''Retraite : retrouver la confiance par la visibilité de long terme'' (Cercle des économistes)

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Pour Jean-Michel Charpin, ''la pression sur les régimes de retraite va durer jusqu'en 2035''.
Pour Jean-Michel Charpin, ''la pression sur les régimes de retraite va durer jusqu'en 2035''.

Les retraites complémentaires figurent parmi les dossiers chauds de la rentrée, plus largement de l’automne. Les partenaires sociaux peinent à se mettre d’accord et il convient d’aller vite car d’autres discussions vont s’engager sur d’autres fronts. Jean-Michel Charpin propose plusieurs mesures de long terme.

La France a démarré tardivement ses réformes des retraites. Mais, contrairement à ce qu’écrivent quelquefois certains commentateurs, elle a réalisé, en plusieurs étapes, des réformes importantes : la réforme Balladur de 1993, la grande réforme Fillon de 2003, la réforme des régimes spéciaux en 2007 et le décalage des bornes d’âges (âge minimal de liquidation et âge de bénéfice automatique du taux plein) en 2010. Au total, ces réformes ont une ampleur équivalente à celles des autres pays concernés aussi par le vieillissement.

La manifestation la plus significative de ces changements se trouve dans la très forte augmentation des taux d’activité et d’emploi des seniors en France depuis 2000. Certes, leurs niveaux, comparés à ceux des autres pays, restent encore modestes, parce que la France partait en 2000 de très bas. Mais ils ont déjà rejoint les niveaux du début des années quatre-vingt : 45% pour le taux d’activité des 55-64 ans après avoir atteint 31% en 1999-2000.

Cependant, les réformes se sont succédées de façon anxiogène à la fois pour les personnes concernées et pour les observateurs. Le dispositif de pilotage créé par la loi Fillon n’a pas fonctionné : le rendez-vous de 2008 a déçu, il ne s’est quasiment rien passé, pas même une réunion avec les partenaires sociaux, la réforme de 2010 a ensuite été courageusement menée, mais dans une improvisation certaine, rien n’est aujourd’hui prévu au-delà de l’horizon 2018-2020. On comprend, dans ces conditions, que les jeunes générations s’inquiètent pour leur avenir et les observateurs pour celui des finances de la France. 

La pression sur les régimes de retraite va durer jusqu’en 2035. Ensuite, les projections démographiques de l’INSEE montrent que le flux correspondant au baby-boom s’inverse : les générations nombreuses connaissent alors des taux de mortalité élevés et les nouveaux retraités sont moins nombreux parce qu’ils appartiennent à des générations postérieures au baby-boom.

Pour retrouver la confiance, il faut donner de la visibilité et organiser un pilotage sérieux à cet horizon.

Ma proposition serait d’inclure dans la loi l’évolution des durées de cotisation nécessaires pour bénéficier du taux plein et des bornes d’âges jusqu’en 2035, date à partir de laquelle les ratios démographiques devraient se stabiliser. Parallèlement un dispositif de pilotage serait mis en place, permettant de guider non seulement la situation financière des régimes de retraite, mais aussi d’autres indicateurs à sélectionner conjointement avec les partenaires sociaux (par exemple, taux de remplacement, emploi des seniors, indicateurs d’équité et de solidarité…).

Rien ne serait figé : ce qu’une loi a fait, une autre peut le modifier. Mais les cotisants et futurs retraités devraient se trouver rassurés. Et la France cesserait d’être considérée – bien à tort - comme le cancre des retraites par les organisations internationales et les opérateurs financiers.

Jean-Michel Charpin

Polytechnicien et diplômé de l'ENSAE, Jean-Michel Charpin est inspecteur général des finances et membre du Conseil d'orientation des retraites. En 1999, il rend son rapport « L'avenir de nos retraites » au Premier ministre. Il a rempli plusieurs fonctions dans le secteur public dont celles de directeur général de l'INSEE, de commissaire au Plan et de directeur du CEPII. Il a également été professeur d'économie à l'Ecole centrale et membre du Comité de direction générale de la BNP.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M2273837 le lundi 21 sept 2015 à 16:20

    Aligner le public avec le privé. Apprendre à Mr. Valls la définition du mot égalité.

  • b.renie le lundi 21 sept 2015 à 11:40

    Ce n'est pas un problème politique et encore moins syndical. C'est un problème démographique essentiellement. Donc construire une système unique par points applicable à tous avec des cotisations obligatoires et facultatives pour chaque employeur et employé. Ainsi chacun construit sa pension et quitte la vie active quand il le veut. C'est simple et sûr. La confiance va revenir toutes les idéologies de solidarité fumeuse voire opaque du reste étant mises à la bannette.

  • M8404021 le lundi 21 sept 2015 à 10:51

    Un vrai chateau de cartes comme beaucoup d'autres choses en France

  • Cambio17 le lundi 21 sept 2015 à 10:50

    Alignement de tous les régimes ! Tout le monde pareil ! Et si le public finançait le privé pour une fois ?!

  • MIKE3000 le lundi 21 sept 2015 à 10:45

    Il faut aligner tout le monde, (privé, fonctionnaires, élus, EDF, etc, ...) sur les même bases de cotisations, de départ, et de calcul! ...

  • gacher le lundi 21 sept 2015 à 10:36

    la première chose à faire, c'est de virer des caisses de retraites, les élus, fonctionnaires, et tout ceux qui n'ont rien à y faire.; et là, il n'y aura plus de problémes