ou le rejettent-ils ? « La volonté du peuple grec s'imposera à nous », avait déclaré M Papandréou devant le Pasok (le groupe parlementaire du parti socialiste). En dautres termes, souhaitent-ils le soutient de lEurope au détriment de leur souveraineté ? Ou préfèrent-ils une sortie de la zone, sextraire de laustérité imposée et renouer avec leur tradition démocratique vieille de 2 600 ans ?
Petite anecdote, la démocratie trouve son origine dans la grave crise de la cité grecque et les mutations propres à Athènes. Au VIe siècle av. J.‑C., les cités du monde grec sont confrontées à une grave crise politique, résultant, entre autre, de l'esclavage pour dettes, liant situation politique et situation financière
Par ailleurs, selon Jean-Claude Juncker, le Président de lEurogroupe, « si les Grecs devaient rejeter par référendum le dernier accord de renflouement international, on ne pourrait exclure une faillite de la Grèce ». A ce propos, Fitch rajoute « que cela augmenterai le risque d'un défaut forcé de la Grèce et d'une éventuelle sortie de ce pays de la zone euro, avec de "graves conséquences financières pour la stabilité financière et la viabilité de la zone euro ».
On peut se permettre danticiper les conséquences dune sortie de la Grèce de la zone euro. Il faudrait, certes, une analyse poussée, tant sont complexes les tenants et les aboutissants, sans compter que nous naviguerions en « terres inconnues ».
Mais daprès un article de John Carney (Editorialiste sénior sur CNBC), actuellement la Grèce est le pays le plus puissant du monde. Dans lhypothèse ou elle répudie sa dette, il ne croit pas que le défilé des horreurs que beaucoup prédisent suivront. Par exemple, que la Grèce sera définitivement exclue du marché du crédit. Pour une seule raison, elle est déjà exclue des marchés du crédit.
Après cela, la Grèce aurait lun des bilans les plus sains en Europe. Ce serait un très bon emprunteur, du moins, meilleur que maintenant. Bien sûr, certaines sociétés financières peuvent hésiter à prêter à un débiteur récemment défaillant. Mais il y a des sources de capitaux dans le monde qui serait très heureux de prêter à un pays avec un bilan propre, au motif qu'un défaut ultérieur est très peu probable.
Enfin, quels impacts aurait un défaut grec sur les investisseurs privés ? A ce jour, 90% dentres eux, ont accepté de subir une perte sèche de 50% sur leurs avoirs en dettes grecques. En cas de défaut, ils seraient remboursés à 100% via lactivation de leurs couvertures, les CDS
du mois pour ceux qui portent un « maillot ».
Toutefois, on peut imaginer l'éventualité que M. Papandréou soit renversé vendredi lors du vote de confiance de vendredi, rendant caduque son initiative. Le 1er Ministre grec ne disposerait que de 150 voix sur 300, soit une marge de manuvre absolument nulle.
Cette semaine qui promettait dapporter quelques éclaircissements aux marchés, est pour linstant, un vrai choc de confiance.
Seront, donc, attendu avec beaucoup dimpatience, la réunion franco-allemande, aujourdhui, organisée en urgence après lannonce de M Papendréou.
Le G20, qui se tient à Cannes jeudi et vendredi pourrait apporter des éléments de réponses, aux questions encore en suspens, telle que la participation de pays émergents, comme la Chine, au plan européen, ou bien encore, les modalités dapplication du plan européen de sortie de crise.
La Réserve fédérale américaine mercredi et celle de la Banque centrale européenne jeudi revêtent toute leur importance, avec des mesures de soutien possibles à léconomie.
De plus, le reste de la semaine à venir s'annonce très riche en statistiques.
Enfin, la saison des publications d'entreprises bat son plein et se poursuivra, cette semaine avec Plus de 100 sociétés cotées au S&P 500 qui publieront leurs résultats, avec parmi elles Lowes ou encore Kellogg.
Conclusion
Le CAC40 chute de -5,38% (+175Pts d'indice) et pulvérise les supports majeurs que sont la MM20 (3 170 pts) et la MM50 (3 074 pts) dans des volumes importants pour un jour férié (4.78 mds). Depuis vendredi, nous assistons à une véritable éjection baissière (- 10%), avec des bougies ayant de grand corps sans ombre inférieure (le cours de clôture correspond au plus bas, donnant une idée de la force des vendeurs). La puissance de cette éjection donne lieu à un gap de 57 pts. « News flow » et macro ne semblent pas pouvoir arrêter cette tendance, tout au contraire.
A ce stade, il faudra monitoré les 3 050 pts (23% de la chute de cet été), le risque que le marché fasse une narcose à lazote (ivresse des profondeurs) est important avec pour objectif le comblement du gap (à 2 976 pt) du 6 octobre dernier. Ce qui correspondrait à une baisse de 92 pts. Pour infos, la volatilité jour de lindice, depuis 2000, tourne autour de 125 pts.
Il faudra, toutefois, être vigilant, aujourdhui. Les marchés réagissent de manière épidermique aux mauvaises nouvelles. Londe de choc de lannonce de M Papandréou pourrait encore émettre aujourdhui. Par ailleurs avec des annonces macroéconomiques peu rassurantes sur le ralentissement économique, il faudra suivre, aujourdhui, pour les Etats-Unis, les chiffres de lemploi (évolution en baisse depuis son point haut en juillet dernier) et la décision du FOMC (Fed). Pour lEurope, le PMI qui mesure le niveau d'activité des directeurs d'achats dans le secteur manufacturier (en baisse depuis son plus haut en février 2011 et en zone de contraction depuis fin août).
Ce matin, 07H30, les indicateurs de début de journée sont mitigés. LAsie évolue dans le rouge, quant aux futures CAC40 et DOW, ils affichent une belle tendance haussière, avec respectivement, 1.6% et 1.4%.
Rumeurs
- La Banque centrale européenne (BCE) a acheté mardi de la dette italienne, en particulier des obligations à huit et 10 ans, rapportent des traders. Les rendements de la dette italienne à 10 ans ont atteint La Banque centrale européenne (BCE) a acheté mardi de la dette italienne, en particulier des obligations à huit et 10 ans, rapportent des traders. Les rendements de la dette italienne à 10 ans ont atteint 6,26%, soit un niveau observé avant les premiers rachats de dette italienne et espagnole par la BCE le 8 août dernier. "Ils achètenent également de la dette espagnole", a dit un trader.
- Le courtier américain MF Global a déposé le bilan lundi, selon un document officiel.
Selon les documents déposés au tribunal de Manhattan, les actifs de MF Global au 30 septembre s'élevaient à 41,05 milliards de dollars et sa dette à 39,68 milliards de dollars. Ces pertes découlent de paris malheureux effectués sur certaines dettes européennes au travers dopérations pour compte propre. Lexposition de MF sélèverait à 6,3 milliards de dollars, dont plus de la moitié sur lItalie et plus dun milliard sur lEspagne, et nul ne sait de quelle manière les contreparties du courtier (banques, hedge funds) vont être atteintes, mais Deutsche Bank et JP Morgan détiendraient à eux deux pour 1,5Mds$ de dettes émises par MF Global. MF Global est-il le seul intermédiaire financier occidental en difficulté suite à la crise des dettes souveraines ? Ca ravive les inquiétudes sur ce que l'on ne connaît pas à propos de la santé des groupes financiers américains, a relevé M. Michael James, de Wedbush Securities.
- Selon Der Spiegel, il semblerait que dans laccord conclut lors du sommet européen de mercredi dernier, il était stipulé quun comité de 9 membres délégués par le Bundestag, lassemblée nationale allemande, devait décider pour lAllemagne de distribuer ou de refuser des fonds des contribuables germaniques pour le FESF. La Haute Cour de Justice ou Cour Constitutionnelle de Karlsruhe, la Bundesgerichtshof, a statué dés vendredi à ce sujet, déclarant ce comité anticonstitutionnel. Cette décision pourrait entraîner de nouveaux retards dans la prise de décision allemande dans ses efforts pour sauver la monnaie commune.
Marchés
- L'indice parisien n'a pas pu redresser la barre en fin de séance et reste sous les 3100 points, effrayé par la nouvelle donne en Grèce et encore peu rassuré par les réunions en cascade des responsables européens. Ainsi, le CAC 40 termine en baisse de près de 5,4% à 3068,3 points dans un volume très élevé avec 4,78 milliards d'euros échangés soit un montant important en ce jour férié de la Toussaint. La semaine commence avec une performance négative de 8.37%.
Wall Street a terminé en net repli mardi, les investisseurs craignant que le référendum voulu par le Premier ministre grec n'entraîne la faillite d'Athènes et plonge le système financier dans une inconnue dangereuse: le Dow Jones a perdu 2,48% à 11 657,96 pts et affiche une performance de -4.69% depuis le début de la semaine.
Après les inquiétudes sur la dette Italienne, lundi, l'annonce du referendum en Grèce a fait l'effet d'une bombe, aujourdhui, alors que les investisseurs pensaient que la crise de la dette en Europe touchait à sa fin, avec le G20.
Le Vix senvole de 16.82% à $35.
- L'inquiétude persiste, d'où le repli des investisseurs qui vendent à tour de bras et se reportent sur des placements plus sûrs comme les obligations.
Le Bund en baisse à 1.789 contre 2.020 la veille, lOAT à 3.019 contre 3.066 la veille. Quant aux Etats-Unis le TNote baisse à 2.001 contre 2.190.
A noter que le spread entre les obligations françaises et allemandes à 10 ans a atteint mardi un nouveau record depuis la création de la monnaie unique, qui atteint 123 pdb.
Après le mauvais accueil des marchés à lémission obligataire Italie, vendredi dernier, le rendement à 10 ans de l'Italie continue de se tendre. Le "spread" ou écart entre le taux italien et allemand, s'élevait à 437 points de base, soit 4 points de pourcentage. De même, le taux à 10 ans de l'Espagne progressait à 5,560% contre 5,490% vendredi.
Ces pays figurent depuis cet été en premières lignes des craintes de contagion de la crise de la dette à d'autres pays que ceux déjà touchés à savoir la Grèce, l'Irlande ou le Portugal.
Tandis que le marché interbancaire poursuit la légère baisse entamée lundi, avec un Euribor 3 mois à 1.585%. Signe que les tensions diminuent sur ce marché. A noter que la pression saffaiblit avec des volumes sur le marché monétaire en hausse depuis août dernier.
Tendance de fond
Annonces de la veille
- Lundi soir, le premier ministre grec Georges Papandréou a annoncé l'organisation d'une consultation référendaire sur l'accord obtenu jeudi dernier entre les pays de la zone euro, qui prévoit un plan de désendettement pour Athènes. Le référendum devrait intervenir "vers janvier", selon une source gouvernementale.
- Le gouverneur de la Banque centrale canadienne a estimé mardi que la tenue d'un référendum en Grèce sur le dernier plan de sauvetage du pays pourrait s'avérer positif. Mark Carney a jugé que le règlement de la crise de la dette grecque nécessitait une large adhésion de la population et qu'il appartenait à la Grèce de déterminer la façon d'obtenir ce soutien démocratique pour avancer.
- Le Président de la République et la Chancelière ont convenu de se retrouver à Cannes demain mercredi dans l'après-midi, avant le début du G20, pour une réunion de consultation avec les institutions européennes et le FMI ainsi que pour une réunion avec les autorités grecques, afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour la mise en oeuvre dans les meilleurs délais de l'accord conclu le 27 octobre à Bruxelles.
- La fédération allemande des banques privées (BdB) a estimé mardi que le projet grec de référendum sur l'accord européen était "tout sauf un cadeau", à l'unisson avec plusieurs responsables politiques.
- Rainer Brüderle, ex-ministre de l'Economie et chef de file des députés libéraux, qui participent à la coalition de la chancelière Angela Merkel, s'est lui dit "irrité par cette manoeuvre étrange"
- L'agence de notation financière Fitch a été très claire: Un "non" des Grecs au référendum prévu en janvier "augmente le risque d'un défaut forcé" de la Grèce et d'une éventuelle sortie de ce pays de la zone euro, avec de "graves conséquences financières pour la stabilité financière et la viabilité de la zone euro".
Tendance macro
- l'Organisation pour la coopération et le développement économiques a réduit ses prévisions de croissance 2012 pour la zone euro à 0,3% contre 2,0% en mai et à 1,8% contre 3,1% pour les Etats-Unis. Pour l'ensemble des pays du G20,l'OCDE prévoit désormais une croissance de 3,8% en 2012 et 4,6% en 2013, mais celle-ci sera tirée vers le haut par les marchés émergents et notamment la Chine (+8,6% en 2012 et +9,5% en 2013).
- Pour la première fois depuis la crise de 2008-2009, les "indicateurs composites avancés de lOCDE" pour la zone euro, et notamment de la France, mais aussi du Royaume-Uni et de la Chine, signalent "fortement un ralentissement de l'activité économique sous sa tendance de long terme". Les inversions de tendance de l'indice précèdent généralement de 6 mois environ les inversions de l'activité économique, selon l'organisation qui réunit les pays les plus riches de la planète.
- Le ralentissement économique mondiale est acté (OCDE, FMI et BQ Mondiale, Fitch, Standart & Poors, Goldman Sachs,
). Selon les standards du FMI, une croissance mondiale autour des 3% est le signe dune récession mondiale. Les économistes de Citi abaisse ses prévisions de croissance mondiale en 2012, de 3,8% à 2,9% et s'attend à une récession dans la zone euro. Les pays développés, US et Z, ne devraient pas dépasser 1.6% de croissance économique en 2011.
- L'activité économique de la zone euro devrait être atone jusqu'au premier trimestre 2012 inclus, ont indiqué vendredi les instituts de conjoncture français, allemand et italien (Insee, Ifo et Istat).
- L'économie française est entrée en récession en octobre, selon l'indice PMI publié lundi par le cabinet Markit, qui est tombé à son plus bas en 29 mois, à 46,8 points contre 50,2 points en septembre.
- L'agence d'évaluation financière Moody's Investors Service a annoncé lundi qu'elle allait étudier au cours des trois prochains mois s'il y avait lieu de revoir la perspective d'évolution de la note souveraine de la France, qu'elle juge toujours pour l'instant "stable".
Dossiers latents :
- Attente du G20, le 3 et 4 novembre prochain. La France et l'Allemagne se sont engagées, dimanche dernier, à apporter une réponse "durable et globale" à la crise de la zone euro lors du sommet européen du 26 octobre. Les inconnues sur le dossier des dettes européennes persistent. Les modalités dapplications seront censées être dévoilées au cours du G20 du mois de novembre.
- Ne pas oublier la date du 23 novembre prochain, A cette date, un « Joint Select Comittee », petit comité de 12 élus (3 sénateurs démocrates, 3 sénateurs républicains, 3 représentants démocrates, 3 représentants républicains), doivent sêtre mis daccord sur un nouveau plan déconomies drastiques. Ce qui permettra à lAdministration Obama dobtenir une rallonge budgétaire.