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Analyse fondamentale : L’or, horizon des monnaies par Bruno Be

03 déc. 2012 19:23


http://leblogalupus.com/2012/12/03/ledito-du-lundi-3-decembre-2012-lor-horizon-d es-monnaies-par-bruno-bertez/#more-48016


L’or, horizon des monnaies par Bruno Bertez
L’Edito du Lundi 3 Décembre 2012 : L’or, horizon des monnaies par Bruno Bertez

Cela fait maintenant plus de dix ans que nous travaillons sur la crise. Pour être honnêtes, c’est dès le début des années 80, lors des balbutiements de la financiarisation que nous avons acquis la conviction que « tout cela finirait mal ». Notre analyse théorique a été renforcée par la crise de 1987. Elle a été confirmée à l’occasion des autres crises intermédiaires qui se sont produites, dette mexicaine, crise asiatique, crise LTCM.





Le fait que le traitement soit toujours le même nous a conforté dans l’idée que l’issue était inévitable. Dans les années qui ont suivi, tout s’est déroulé comme dans un livre avec la bulle technologique, avec la bulle de l’immobilier, la bulle du crédit spéculatif, puis maintenant la bulle de la dette souveraine généralisée. L’échéance est encore loin et on s’en rapproche à grands pas. Bien entendu méfiez-vous quand nous parlons d’échéance, nous nous situons dans une perspective historique. Le temps de l’histoire est lent. Il n’a rien à voir avec les années et les saisons. Tout au long de ces dernières décennies, notre fil conducteur dans nos analyses a été le cycle du crédit, l’excès de crédit, le surendettement.

Nous n’abandonnons pas ce fil conducteur, il est très utile surtout pour comprendre le moyen terme. Cependant, il est temps de passer à quelque chose de plus profond, de plus fondamental. De plus fondamental qui englobe et unifie nos analyses et diagnostics précédents. Notre fil conducteur est le suivant. Nous sommes dans une crise des « équivalents » et cette crise va déboucher sur une autre, bien plus terrible qui est la crise du « système » des équivalents.

Nous commencerons par une citation de Nietzsche: « Fixer des prix, estimer des valeurs, imaginer des équivalents, échanger, tout cela a préoccupé à tel point la pensée primitive de l’homme qu’en un certain sens, ce fut la pensée même ».



Puis, par celle-ci de Marx: « La transformation de l’argent en capital doit être expliquée en prenant pour base les lois immanentes de la circulation des marchandises de telle sorte que l’échange d’équivalents serve de point de départ »



PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :

La crise est une crise des équivalences, une crise du système des équivalences. Quand Bernanke prétend lutter contre la déflation, il tente de fixer les prix à un niveau supérieur à celui qu’ils auraient spontanément, il prétend imposer son système d’équivalences. Équivalences des choses, des biens, des services, avec sa monnaie. Il refuse celles qui découlent ou découleraient du marché, de la confrontation des achats et des ventes des agents non politiques. Comme elles ne lui conviennent pas, il tente de manipuler ce dans quoi les équivalences se formulent, sa monnaie, le dollar. Ce faisant, il va détruire sa monnaie. Lui retirer son statut de monnaie, lequel est en fait usurpé. Nous sommes dans une crise des équivalences, laquelle débouchera, débouche déjà sur une crise plus fondamentale, celle du système des équivalences. Son issue sera l’effondrement total de l’équivalence suprême, ce sera la révélation du fait que le Roi est nu. Ce sera la fin de l’équivalence des monnaies avec La Monnaie. Avec l’or .

On peut, face à la situation dite de crise, avoir plusieurs attitudes, plusieurs points de vue.

-Point de vue de l’Etat chargé, si on peut dire, de l’ordre, du long terme.

-Point de vue du gouvernement chargé de la chose publique sous contrainte électorale.

-Point de vue gestionnaire pour les firmes, comment s’en sortir, s’adapter, prospérer.

-Point de vue de l’individu, comment survivre physiquement et socialement, comment s’élever, etc.

Ce sont des points de vue que nous appelons: de gestion.

Ici, nous ne situons pas dans la gestion.

La distinction entre le point de vue dit « gestionnaire » et le point de vue scientifique est celle-ci: Nous cherchons à connaître, à comprendre, ce qui est à l’œuvre. Nous débusquons ce qui se trame, pour prendre un registre dramatique. Nous ne critiquons pas les attitudes gestionnaires, elles ne se situent ni dans le vrai ni dans le faux, elles donnent des résultats ou elles n’en donnent pas. Il y a des gens payés pour effectuer cette gestion.

On peut gérer efficacement, même sans comprendre ce qui se passe puisque la gestion c’est une succession de courts termes dans un environnement donné, défini par l’état du système et l’apparente connaissance qu’en ont les participants.

Cette efficacité peut cependant n’être que superficielle et masquer un échec profond qui se révèlera, soit par la multiplication de conséquences inattendues, désagréables, soit par un effondrement final si la gestion, aveugle a, en fait, renforcé les forces de déséquilibres et accentué les fragilités qui mènent au chaos.

L’analyse logique, que nous n’appelons scientifique que par commodité, mais logique est préférable, cette analyse cherche à mettre à jour, à comprendre, pas à gérer.

Nous cherchons à comprendre:

- Comment on en est arrivé là où on est?

- Quel est le jeu des forces en présence?

- Quels sont les éléments-clefs, fondamentaux, non circonstanciels qui ont produit cette situation?

- Quelle peut être l’issue spontanée, l’évolution, si on ne se donne pas l’illusion de maitriser?

- Quels sont les choix possibles si on veut intervenir, s’en mêler?

- Quels sont les conséquences possibles, les conséquences non voulues, positives ou négatives?

- Quels sont les coûts, et pour qui, qui paie?

- Quelles sont les conséquences systémiques, comment risque de se modifier le système?

Vous voyez que, par cette démarche logique d’analyse, non seulement on dépasse le stade du court terme, du circonstanciel, de ce qui est, mais pourrait ne pas être, le stade des apparences, et que l’on tente d’explorer le fondamental. On fouille, on met à jour. On expose au grand jour.

Nous revenons en arrière sur la démarche dite scientifique. L’économie n’est pas une science, c’est une prétention insoutenable que de le dire.
Aucune des caractéristiques des sciences ne se retrouve dans les travaux et la démarche des économistes. Ils sont incapables de remonter l’enchaînement des causes et des effets, de reproduire, de prévoir, bref, d’être utiles. Faute de comprendre, ils font joujou avec des incantations masquées par des rideaux de fumée. Les économistes sont des grands prêtres, auxiliaires de la classe politique, auxiliaires des banques, auxiliaires de la classe ploutocratique.



Nous changeons un peu, nous remplaçons pour une fois klepto par plouto.

L’économie, c’est une, ou plusieurs idéologies, au service des intérêts dominants et cela a toujours été et sera toujours ainsi.

C’est la théorie qui sert aux Pouvoirs à se maintenir. C’est la théorie qui sert aux sujets, sujets au sens de serfs du Moyen-Age, à se sentir « sujets » face aux monarques dits démocratiques ou républicains. La science économique, c’est ce qui fait de vous des sujets et « d’eux » des rois.

Tout se passe dans votre tête, par la culture de masse, la propagande, et il faut bien le dire, grâce à votre paresse et docilité et bien sûr votre penchant pour les satisfactions matérielles immédiates.

Il nous faut ajouter votre besoin de sécurité.

Ce n’est pas parce que l’économie n’est pas une science que l’on ne peut pas comprendre ce qui se passe. Le bagage intellectuel de base, le goût de l’effort, la révolte, sont des ingrédients suffisants pour comprendre ce qui se passe. Bien sûr, il faut pratiquer l’analyse logique, disposer de concepts solides, bref, d’outils pour mettre de l’ordre dans le chaos, comme on dit dans les bonnes sociétés de pensée.

Nous insistons, car c’est là où tout se joue, tout se noue.

Si l’économie n’est pas une science, disent les pouvoirs, alors tout est relatif, il n’y a pas de Vérité.

On peut, par conséquent, instaurer le règne de l’Opinion, et bien sûr faire en sorte de manipuler cette opinion dans le sens désiré. Désiré par qui? Mais oui bien sûr! Par ceux qui détiennent le pouvoir.

Ne tombez pas dans le piège. Si l’économie n’est pas une science, ce n’est pas pour autant que deux et deux ne font pas quatre, que ce que vous voyez est faux. Il y a des évidences incontournables, même si on voulait, même si on veut, que vous n’en croyiez pas vos yeux. Il n’y a pas de parole scientifique, il n’y a que des magiciens et on sait qu’il n’y a pas de bonne magie sans illusions.

L’enjeu , c’est votre argent. Autrement dit, ce qui vous appartient. Il n’y a que des David Copperfield qui escamotent votre argent, le produit de votre travail, effort, innovation, audace, bref, ce qui fait votre vie, et prétendent que c’est pour votre bien. Ils vous font déchoir socialement, bouchent l’avenir de vos enfants et c’est encore pour votre bien.

Vous voyez passer milliards après milliards en gaspillages criminels. Gaspillages qui plongent les peuples dans la régression et l’obscurantisme et on vous dit: « mais non , cela ne vous coûte rien, à peine quelques dizaines de millions ». Hélas, le compte n’ y est pas et quand on donne trois cents milliards à la Grèce ou cent milliards à l’Espagne, il faut bien qu’ils viennent de quelque part, qu’on les prennent dans une poche présente ou future.

Ce n’est pas parce que l’économie n’est pas une science, qu’il n’ y a pas de Vérité en matière économique et financière. Voilà ce qu’il faut que vous compreniez. Et cette vérité doit se soumettre aux contraintes de la vérité, c’est à dire être logique, ne pas se contredire, elle doit coller, exprimer le réel. Elle doit avoir un pouvoir explicatif vrai qui fait appel à l’intelligence et non pas aux émotions, aux sentiments ou à la pseudo morale. Quand une pierre tombe, elle tombe, point à la ligne. Et la gravitation, cela existe.

Revenons à nos moutons. Non pas les moutontribuables, mais nos moutons cités en liminaire.


Marx est certainement le plus grand économiste de tous les temps, avec ses amis/ennemis de l’école autrichienne. En fait, ces ennemis sont des frères, ils travaillent de la même manière, ils marchent sur les pieds et non sur la tête. Ils partent de la réalité et non pas des livres qu’ont écrits les confrères qui les ont précédés. Ils ont osé s’attaquer à ce qui est centre du cercle de l’économie, la notion de valeur. La valeur, c’est l’effacement de la chose réelle, empirique derrière, par exemple, la quantité de travail qui a servi à la produire ou encore par le prix qu’un acquéreur serait disposé à payer pour pouvoir en jouir.

Marx met en avant la valeur travail, Murray Rothbard la valeur perçue, accordée, subjective conférée par l’individu. Autrement dit, ils se sont penchés sur cette notion centrale au cœur de l’appréhension des valeurs: l’équivalence. Ils sont réunis, non par ce qu’ils affirment l’un et l’autre, mais par l’opération intellectuelle qu’ils tracent, ils étudient l’équivalence. Comment des choses peuvent être équivalentes, s’échanger, finalement avoir la même valeur alors qu’elles sont radicalement différentes.

Ils passent le scalpel dans le réel avec leur concepts, exhument ce qui est caché, oublié, escamoté et ainsi, nous donnent à voir ce qui se passe en-dessous, soigneusement dissimulé dans le système. Pas d’imbécilités à l’Américaine avec des modèles, des corrélations, des idioties mathématiques genre formules abracadabra pour lire dans les entrailles des agneaux sacrifiés.

Au fait, en passant, les agneaux, c’est vous, ne l’oubliez pas. Non, Marx et l’école autrichienne pratiquent l’analyse logique verbale, ils parlent, ils mettent en mots l’économie. Une logique verbale plus dialectique chez Marx, mais une logique verbale plus pratique, plus proche de la praxis chez les Autrichiens.

Ces soi-disant, apparents ennemis, ont produit, si on va à la base des choses, les deux versants d’une réalité, d’une même montagne, les deux faces d’une même pièce. Une pièce symbolique qui rend compte de l’homme et de ses activités économiques. Et ces deux faces, ces deux versants sont aussi inséparables que dans une pièce de monnaie, ils la constituent dialectiquement. Ils sont « uns » tout en étant différents. Mais, comme dans le cas de la pièce de monnaie, les deux faces ne rendent pas compte de toute la réalité de la pièce de monnaie, l’essentiel reste encore caché: à savoir, qui a fabriqué cette pièce de monnaie.

Réfléchissez, nous sommes au tournant de ce que nous voulons vous faire comprendre. Le côté pile ou le côté face n’expriment pas, n’épuisent pas, la totalité systémique de la pièce de monnaie.

L’important est ailleurs, dans le fait que quelqu’un a conçu cette monnaie, l’a émise, avec un ou des buts précis; il est aussi dans le fait que quelqu’un accepte cette pièce, qu’elle circule. Et ce à quoi elle sert dans le système, n’est pas forcément et uniquement ce à quoi les gens pensent en l’utilisant. En plus de la pièce, sa réalité objective est un tout composé de celui qui l’émet, la met en circulation et de celui qui s’en sert et l’accepte.

Et c’est ce quelqu’un qui émet, qui dirige, qui est le maître, qui commande. Et ceux qui se servent de la pièce l’ignorent ou l’oublient. On leur fait ignorer, oublier. On détourne leur attention, on divertit , on mystifie. Comme dans les banlieues, quand les jeunes vous disent : « Je te mystifie ».

Nous pouvons maintenant reprendre le fil là où nous l’avons laissé, avec nos deux citations.


Peut-être avez-vous compris où nous voulons en venir, peut-être avez-vous remarqué, noté, souligné le mot important. C’est le mot « équivalent ». C’est l’échange d’équivalents qui est le point de départ de l’économie, dit Marx. Imaginer des équivalents, échanger, c’est la base de la pensée de l’homme et c’est, en un sens, la pensée même dit Nietzsche. Quand vous mettez un mot sur une chose, vous tracez une relation d’équivalence; quand vous dites l’euro vaut 1,29 dollars, vous tracez une relation d’équivalence, vous créer, vous confirmez, vous confortez une équivalence. Quand vous dites une once d’or vaut, donc équivaut à 1729 dollars. Vous posez une équivalence. Quand vous dites l’inverse, à savoir le dollar vaut 1/1729ème d’once d’or, vous posez une équivalence. Une équivalence tout aussi légitime que la première. Car, par définition, les équivalences sont réversibles.

Pour que cette équivalence soient acceptée, il faut qu’elle soit affirmée, dictée, validée. Car si vous venez de Sirius, vous allez rire au nez de celui qui vous dira, ce bout de papier vert, c’est la même chose que ce beau morceau de métal brillant, orangé, inaltérable, symbole de lumière, parure de toutes les fêtes de tous les sacrifices, la même chose que ce métal sacré, pour parler clairement.

Pour affirmer ce bout de papier c’est la même chose que ceci ou cela, il faut un pouvoir considérable, celui d’aliéner les gens, celui de les névroser, de les rendre crédules, croyants comme dans les religions. Il faut que vous les fassiez douter d’eux-mêmes, de ce qu’ils voient. Il faut, comme nous le disons souvent, que vous leur fassiez prendre des vessies pour des lanternes. Appréciez bien ce qu’il faut de pouvoir -et de mauvaise foi- pour oser dire: ce morceau de papier est identique à ce merveilleux métal dont le monde de tous temps a considéré qu’il était le summum de la valeur, le summum du précieux, du sacré, de la fête, du superflu. Quel rapport y a-t-il, sinon un rapport de forces, entre l’or sacré, inscrit dans l’âme humaine individuelle et collective de tous temps et toutes origines, et ce dollar profane, quotidien, simplement utile, banalement utile?

Il faut un rapport de forces, de puissance terrible -au sens fort de terreur- pour dire cette forme monétaire parfaite, rare qu’est l’or équivaut à cet ersatz de monnaie, surabondant, créable et multipliable à volonté des seuls Etats-Unis. Il faut une puissance cynique de démiurge pour oser imposer un bout de papier qui n’est qu’une promesse, mieux ou pire, une dette comme un actif en lequel on peut avoir confiance, un actif que l’on peut conserver, stocker. Il faut une puissance cynique et égoïste et en même temps, il faut que cette puissance ne soit pas contrée, qu’elle ne rencontre aucun contrepouvoir.

Le dollar n’est pas une monnaie, c’est une dette, une créance sur les Etats-Unis, sur leur richesse actuelle, sur leurs richesses et leurs productions futures. Ils en émettent et s’en servent comme d’une dette. La richesse des Etats-Unis est finie, au sens de finitude, limitée, mais leur pouvoir de création de dollar est infini, sans limite. Témoin la comédie du fiscal cliff produite par la seule évocation cosmétique de fixer une limite à la dette américaine.

Or, que vous dit-on? Avec le complicité, avec l’estampille de vos gouvernements et de vos banquiers et de leurs télés réunis? On vous dit: les Etats-Unis ne peuvent pas faire faillite, ils disposent de la printing press, ils créent autant de dollars qu’ils le veulent pour vous rembourser!

C’est le fondement, nous le signalons en passant, du keynesianisme radical à la Krugman, les Etats-Unis ne peuvent pas faire faillite car ils ont le pouvoir de vous ruiner en fabriquant autant de monnaie qu’ils en ont besoin pour honorer leurs promesses. Pensez-y quand vous saluez positivement les négociations sur le fiscal cliff qui n’ont d’autre but que d’augmenter la capacité d’endettement des Etats-Unis. En fait, quand vous faites confiance aux Etats-Unis comme refuge du risk-off, vous faites confiance à leur pouvoir régalien de vous ruiner. De vous dépouiller. Les Chinois l’ont compris qui ne prêtent plus à long terme aux Américains. En quelque sorte, les Chinois contestent l’équivalence. Et ils le font parce que leur pouvoir, leur puissance, montent. Ils constituent un contrepouvoir qui émerge.

L’équivalence dollar/or est fausse. Le dollar n’est pas une monnaie, il n’est pas alternative à la monnaie-or. Le dollar est un play, un jeu, une spéculation sur la dette américaine. Le dollar est un gigantesque play de leverage sur le stock d’or américain. C’est une pyramide de dettes construite sur la pointe que constitue le stock d ‘or de Fort Knox.

Personne n’a inversé l’événement de 1971 et lu correctement ce qui s’est passé à ce moment-là. La faillite a conduit les Etats-Unis à fermer la vitrine de l’or. A mettre en sécurité ce qu’ils avaient de plus précieux. 1971, c’est le coup de force, non pas d’imposer le dollar, mais de préserver le stock d’or des Etats-Unis. De le mettre hors d’atteinte, hors de portée. En 1971, les Américains ont consacré l’or, ils l’ont sanctuarisé. Sacralisé. Pas touche à mon or.

Les idiots de gouvernements européens ne l’ont pas compris, au lieu de faire comme les USA, de protéger précieusement leur or, ils l’ont vendu, bradé à 260 dollars l’once!

La seule monnaie est l’or. Le reste n’est pas monnaie, mais fait temporairement fonction de monnaie.


La forme monnaie est dans l’âme humaine. La seule monnaie est l’or, même pas l’argent. Seul l’or est l’équivalent général, universel, international, éternel et donc a les caractéristiques de la monnaie telle qu’elle git au fond de l’âme des hommes et des peuples. L’or est objet suprême du désir, en lui même. Les marchandises, les monnaies des dictateurs passent, l’or reste, sa force d’attraction persiste. Indépendamment de sa valorisation.

Les fausses monnaies peuvent faire usage, être utiles, c’est pour cela qu’elles sont acceptées, mais l’or, au contraire, n’a pas besoin de faire usage pour être recherché.

Jean Jacques Rousseau disait que le vice, pour ceux qui le pratiquent, c’est « de disposer à leur gré de tout le sexe, sous toutes ses formes ». Les fausses monnaies, c’est cela, la jouissance immédiate polymorphe, vicieuse; l’or, c’est la jouissance différée, reportée, comme c’est le cas dans le désir. La fausse monnaie s’inscrit dans l’ordre de l’usage, du besoin, dans l’ordre régressif, l’or s’inscrit dans l’ordre plus profondément, plus spécifiquement humain du désir.

Tout le reste n’est que crédit, dette, confiance. Seul l’or bénéficie de cette empreinte, de cette gravure inaltérable dans la psyché. Nous avons déjà dit, ce n’est pas l’or en tant que tel, physique, qui est inaltérable, mais son empreinte, sa forme universelle que l’on retrouve partout. L’or est lié à la symbolique des échanges, à ce qui a pris naissance quand les hommes ont commencé à échanger, puis commercer, puis épargner… L’or physique, c’est l’or physique, tel qu’en lui-même, l’or, forme monétaire suprême est ailleurs, là où il est intouchable, indestructible, comme nous le répétons, inaltérable. Chez les hommes, il y a quelque chose de plus, qui fait qu’ils sont ce qu’ils sont, ce quelque chose de plus, c’est l’accès, la prise dans le symbolique. Et l’or est là dedans. Et c’est ce qui fait qu’il est monnaie. Authentique monnaie, authentique selon la racine grecque: qui ne s’autorise que de lui-même.

Le dollar circule, il n’est que utile, nous verrons avec Bernanke que le dollar est comme la pile Wonder, il s’use quand on s’en sert. L’or, on le garde, on le met à l’abri comme la Fed, comme les Chinois, les Russes, les princes arabes intelligents, les émergents qui ont compris les origines de leur émergence, à savoir qu’ils n’émergent que grâce au laxisme du crédit et du dollar américain qui vient alimenter leurs réserves et permettre leur expansion.

L’or, on le veut intact, pur, non souillé, comme les Allemands viennent de se souvenir. C’est en lui même qu’il est objet du désir des hommes, donc il doit être parfait. Tout est argent éphémère, moment de circulation, l’or, lui, est l’extincteur unique, final, des dettes.

Il n’y a pas de ciel des monnaies: dans le ciel, il n’y a qu’un Dieu, c’est l’or. Tout le reste n’est même pas, même plus demi-dieu, ou demi-dieu déchu comme dans les mythologies.

L’argent-métal n’est pas monnaie, même pas monnaie de pauvre. Il n’est qu’autre auxiliaire, dérivé vulgaire. Forme inférieure de l’or, déchu de l’or. Regardez le vocabulaire, il est explicite avec la confusion argent/argent-métal. Le pauvre, on est obligé de préciser, c’est dévalorisant, on est obligé de préciser de quoi on parle pour signifier le métal blanc. Et puis la littérature psychanalytique est constante, l’argent dans l’inconscient, c’est de la m…e. Ce n’est pas un hasard, c’est une forme déchue, dépréciée. Avec l’argent, on rentre déjà dans l’ambiguïté de la valeur d’usage. Si la m…e c’est l’inverse du phallus, le phallus retourné, inversé, l’or lui c’est le phallus, son équivalent économique, ce scintillement, cet opérateur magique du désir, qui a animé la quête des alchimistes, quête qui symbolise le grand mystère de ce qui nous fait marcher. Le Graal est en or, bien entendu.

L’or est monnaie suprême, seule monnaie. C’est déjà faux de dire cela car l’or est monnaie. Il est la forme, la structure monnaie rendue visible, concrète. L’or est monnaie suprême de ne pas circuler, d’être conservé précieusement. Il suffit de savoir qu’on l’a, qu’on le possède, que l’on en est propriétaire. On ne met pas dans la rue ce qui est précieux. On le met dans les sous-sols, bien gardé. On va même, comme le fait la Fed, refuser de le montrer aux profanes, refuser de le laisser contrôler par Ron Paul, refuser de le laisser contrôler par les citoyens. Il faut, en plus, du sacré, du mystère. Tout comme le fait la Fed qui accrédite ainsi le statut de l’or, son aura… La mauvaise monnaie chasse la bonne, on fait circuler le dollar et la vraie, la bonne monnaie, l’or, ne bouge pas. Faire circuler l’or comme monnaie c’est, comme tentent de le faire les démiurges comme Bernanke en le financiarisant, or-papier, c’ est une imbécilité de plus. Des chiffres, des cours, des cotations ne sont pas de l’or et, quand ce sera le grand Retour, l’Eternel Retour au sens de Nietzsche, alors on verra, ce sera le retour du fameux « mais dis-moi, l’as-tu en bourse?». Question centrale.



BRUNO BERTEZ Le Lundi 3 Décembre 2012

2 réponses

  • 06 décembre 2012 14:33

    Homosexualité, propagande, humour par Bruno
    Bertez


    http://leblogalupus.com/2012/12/03/ledito-du-lundi-3-decembre-2012-l or-horizon-des-monnaies-par-bruno-bertez/


  • 11 décembre 2012 08:23


    http://leblogalupus.com/2012/12/10/ledito-du-lundi-10-decembre-2012-lor-horizon- des-monnaies-la-globalisation-etait-lextension-du-systeme-des-equivalences-par-b runo-bertez-2eme-partie/#more-48286


    EN LIEN : L’Edito du Lundi 3 Décembre 2012 : L’or, horizon des monnaies par Bruno Bertez (1ère Partie actualisée avec commentaires et textes adjuvants )

    A y réfléchir de plus près, la globalisation des 30 dernières années s’analyse comme une extension du système des équivalences. Cette globalisation s’effectuant sous un mode centralisé contient en elle-même les germes de la destruction du système qu’elle a tenté d’imposer.



    Vouloir comprendre les choses économiques, les monnaies profanes, la finance, sans aller voir là où cela se passe, c’est à dire chez l’homme, dans sa tête, dans son âme, bref, sans recourir aux fonctions symboliques, c’est comme vouloir comprendre la sexualité sans le désir et la réduire au besoin et à l’usage. Car c’est ce qu’ils veulent, le grand « Ils ». Vous réduire au besoin, à la consommation , à tout ce qu’ils manipulent et maîtrisent. Ils peuvent tout sur vous, sauf agir sur le sens des choses et c’est pour cela que le sens, l’interprétation, la découverte, l’herméneutique, tout cela est rejeté. Il faut vous résumer, vous mettre en carte comme disait Ferré, vous identifier, vous équivaloir à ce qui, en vous, est manipulable. Tout doit être marchandise, avec son équivalent de fausse monnaie. C’est leur domaine, ils y sont rois. Et c’est pour cela d’ailleurs qu’ils sont rois, parce que vous êtes et vous vivez sujets en raison de leurs balivernes qui servent à acheter autant de votes qu’ils en ont besoin pour vous dominer.

    Nous avons pointé le fait que la pierre angulaire du système était « l’équivalence » et le pouvoir de l’imposer. L’équivalence se noue sur un marché, des marchés, sur la généralisation des marchés, marchés de tout. D’où la financiarisation qui a tout mis sur les marchés, le pétrole est un papier, l’or est un papier, le cattle est un papier, les droits CO2 sont un papier… bientôt on mettra sur le marché des droits à détruire la planète, à consommer et consumer l’extinction.

    Il faut souligner le génie inconscient du système qui, peu à peu, met tout sous sa coupe pour tout dominer, tout manipuler. Tout rendre fait ou faisable, à la main au sens propre, à leur main.

    Le réel est rare, il est physique donc soumis à la rareté. Mais le réel-papier est infini. On peut généraliser et multiplier les free lunchs. On peut vendre de l’or papier que l’on n’a pas, du pétrole qui n’existe nulle part, et faire chuter les prix. On peut faire léviter les actions, les actifs à risque et jouer de l’inverse pour vous tondre mieux encore en faisant de temps en temps des pauses de risk-off, etc. Tracer l’équivalence entre le signe, le cours, l’actif papier, le vent, traités sur un marché et le réel épais, dense, lourd, a été le trait de génie qui a permis au système d’ aller aussi loin dans sa dégradation et ses déséquilibres. Transformer le sang et la sueur des hommes en chiffres, l’incertitude en volatilité, en dérivés, en dérivés de dérivés, en a été leur miracle.



    PLUS DE BERTEZ EN SUIVANT :

    Les Chinois travaillent dur, certains sous la menace de châtiments. Ils produisent beaucoup et jouissent peu, selon la maxime de Confucius. Ils vendent leur travail aux Américains qui les paient en dollars.



    Ces dollars ne sont pas restitués au peuple chinois pour qu’il jouisse, non, ils sont épargnés, stockés par le pouvoir chinois. Pour plus tard, leur dit-on. Mais les Américains ne sont pas fous et ils sont cyniques, ils n’ont pas envie que les Chinois accumulent réellement des créances qui gonflent à intérêts composés sur eux-mêmes, ils créent du dollar à qui mieux mieux. Ils font des taux d’intérêt nuls ou négatifs qui consument la dette. La dette avec les taux réels négatifs se dévalorise en s’accumulant. Ces dollars valent quelque chose tant que l’on ne s’en sert pas, tant qu’ils ne tournent pas, mais quand on voudra s’en servir, on s’apercevra qu’il n’y a pas de contrepartie concrète pour les honorer. Les Américains paient en monnaie de singe, l’équivalence entre le pouvoir d’achat actuel apparent du dollar et l’équivalence future sera radicalement changée.

    Les créanciers des Etats-Unis feront l’expérience qu’ont faite les Européens du sud avec leur épargne. Ils croient mettre de l’argent de côté pour acheter une voiture et, quand vient l’échéance, ils se retrouvent avec un vélo. Un vélo bon marché en plus, fabriqué au rabais en… Chine.

    Quand l’argent des Chinois partira à la recherche de son pouvoir d’achat, de sa contrevaleur, ils s’apercevront qu’ils n’ont pas le dixième de ce qu’ils avaient espéré. Non seulement les Chinois vendent à bas prix mais, en contrepartie, ils reçoivent des créances qui ne seront jamais honorées ou qui ne le seront que nominalement. Ils transfèrent de la valeur par le jeu sur les équivalences présentes et ils vont encore en transférer plus par le jeu des équivalences futures. C’est comme le disent les Américains, le double whammy, on perd sur ce que l’on vend et on perdra aussi sur ce que l’on reçoit en contrepartie. En Chine, le seul gagnant, c’est la clique au pouvoir.

    Mais le pouvoir des Chinois progresse, leur intelligence du système aussi.

    Peu à peu, ils cessent d’accumuler des créances sur les Etats-Unis, ils développent un espace monétaire Yuan, ils concluent des accords de troc; bref, ils se passent du dollar. La fausse monnaie, ex-plaquée-or, commence à révéler ses atteintes par la rouille. Les Chinois donnent l’exemple à d’autres pays. En matière de monnaie, c’est comme en matière de Web, il y a un effet multiplicateur de l’usage dès lors qu’une certaine taille critique est atteinte. Au début, on peut se passer de Google et Facebook puis, quand toutes ses relations y sont, on y va…

    Un dollar déposé en compte dans une banque est un autre dollar, encore moins bon que celui émis par la Fed. En fait, il est émis par un vassal, un avatar. Ce n’est qu’un quasi dollar. Vous n’êtes pas propriétaire de votre dollar, il est évanoui, vous avez simplement une créance sur la banque. Une créance qui vaut ce qu’elle vaut… Bien peu de gens le savent, mais les nations souveraines commencent à percevoir la différence, elles!

    Les pays rogues, entendez par là ceux qui refusent l’ordre américain, ont maintenant compris la différence qu’il y avait entre un dollar ici et un dollar là. Ils ont compris que lorsqu’ils auront besoin de leur argent, on fera comme on fait avec l’Iran, on bloquera et saisira. On répètera autant qu’il le faudra les opérations de déstabilisation: ce qui s’est passé dans l’histoire récente crève les yeux.

    C’est non pas l’inflation ou l’hyperinflation qui auront raison du faux Dieu-dollar, mais la géopolitique.



    Un Etat rogue a toujours une opposition interne qui est prête à exprimer sa soif de démocratie moyennant subsides et honneurs. Avec de l’argent, de la propagande, il est aisé de faire monter cette opposition, de mettre le feu et de forcer les dirigeants rogues à intervenir… contre leur peuple, voyons. Et puis il n’y a plus qu’à dérouler: blocus, sanctions, saisies, d’autant plus facile que le système bancaire mondial, jusqu’à ces derniers temps, était entièrement contrôlé par les Etats-Unis et leurs alliés britanniques et les TBTF aux ordres. On ne le dit pas assez, mais l’Iran est punie non pas pour avoir osé envisager de posséder une arme atomique, mais pour avoir osé prétendre faire régler les achats pétroliers en une autre monnaie que le dollar. Le paiement du pétrole en dollars est encore la clef de voûte de l’équivalence. C’est la Grande Equivalence, pétrole égale dollar.

    C’est ce qu’ont compris les Chinois et surtout les Russes qui étudient ces scénarios et prennent les dispositions en conséquence. Un dollar ici ne vaut pas un dollar là. Le dollar n’est pas et il est de moins en moins, une monnaie. Il n’a jamais eu et il a de moins en moins les caractéristiques de la forme « monnaie ».

    Au plan intérieur, domestique, c’est la même chose. Un dollar ici ne vaut pas un dollar là.



    C’est pour maintenir l’équivalence entre un dollar ici et le dollar là, qui est soi-disant « écrituré » dans votre compte bancaire, que les Banques Centrales créent de la monnaie Banque Centrale. Elles forcent à l’équivalence fictive car, si la non-équivalence réelle venait à être découverte, ce serait le « run », le retrait des dépôts et l’écroulement -prématuré- de tout le système. Ce dont ils ne veulent pas. Pas maintenant. Donc les Banques Centrales donnent de l’argent aux banques pour que vous ne vous aperceviez pas que ces banques n’en ont pas assez, pour que vous ne sachiez pas qu’elles ne peuvent faire face à leurs engagements.

    C’est la même chose pour le marché de gros des dépôts. Les emprunteurs banquiers qui ont besoin d’argent doivent donner des gages, des collatéraux aux prêteurs, mais, comme les collatéraux qu’elles ont sont pourris et ne valent pas ce pour quoi ils sont inventoriés, on force à l’équivalence, on dit cela vaut le pair. Et pour forcer les équivalences, on achète sur le marché, on distribue le cash par des LTRO, on fait des balances Target 2, des swaps, on prend en pension au mépris des règles prudentielles et comptables, etc.

    La globalisation est l’élément dominant des trente dernières années. Pourtant, bien peu se rendent compte que le monde a connu de nombreuses phases et crises de globalisation.



    L’histoire proche nous renvoie aux années 1870/80, lesquelles paraissent présenter de très grandes similitudes avec les années récentes. La dépression fut terrible. La globalisation, c’est une phase d’extension des équivalences. Ce qui est ici va là bas et on dit que c’est équivalent ou inversement.

    Les périodes de globalisation se répètent avec les mêmes caractéristiques:

    - Augmentation des flux de marchandises

    - Augmentation des flux financiers

    - Révolution industrielle et/ou technologique

    - Laxisme monétaire, taux d’intérêt bas

    - Innovation de la pratique des Banques Centrales qui permettent de dépasser les limites du crédit

    - Augmentation des endettements de tous les agents, effets de levier

    - Explosion des profits, enrichissements hors normes

    - Développement sans précédent des marchés financiers

    - Appétit considérable pour le risque, en particulier et de plus en plus, spéculatif

    - Modernité qui tente de faire croire que ce n’est plus comme avant

    - Accroissement exponentiel des inégalités

    Nous oublions peut-être quelque chose, mais l’essentiel est là.

    Le discours de la globalisation, en essentiel, c’est: ici ou là bas, c’est la même chose, c’est équivalent. On peut fabriquer ici ou là. On peut mettre l’argent ici ou là, tout se vaut, bien sûr au bénéfice près que l’on empoche au passage. Ce que l’on produit en Chine vaut, équivaut à ce que l’on produit en France ou aux Etats-Unis ou en Espagne, donc on peut faire le faire venir et empocher une coquette plus-value. C’est cela la globalisation des flux de marchandises, de services et des flux financiers. Cette équivalence généralisée est tellement sûre, assurée que l’on peut, sans risque, augmenter le levier pour en tirer encore plus de profit. On joue sur du velours.

    C’est le risk-on à pleines vannes, grandes ouvertes.

    Et puis, un jour, sans que les responsables s’y attendent, la musique cesse de jouer. Les danseurs cherchent un siège, il n’y en a pas assez pour tout le monde, n’est-ce pas Monsieur Prince. Sur les marchés, c’est la révulsion.



    Fini l’appétit pour le risque, finies les aventures exotiques, fini le « ici c’est comme là-bas », fini le grande règne/rêve de l’équivalence généralisée. La peur s’installe, la prudence s’impose, on fuit les risques, chacun cherche à rentrer chez soi. C’est le rapatriement, la re-domestication, la préférence nationale, on rentre au bercail, bref, c’est la fin d’un système, rêvé, d’équivalences. Ailleurs et ici, on s’en aperçoit, ce n’est pas la même chose.

    Alors que fait-on?

    Face aux reflux des capitaux, à la destruction des liquidités et de la liquidité, face à la frilosité qui gagne, on ouvre tout grand les robinets de la fausse monnaie. Elle est déjà potentiellement dévalorisée, elle l’était dès avant la crise car tout reposait sur erreurs et mensonges, mais, cette fois on fait ce qu’il faut pour la déprécier concrètement. Pour la dévaluer et masquer le retrait des équivalences. Masquer la baisse de valeur des assets, masquer l’insolvabilité des émetteurs de dettes, par l’euthanasie des rentiers, on force, par défaut, à la prise de risque.

    Qui fait cela? Qui a le pouvoir de faire cela? Le Centre, l’émetteur de monnaie qui se prend pour le Roi, les Etats-Unis. Car, il y a une chose que l’on a oubliée, passée sous silence, escamotée, c’est le fait que, pour s’imposer comme fausse monnaie obligatoire, le dollar a été obligé de centraliser, d’ériger les Etats-Unis en Centre. Au niveau global, il faut faire comme on le fait dans un pays pour imposer une seule monnaie, celle du Roi. Pour imposer le dollar, les Etats-Unis sont obligés d’être uniques et que toutes les parties du globe deviennent semblables, que tout remonte à eux. C’est cette centralisation qui les condamne à fournir de la monnaie à tout le système. Pour le soutenir, c’est à dire pour soutenir le mensonge des fausses équivalences. Ainsi, la Fed est obligée d’ouvrir les vannes pour empêcher que l’insolvabilité des banques européennes ne se manifeste, Pour que l’on puisse continuer à dire que les dettes souveraines européennes valent leur plein, que les euros déposés dans les banques valent autant que les euros que l’on a sous son matelas.

    La centralisation, dont le monarque américain a besoin pour imposer son dollar, oblige à l’intervention tous azimuts, intervention monétaire, militaire, politique. De la même manière qu’elle conduit à l’hyper-présence militaire et politique, elle oblige à l’hyper-présence monétaire.

    Un peu à l’image de ce qui se fait en caricature actuellement en Europe: non seulement il faut payer, créer de la monnaie pour faire tenir les fausses équivalences dans les pays pestiférés, mais il faut intervenir, régenter, aller sur le terrain, imposer les réformes, il faut presque aller encaisser les impôts. Il faut tordre les bras.

    Ce que nous voulons dire, c’est que le dollar est mis à contribution, on s’en sert trop, il s’use dans sa prétention de se constituer, puis de perdurer comme monnaie. Son usage révèle de plus en plus son véritable statut qui est celui d’usurpateur, de faux Dieu. Les contradictions internes minent le dollar en tant que monnaie, son usage fait qu’il s’écarte de plus en plus de ce qui constitue le minimum vital pour être, pour tenter de passer pour une monnaie. Il est fini le temps du Dieu-dollar. Trop sollicité, il s’est profanisé. Son auréole est passée, envolée. Il n’est plus que ce qu’il est, rien de plus. Et cela, c’est déjà dans l’esprit des gens. Certains feront remarquer qu’il tient, il a cessé de baisser, nous leur répondons que c’est par défaut, parce que l’euro est en respiration artificielle, parce que le yen est un mort-vivant et que le yuan du parti communiste chinois ne pourra jamais devenir une monnaie.

    Notre analyse fondée sur l’idée que la crise est une crise des équivalences et que les pseudo remèdes constituent une tentative désespérée de les préserver, permet de comprendre que les Banques Centrales et les Gouvernements ne retirent pas du »tail risk » du système, mais qu’ils en rajoutent. On est en train de transformer du tail risk en certitude.



    En s’arqueboutant, en appuyant de toutes leurs forces pour maintenir coute que coute les équivalences, ils augmentent les divergences fondamentales. Le monde n’est pas en train de s’unifier, c’était bon il y a trente ans de dire cela, il est entrain de se fragmenter, de se mosaïquer. La fluidité disparait, les frottements se multiplient, vulgairement dit. Partout « cela chauffe ». La folie de, coute que coute d’ajouter de la pseudo monnaie va conduire à la destruction de la machine même à produire de l’équivalence, la machine monétaire.

    Notre analyse radicale permettra de comprendre:

    - Ce qui se passera lorsque la bulle obligataire mondiale souveraine et privée éclatera.

    - Ce qui se passera lorsque les monnaies seront mises à l’ultime contribution pour soutenir cette bulle

    - Ce qui se passera quand un acteur majeur, Allemagne? Chine? Décidera de ne plus jouer au jeu des équivalences, brisera les faux consensus, laissera apparaitre ce qui est derrière les illusions et l’opacité des signes, à savoir le poids du Réel, de la Force, de l’Histoire.



    BRUNO BERTEZ Le Lundi 10 Décembre 2012

    llustrations et mise en page by THE WOLF

    EDITO PRECEDENT : L’Edito du Lundi 3 Décembre 2012 : L’or, horizon des monnaies par Bruno Bertez (1ère Partie actualisée avec commentaires et textes adjuvants )

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