« PSA, l'équation impossible » (Cercle des économistes)

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« PSA, l'équation impossible » (Cercle des économistes)
« PSA, l'équation impossible » (Cercle des économistes)

 

Le marché automobile français reste très contrasté. Des phases de hausse succèdent à des phases de baisse, et vice-versa. Confrontés à ces soubresauts, les constructeurs s’adaptent, à l’instar de Peugeot qui vient d’annoncer des suppressions de postes. Pour Lionel Fontagné, le secteur est victime de politiques publiques inadéquates.

 

L’annonce de nouvelles suppressions d’emplois chez PSA (probablement quelque 3% des effectifs) relance le débat sur la désindustrialisation dans un contexte pré-électoral. Mais au-delà de la question de l’accroissement de la part des services dans notre économie (l’autre facette de la désindustrialisation), il y a dans cette annonce des explications spécifiques au contexte de l’industrie automobile en France.

 

Les constructeurs automobiles français sont en effet aujourd’hui fragilisés par une séquence de politiques publiques inconsistantes, et sont parfaitement légitimes en s’inquiétant de la « sollicitude » des pouvoirs publics à leur égard. En premier lieu, la défiscalisation du diesel, longtemps considérée comme un avantage compétitif au niveau européen, a inutilement orienté les efforts de R&D vers ce type de motorisation. Les préoccupations environnementales, avec leur train de réglementations sur les émissions de polluants, posent en effet des problèmes spécifiques aux motorisations diesel.

 

Le respect des réglementations a été organisé autour de coûteuses incitations fiscales (le bonus-malus écologique) conditionnées au respect de limites atteintes en optimisant les moteurs à l’aune des tests de certification. Incidemment, les incitations fiscales sont très généreuses pour une catégorie de motorisation (hybride) largement absente du catalogue des constructeurs français « historiques ».

 

Le gouvernement, soucieux d’afficher ses préoccupations écologiques après le diesel gate impliquant un groupe étranger, s’est avisé de mettre publiquement en cause la différence entre respect des limites légales dans les conditions de tests imposées aux constructeurs, et émissions des véhicules en conditions réelles, au risque de mettre en difficulté les constructeurs français. Le consommateur a quant à lui été renforcé dans sa conviction que les automobiles s’achètent au rabais, au bénéfice des primes au renouvellement.

 

Enfin, sous la pression du politique, les constructeurs français ont dû réduire leurs ambitions en termes d’organisation globale de leurs lignes de production au niveau européen ou mondial (que l’on se rappelle de l’épisode de la fabrication de la Clio en Turquie).

 

Le point d’arrivée est un marché segmenté entre des véhicules premium achetés majoritairement pour des flottes d’entreprises et un marché des particuliers à marges insuffisantes, s’orientant vers les motorisations essence, avec une demande soutenue pour des produits low-cost voire des véhicules d’occasion. La montée en régime de l’autopartage et de la location (y compris entre particuliers) va dans le même sens d’une banalisation du produit devenant progressivement une « commodity ». Ce passage de la possession à l’usage change la donne de ce segment de marché.

 

PSA, un groupe encore convalescent au sortir de la crise, se trouve pris aujourd’hui dans une équation impossible : vendre à bas prix des véhicules diesel dont le marché ne veut plus, en les fabriquant en partie en France dans un contexte de surcapacités en Europe, tout en dégageant les marges nécessaires pour continuer à renouveler sa gamme.  Le « made in France » se retourne ici contre PSA qui en avait fait un étendard commercial.

 

Confronté à ces vents défavorables, le groupe PSA se voit donc contraint de réduire la voilure avant la tempête, et choisit de l’annoncer en optimisant cette fois par rapport au calendrier politique. S’il s’inspire ici du timing choisi par un autre groupe industriel ayant médiatisé son ambition de fermer un site, l’objectif est probablement tout autre : l’automobile française souhaite avant tout disparaître de l’écran radar des politiques, le temps de conduire les ajustements nécessaires à sa survie.

 

Lionel Fontagné

Professeur à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne

 

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • flexmoul il y a un mois

    Peut on surtout admettre que le marché automobile est mature et saturé ?Se faire du fric en vendant des options autrement dit des gadgets qui vont tomber en panne, n'est-ce pas la fin des haricautos ?

  • albert__ il y a un mois

    PSA est beaucoup moins impliqué dans l'électrique que Renault. Les nouvelles autonomies de 400 km pour Zoé - et d'autres - risquent de rendre obsolètes un certain nombre de diesels plus ou moins polluants - selon que l'on accorde du crédit à telle ou telle enquête.

  • poireaux il y a un mois

    Le Cercle des économistes, est à l'economie ce que DACIA est à l'automobile ...

  • poireaux il y a un mois

    Psa n'a pas plus de soucis a se faire à moyen termes que RENAULT qui sort des vehicules neufs avec des moteurs (neufs?) bien plus polluant que son homologue UG.... Donc arrêtez donc de raconter des inepties :-) on en lit assez sur le forum Peugeot , merci

  • albert__ il y a un mois

    Les diesels n'ont plus d'intérêt que pour les gros rouleurs.... en ville ils vont vite être proscrits ou alors bardés de systèmes de dépollution couteux qui rendront leur montage impossible financièrement sur les petites citadines. VW dit avoir pris le virage de l'électrique, contraint et forcé. PSA a effectivement du souci à se faire....

  • M4570164 il y a un mois

    Immodest, remettre les mêmes taxes sur le diesel et l'essence est légitime. Mais cela n'empêchera pas les diesel de consommer moins de 4L/100 (contre 6 pour les moteurs à essence actuels qui ont effectivement bien progressé) et d'émettre 20 à 40 % de CO2 en moins que les essences. Et ceux de PSA sont équipés de SCR qui réduit drastiquement les oxydes d'azote. On peut surtout constater que PSA paie les grosses approximations de VW qui fausse la concurrence en ne montant pas le SCR sur ses moteurs

  • surfer1 il y a un mois

    Roulez en Allemagne sur l'autoroute, sur un Cologne Berlin par exemple. 3 voies : à droite les camions et les tacots, au milieu les voitures françaises et autres Dacias, à gauche les Mercedes, Audi, BMW qui roulent à 200 à l'heure. Vous comprenez instantanément que sur la file de gauche ils gagnent 2 heures sur ce trajet. En Allemagne cela vaut vraiment le coup d'avoir une voiture puissante, d'où une industrie premium à fortes marges qui permet de relocaliser l'emploi...

  • albert__ il y a un mois

    Le premier marché de PSA n'est plus la Chine mais la France en 2016 --> à fin septembre 520.000 ventes en France contre 422.000 en Chine (-18.6%) pour la même période. De plus, en Chine, il s'agit d'une joint venture 50/50....

  • lorant21 il y a un mois

    "PSA, l'équition impossible" (Avec le Cercle des économistes). L'équitation?

  • pascalcs il y a un mois

    immodest: votre remarque est infondée. Le premier marché de PSA est la Chine. Ils savent produire des voitures qui se vendent ailleurs et si les voitures diesel sont "invendables" comme vous tendez a le faire comprendre, alors VW, Benz et autres ont du souci a se faire aussi.