« Mon mobile sera-t-il mon banquier ? » (Cercle des économistes)

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« Mon mobile sera-t-il mon banquier ? », par Dominique Roux (Cercle des économistes).
« Mon mobile sera-t-il mon banquier ? », par Dominique Roux (Cercle des économistes).

Orange vient d’annoncer son développement dans les services financiers. Selon Dominique Roux, membre du Cercle des économistes, cette opération est emblématique de la révolution à l'œuvre dans le secteur bancaire.

« Les technologies numériques ont introduit une mutation quasi génétique », disait le célèbre directeur du MediaLab du MIT, Nicholas Negroponte. Il avait raison : sa prédiction se réalise parfaitement aujourd’hui dans l’utilisation que l’on fait de son mobile. Cet objet sert bien sûr à téléphoner, mais aussi grâce à l’amélioration de ses fonctionnalités et de son design, du développement des capacités de ses réseaux, devient une sorte de véritable couteau suisse qui permet l’envoi de textes, d’images, de données, de voix et de sons. Il favorise ainsi le développement d’une multitude de nouveaux services.

Toutes les activités d’intermédiation sont touchées, on le voit avec la floraison de nouveaux services comme Blablacar, Uber, Booking ou Airbnb. Et donc, aussi, les activités financières et bancaires.

Deux domaines sont en train de se développer en matière bancaire via le mobile : le m-banking qui concerne les différentes opérations traditionnelles comme le crédit et le m-paiement, encore appelé le paiement sans contact, qui simplifie pour le consommateur les transactions puisqu’il ne faut plus ni code ni numéro de compte. Tout passe par la puce du téléphone qui, par ailleurs, permet un gain de temps et de coûts pour les commerçants.

Ces nouveaux services devraient limiter aussi très sérieusement la fraude aux paiements par chèques et cartes bancaires. 900.000 d’entre-elles sont piratées chaque année en France !

Cette nouvelle forme de paiement est non seulement un facteur de performance pour les entreprises mais correspond aussi aux attentes de la nouvelle génération, « les milleniums », qui est adepte du ATAWADAC : Any Time, Any Where, Any Device, Any Content (N’importe quand, n’importe où, avec n’importe quel terminal, pour n’importe quel contenu). Cette dématérialisation des activités bancaires et financières est à présent entrée dans une phase active.

Les banques ont commencé en premier avec, par exemple, le rachat de NRJ Mobile par le Crédit Mutuel, ou le partenariat de la Caisse d’épargne avec l’opérateur Simplicite. Les opérateurs de téléphonie s’y sont mis à leur tour. Orange vient d’annoncer ses discussions avec Groupama pour créer un ensemble de services bancaires Orange Banque via les mobiles dès l’année prochaine. Si aujourd’hui, 15% des mobinautes se connectent à leur banque par leur mobile, ils sont 81% à le faire par Internet fixe, le marché potentiel est donc immense.

On constate que ce phénomène est mondial. Il se développe très rapidement depuis plusieurs années dans les pays émergents, comme ceux de l’Afrique qui comptent déjà plus de 100 millions d’utilisateurs, selon le Boston Consulting Group, avec un chiffre d’affaires d’un milliard de dollars et qui devrait atteindre les 250 millions d’usagers d’ici trois ans !

Ces innovations vont stimuler le secteur bancaire qui est un peu sclérosé, on pourra changer de banques plus facilement.

Efficacité, souplesse et sécurité sont les maîtres mots du m-banking. Mais il est clair que le développement de ces nouvelles relations avec son banquier et du paiement sans contact va par ailleurs entraîner une remise en cause de la structure et de l’organisation des réseaux bancaires, dont le nombre d’agences et le nombre de salariés (370 000 CDI en France) vont sans doute être remis en question.

Dominique Roux

Dominique Roux est professeur à l'Université de Paris Dauphine et président de Bolloré Télécom, il est également directeur du Master Management des télécommunications et des nouveaux médias et directeur scientifique de la Chaire économie numérique. Docteur en sciences économiques et en sciences de gestion, agrégé de sciences de gestion, Dominique Roux est administrateur de 1000Mercis et ancien membre de l'Autorité française de régulation des télécommunications. Il est l'auteur entre autres dans la collection « Que sais-je ? » des 100 mots de l'internet, et des 100 mots des télécommunications.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • 1REK1 le mercredi 13 jan 2016 à 11:00

    à Bourorama : quand tu rafraîchis l'écran tu peux aussi ne pas supprimer le texte que je compose !Merci d'avance pour votre compréhension.

  • guerber3 le mardi 12 jan 2016 à 14:17

    Le banquier, maître du monde, pas de solution tant qu' il existe...!

  • M4098497 le mardi 12 jan 2016 à 07:43

    Ce qui me gêne le plus c'est l'association Banque-Assurance. Rien de plus facile à l'assureur de demander au banquier du même groupe combien de fois vous avez fait un virement, un chèque à un professionnel de santé. Et là bon courage pour obtenir un prêt

  • guerber3 le lundi 11 jan 2016 à 20:25

    Objectif : se passer du système bancaire qui a pour ri l' économie mondiale :un beau chalenge...mais pas facile...!

  • mojito69 le lundi 11 jan 2016 à 15:48

    franchement on essaye encore de nous imposer un system que nous ne demandons pas et qui ne nous servira à rien.

  • stricot le lundi 11 jan 2016 à 11:58

    Perso je ne suis pas alle dans mon agence en France depuis 3 ans. L'e-mail marche tres bien. Dans mon pays de residence si, puisqu'il faut encore des tampons ici ou la pour faire un virement international. Mais le reste se fait sur le smartphone, et les paiements sont sans contact. Le liquide n'est utilise que quand il faut cacher des transactions au fisc, a vrai dire.

  • stricot le lundi 11 jan 2016 à 11:56

    ouaip akelacca... Mais c'est deja en cours. C'est comme la FNAC: qui a besoin d'un vendeur qui ecoute 10 CD par semaine, quand on peut avoir les avis d'amateurs eclaires sur des sites web? Pareil pour les services bancaires, ou dans les banques de detail les conseillers se contentaient de refiler les produits qui les arrangaient question bonus.

  • M9593127 le lundi 11 jan 2016 à 11:04

    Ensuite Une Bonne EMP, irruption solaire,attentat, pour flinguer le réseau électrique et vous me dites comment avec le tout numérique / Electrique vous survivez, si en plus on a une société SANS cash.

  • akelacca le lundi 11 jan 2016 à 11:02

    Mais bon, les conseillés bancaires étant au jour d'aujourd'hui des commerciaux avec des bases de finances, une mutation totale du système ne ce fera pas un quelques jours.

  • akelacca le lundi 11 jan 2016 à 10:58

    Hier le banquier était celui qui fait des opérations financière pour ses clients et a l'occasion donnais des conseils. Aujourd'hui les actions courantes le client les faits lui même. Le banquier n'as donc d'autre choix soit de ce spécialiser pour donner des conseils plus performants que ce que le client fait seul soit d'être généraliste et savoir orienter le client vers le bon spécialiste.