Quel bilan pour la COP21 ? (Cercle des économistes)

le
17

Malgré l'accord trouvé au terme de la COP21, il reste à faire ''un pas décisif en matière de tarification du carbone'', explique Christian de Perthuis.
Malgré l'accord trouvé au terme de la COP21, il reste à faire ''un pas décisif en matière de tarification du carbone'', explique Christian de Perthuis.

La COP21 vient de se refermer. Commence désormais l’application des engagements pris. La conférence de Paris représente-t-elle une avancée majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Christian de Perthuis revient sur les chantiers qui restent en suspens.

« Historique », l’accord de Paris ? Le qualificatif est omniprésent dans les communiqués d’autosatisfaction accompagnant la clôture du marathon climatique. Une loi du genre. Pour ceux restés ces derniers jours à l’écart de la bulle des négociations, ce que l’accord peut changer concrètement apparaît moins clairement. Le succès diplomatique de la conférence de Paris est indéniable. Mais le processus est désespérément lent et surtout ne porte que sur des intentions en matière de réduction des émissions. Transformer ces intentions en engagements effectifs exige des gouvernements qu’ils abordent de front la question incontournable de la tarification du carbone.

Depuis son démarrage, la négociation climatique est minée par l’interprétation binaire du principe de différenciation de la responsabilité, inscrit dans le marbre avec le protocole de Kyoto qui limitait les engagements de réduction d’émission aux pays industrialisés. Une vision totalement surannée, dans un monde où la Chine émet autant de CO2 que l’Europe et les Etats-Unis réunis, et où les pays émergents sont désormais à l’origine de l’intégralité de la croissance des émissions mondiales.

L’accord de Paris s’écarte de cette vision. Il vise à lier l’ensemble des pays dans un système d’engagements à partir de leurs contributions nationales qui devraient graduellement intégrer un dispositif commun de mesure et vérification sous l’égide des Nations Unies, avec une clause de révision quinquennale interdisant tout retour en arrière.

L’avancée est majeure, si on parvient à la mettre en musique. Mais dans le meilleur des cas, le dispositif, qui ne repose que sur la bonne volonté des pays, commencera à être opérationnel au milieu de la prochaine décennie. Pour rendre l’accord véritablement « historique », il faut aller bien plus vite, en utilisant les dispositions très générales de son article 6 sur la collaboration entre parties, pour faire des pas décisifs en matière de tarification du carbone.

Tendre vers un réchauffement de moins de 2°C (a fortiori de 1,5°C) implique de basculer vers des sources d’énergie non carbonées en renonçant à l’extraction d’une grande partie du charbon, du pétrole et, dans une moindre mesure, du gaz naturel. Mission impossible dans un monde où l’usage de l’atmosphère est gratuit et où abondent les subventions aux fossiles. Objectif sans doute encore atteignable avec un prix mondial du carbone qui impute les coûts du risque climatique à chaque émission de CO2 et dégrade rapidement la rentabilité relative des actifs fossiles.

Certains craignent, à raison, que ce renchérissement de l’énergie fossile pénalise les pays en développement. C’est pourquoi le prix international du carbone doit aussi fournir une ressource additionnelle en capital qui permette de sécuriser la promesse de transférer une valeur plancher de 100 milliards de dollars par an vers les pays moins avancées au titre de la justice climatique. 

Christian de Perthuis

Christian de Perthuis est Professeur, fondateur de la chaire économie du climat de l'Université Paris-Dauphine. Il est également co-auteur de l'ouvrage « Le climat à quel prix ? La négociation climatique » (Odile Jacob, 2015) avec Raphaël Trotignon, et co-auteur de « Green Capital » (Columbia University Press, 2015) avec Pierre-André Jouvet.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • larak il y a 12 mois

    paroles paroles. Le problème majeur a été occulté: l'explosion démographique à venir, qui n'a même pas été abordé!encore moins les solutions pour y remédier. Pourtant ramener la population mondiale à un nombre acceptable (1 milliard?) par des mesures dénatalistes serait beaucoup plus efficace que toutes les propositions de la cop qui ne sont que pansements sur une jambe de bois

  • js31 il y a 12 mois

    Le bilan était prévisible! 6 mois que les alertes fusent avec un scepticisme justifié.

  • yves288 il y a 12 mois

    c'est un tel succés cette C(FL)OP21 que l'Inde a annoncé doubler ses centrales à charbon dans les 10 ans qui viennent et la Chine va construire 92 centrales à charbon dans les pays d'Asie ou d'Afrique. ET le Groenland devrait sortir rapidement de l'accord, ce n'est que le début de la débandade

  • squal72 il y a 12 mois

    La COP21 n'avait que pour seul but de générer une taxation du CO2 émit !!! Cela permettra aux pays de "boursicoter" sur du vent et de faire payer un maximum tous les citoyens. Les nouvelles taxes vont arriver !!!

  • M7034327 il y a 12 mois

    L'obsolescence programmée, la gestion de l'eau, des matières premières et des déchets. 4 domaines que la COP21 a complètement oublié. En aucun cas ce n'est un succès. C'est un échec retentissant!

  • faites_c il y a 12 mois

    "et où abondent les subventions aux fossiles." !!! C'est une plaisanterie j'espère. Avec 75% de taxes sur le litre de carburant en France, c'est plutôt une subvention aux états qu'une subvention à l'énergie fossile! Et on ne parle pas des taxes pour financer les énergies renouvelables qui économiquement ne sont pas viables face aux énergies fossiles!

  • gacher il y a 12 mois

    il y a beaucoup d'autosatisfaction, de gonflette, mais en pratique , il n'y a que des paiements qui ne serviront qu'a arroser les copains, et la réduction de la pollution sera envisagée dans 5 ans en 2020 au mieux, et ce ne sera pas contrôlé, quand à la suite en 2023, ils peuvent abandonner leur réduction. Ce n'est que du vent bien orchestré, mais sans rien à attendre. si ce n'est peut êtr e1 milliards de terriens en plus, et une famine généralisée dans les pays surpeuplés.

  • fpelu il y a 12 mois

    Beaucoup de vent brassé, il aurait fallu mettre des éoliennes. Tout à fait sac avec bouder et M228. Relançons le nucléaire, c'est la seule solution.

  • guerber3 il y a 12 mois

    Et qui va empêcher la mer de monter?, c' est un oubli fondamental...!

  • yves288 il y a 12 mois

    encore le mythe des subventions aux énergies fossiles arrêtez avec ça c'est une énorme fumisterie calculée par des insuffisances de taxes , aussi nul que les économies fiscales des socialistes. ce qui est subventionné et de manière éhontée ce sont les EnR (hors hydraulique) qui soumises à la loi du marché s'effondreraient en un rien de temps, leur soi disant compétitivité ne résistant pas une analyse complète en raison de leur désastreuse disponibilité.