« Rachat de dette d'entreprises par la BCE, opération risquée ? » (Cercle des économistes)

le , mis à jour à 12:22
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Rachat de dette d'entreprises par la BCE, opération risquée ?
Rachat de dette d'entreprises par la BCE, opération risquée ?

La Banque centrale européenne vient d’ajouter un outil à sa politique monétaire. En plus des dettes souveraines, la BCE rachète désormais de la dette privée, de certaines entreprises. Selon Philippe Trainar, la mesure destinée officiellement à relancer un peu d’inflation n’est pas sans risques.

Les politiques monétaires non-conventionnelles, que ce soit le « quantitative easing » ou les taux d’intérêt négatifs, s’installent progressivement dans le paysage, à côté des opérations conventionnelles. La dernière étape de cette « normalisation » du non-conventionnel vient d’être franchie le mercredi 8 juin dernier, date à partir de laquelle la BCE a commencé à acquérir des obligations d’entreprises.

Certes, les titres éligibles doivent être notés « BBB- » par au moins une des trois grandes agences de notation, et leur maturité ne peut aller au-delà de 31 ans. Ceci laisse à la BCE la possibilité d’investir dans des obligations considérées comme des « junk bonds » par deux agences. En outre, à la différence des titres publics que la BCE ne peut acquérir que sur le marché secondaire, les titres d’entreprise pourront aussi être souscrits sur le marché primaire.

Tous les prix des actifs, publics ou privés, sont donc désormais instrumentalisés par la banque centrale, au service de sa politique monétaire. On pourrait imaginer que la BCE se contente de translater homothétiquement (de manière similaire) l’ensemble des taux vers le bas, ou vers le haut. C’est ce qui s’est passé pour les acquisitions de titres souverains que la BCE a peu ou prou achetés en proportion du stock existant, à l’exception de la dette grecque. Mais, on voit bien que cela n’est plus possible dès lors que l’on inclut la dette des entreprises dans le programme.

De fait, la BCE va devoir discriminer entre les titres privés, en acheter certains et pas d’autres. Les taux d’intérêt sans risque, les spreads de crédit et la valeur des actifs, ne vont donc plus être des prix de marché reflétant l’opinion des investisseurs mais des variables manipulées par la banque centrale. Ils ne vont donc plus nous renseigner ni sur la valeur intrinsèque du temps et du risque, ni sur le quantum de risque incorporé dans les différents titres de dette.

Cette situation est extrêmement risquée. Jusqu’à présent les banquiers centraux s’étaient gardés de porter une appréciation, même implicite, sur les risques micro-économiques des entreprises. Ils laissaient ce rôle aux banquiers et aux investisseurs. Mais, depuis le 8 juin, la banque centrale est devenue une banque commerciale de fait. Dans la mesure où son appréciation des risques a de fortes chances de diverger de celle des banques commerciales, il devrait en résulter des incitations extrêmement perverses à des arbitrages spéculatifs. Il sera d’autant plus difficile de revenir ultérieurement en arrière que ces arbitrages se seront sédimentés en une allocation sous-optimale de l’investissement, du capital et de l’emploi.

Finalement, le non-conventionnel s’installe dans le paysage comme une nouvelle normalité. Non point parce qu’il serait devenu normal par rapport aux nouvelles conditions économiques, mais parce qu’il risque d’être très difficile, voire impossible, d’en sortir sans provoquer une crise économique et financière grave

Philippe Trainar

Philippe Trainar est membre du Cercle des économistes et Chief Economist du groupe SCOR.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • titide12 il y a 6 mois

    il n'y a pas de vraie dette !!tout le monde doit de l'argent à tout le monde et personne ne sait à qui !!

  • titide12 il y a 6 mois

    Encore un qui se prend pour un pro !!!qui fait des piges dans les médias pour vivre !!!

  • mlaure13 il y a 6 mois

    qui risque rien...n'a RIEN...du g'nou...:-(((

  • guyguy16 il y a 6 mois

    Enfumage,sauve qui peut.............Par exemple avec GOLD

  • frk987 il y a 6 mois

    Pour reprendre le titre, c'est toujours moins risqué que d'acheter de la dette franchouillarde qui ne sera JAMAIS remboursée.

  • guerber3 il y a 6 mois

    Sauvetage des copains-coquins en péril....avec l' argent du contribuable : brav oles maf..fieux...!

  • ECP1988 il y a 6 mois

    Les taux bas motivent peut être les emprunteurs, mais pas les prêteurs auquels ils sont imposés par les autorités monétaires. Je doute que l'eurolandais moyen accepte de faire crédit au système bancaire à taux négatifs ou nuls. La bulle peut peut être se gonfler un peu plus mais cela ne fait que rendre plus problématique son dégonflement.

  • ECP1988 il y a 6 mois

    La Bce veut que l'inflation se relance par la reprise de la distribution de crédits, vu que le crédit est depuis longtemps le moteur de l'inflation (les crédits font les dépots) si le public ne veut pas emprunter davantage la déflation peut s'installer contre le souhait des autorités monétaires. Les difficultés (défauts) apparaitraient préférentiellement sur les segments les plus fragiles et pourraient enclencher un effet boule de neige .

  • Growjons il y a 6 mois

    Mario va titriser les créances pourries et nous les refiler via nos gérants en Assurance Vie.en d'autre termes, comment deplacer le risque banque vers les non banques (nous)à la japonaise quoi ! (ils ne reverront jamais leur fric)

  • M1628016 il y a 6 mois

    Super , comme cela on pourra soutenir des entreprises , inefficace et non viables en zombies perfusées. On dit merci qui EDF , areva et cie . La gabegie , l'incompétence les GROS salaires sauvée par l'impression monétaire. Et qui est actionnaire de la BCE ? et qui devra payer si cela tourne mal ? les états membre de l'€ en GROS c'est vous messieurs les SANS dents. YA pire la BOJ du japon achète carrément des actions via des ETF. Prochaine étape Mario ????