"Retraites complémentaires : les partenaires sociaux au pied du mur" (Cercle des économistes)

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Jean-Michel Charpin revient sur l'épineux sujet des complémentaires retraites Agirc et Arrco, mises en difficultés par leur déficit chronique.
Jean-Michel Charpin revient sur l'épineux sujet des complémentaires retraites Agirc et Arrco, mises en difficultés par leur déficit chronique.

Les retraites complémentaires figurent parmi les dossiers brûlants de l’automne. Les partenaires sociaux peinent à se mettre d’accord et il convient d’aller vite car d’autres discussions vont s’engager sur d’autres fronts. Jean-Michel Charpin rappelle les enjeux du débat.

Les négociations sur les retraites complémentaires entre partenaires sociaux vont reprendre le 16 octobre prochain. Les séances précédentes n’ont pas permis d’avancer. Le temps passe et les réserves de l’Agirc (régime des cadres) et de l’Arrco (régime des autres salariés) ne cessent de diminuer

Ces négociations sont importantes. Dans son deuxième avis, rendu public le 13 juillet 2015, le Comité de suivi des retraites rappelait qu’en l’absence d’accord, le déficit des régimes complémentaires  « constituerait la part prépondérante du déficit du système de retraites à l’horizon 2020 », alors que leurs dépenses cumulées « constituent une part minoritaire des dépenses du système de retraites ».

De façon générale, il est toujours délicat d’articuler les prérogatives respectives du régime général et des régimes complémentaires. C’est vrai pour la santé comme pour la retraite. Par exemple, en matière de lunettes, l’assurance maladie ne rembourse quasiment rien, mais les mutuelles qui, elles, paient n’ont aucun pouvoir de pilotage.

Cependant, pour les retraites, la situation actuelle est particulière : après les réformes de 1993, 2003, 2010 et 2014, le problème global de financement des retraites est enfin résolu en France, à la condition que la tendance de croissance économique ne soit pas inférieure à 1,5 %. D’après le Conseil d’orientation des retraites, les réformes déjà décidées entraîneraient l’âge moyen de cessation d’activité vers 64 ans. Les dernières projections des dépenses de retraites récemment publiées par la Commission européenne montrent même qu’à  partir de 2025 et à l’horizon 2060, le poids dans le PIB de ces dépenses pourrait baisser fortement en France.

Dans ces conditions, il est exclu de jouer sur l’instrument principal des réformes antérieures, à savoir les paramètres qui gouvernent au régime général les conditions de la cessation d’activité. Or celle-ci intervient évidemment au même moment pour la retraite du régime général et la retraite complémentaire !

Le Medef a mis sur la table une proposition construite, fondée sur une décote dégressive des prestations pour ceux qui liquideraient leurs retraites entre 62 et 64 ans. La CGT se montre résolument opposée à cette proposition. Tous les syndicats réclament une hausse des cotisations patronales.

L’État n’a pas de raison de s’en mêler puisque l’équilibre global des autres régimes n’est plus à ce stade une préoccupation.

Les partenaires sociaux vont devoir trancher. Ils ont toujours manifesté, tant du côté syndical que du côté patronal, leur volonté commune de gérer les retraites complémentaires de façon responsable. On verra cet automne s’ils sont à la hauteur des enjeux.

Jean-Michel Charpin

Polytechnicien et diplômé de l'ENSAE, Jean-Michel Charpin est inspecteur général des finances et membre du Conseil d'orientation des retraites. En 1999, il rend son rapport « L'avenir de nos retraites » au Premier ministre. Il a rempli plusieurs fonctions dans le secteur public dont celles de directeur général de l'INSEE, de commissaire au Plan et de directeur du CEPII. Il a également été professeur d'économie à l'Ecole centrale et membre du Comité de direction générale de la BNP.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • c.voyant le mercredi 23 sept 2015 à 15:09

    Le grand gagnant c'est aussi l'état qui perçoit les impôts sur les retraites, surtout après avoir supprimé la niche fiscale d'exonération des 10% de suppléments de retraites accordées à ceux qui ont eu trois enfants!