Marchés : les fragilités persistent malgré le soutien des banques centrales (Banque de Luxembourg)

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Les indicateurs économiques ont tendance à décevoir aux Etats-Unis, alors que le ralentissement chinois impacte dans une certaine mesure les autres économies mondiales, explique la BLI.
Les indicateurs économiques ont tendance à décevoir aux Etats-Unis, alors que le ralentissement chinois impacte dans une certaine mesure les autres économies mondiales, explique la BLI.

La BLI (Banque de Luxembourg Investments) souligne la dégradation de plusieurs indicateurs économiques aux Etats-Unis et en Europe. Pour l’établissement, les risques ont fait leur réapparition en Bourse et les remèdes des banques centrales auront des effets secondaires.  

La Banque de Luxembourg n’est pas du genre à sonner l’alerte sur les marchés. L’établissement est réputé pour sa vision de long terme et réagit peu aux mouvements de panique ou d’euphorie qui peuvent s’observer sur les marchés boursiers.

Pourtant, c’est clairement la prudence qui domine dans le point de marché trimestriel publié par la BLI mardi 27 octobre.

Etats-Unis : plusieurs signaux de faiblesse

L’établissement souligne l’apparition de plusieurs fragilités dans l’économie américaine, ces dernières étant paradoxalement accentuées par le maintien depuis plus de sept ans d’une politique monétaire très accommodante, qui pousse éventuellement les agents économiques à prendre des risques excessifs.

La BLI explique : « Les principaux risques conjoncturels aux États-Unis proviennent de la fragilité de l’économie domestique suite à la politique économique et monétaire court-termiste des dernières années. Le recours à l’assouplissement monétaire quantitatif, la politique de taux zéro et la multiplication des règles bureaucratiques distordent le processus d’allocation du capital, ce qui finira tôt ou tard par peser sur le potentiel de croissance ».

Par ailleurs, quelques incertitudes sont soulignées sur le marché de l’emploi. « Le caractère fragile des fondamentaux économiques se reflète notamment dans le bas niveau du taux de participation du marché de l’emploi, les disparités sociales grandissantes et l’absence d’amélioration des salaires. La récente augmentation du nombre de licenciements pourrait être le signe précurseur d’un éventuel ralentissement conjoncturel », estime l’établissement.

Par ailleurs, toujours aux Etats-Unis, « les exportations ont commencé à diminuer en raison du ralentissement économique dans les pays émergents. Quant aux investissements des entreprises, les perspectives sont également mitigées. Suite à la faiblesse des prix pétroliers, les investissements dans le domaine de l’énergie demeurent peu attrayants. Au-delà du secteur énergétique, la situation financière saine des entreprises plaiderait en faveur d’une accélération des dépenses d’investissement. Néanmoins, il est peu probable que dans un climat de ralentissement conjoncturel généralisé, les chefs d’entreprises soient prêts à réduire les rachats d’actions en faveur d’investissements dans de nouveaux projets à taux de rentabilité inconnue ».

Europe : « premier signe d’alerte »

Les Etats-Unis ne sont pas le seul sujet de préoccupation de la Banque de Luxembourg, qui souligne également certaines fragilités européennes.

« Compte tenu des attentes réduites, l’économie européenne se montre raisonnablement performante. Pour l’ensemble de la zone euro, les ventes au détail sont en hausse et la production industrielle demeure robuste. Néanmoins, les divergences importantes entre les différents pays persistent (l’Allemagne, l’Espagne et l’Irlande étant nettement plus compétitifs que la France, l’Italie et la Grèce) et le chômage reste globalement élevé. Sans le recul de l’euro et la baisse des prix pétroliers [observée depuis le début de l’année], la croissance économique serait probablement nulle. En raison du poids plus important des exportations dans le PIB européen, un ralentissement général de la conjoncture mondiale ne resterait pas sans répercussions sur le niveau d’activité en Europe. La récente baisse des commandes manufacturières en Allemagne, engendrée principalement par un recul de la demande externe, constitue un premier signe d’alerte ».

Néanmoins, l’établissement remarque que les actions européennes ont été particulièrement impactées par la baisse de l’été, et sont ainsi techniquement moins chères et donc plus attrayantes que leurs homologues américaines.

Japon : trop de dette publique mais un chômage particulièrement faible

Nombreuses sont les sociétés de gestion qui se montrent désormais déçues du Japon après un certain enthousiasme en début d’année. La BLI en fait partie, même si celle-ci relativise ces inquiétudes grâce au maintien d'un faible chômage.

« Au Japon, la période de stagnation conjoncturelle se poursuit (…). En raison de l’importance de la Chine comme partenaire commercial, les exportations japonaises ont commencé à faiblir. Même si la situation financière des entreprises reste excellente, celles-ci se montrent réticentes à l’égard de nouveaux investissements. Compte tenu de la faiblesse du taux de chômage et de la population vieillissante, une situation de stagnation économique ne serait pas particulièrement dramatique pour le Japon, si la dette publique se situait à un niveau raisonnable. La combinaison d’un endettement exorbitant, d’une faible croissance économique et d’une inflation quasiment nulle ne permet pas d’entrevoir un retour du Japon à une situation d’équilibre ».

Marchés : les variations boursières ne tiennent plus vraiment compte des résultats

De cette analyse économique découle sans surprise une certaine prudence de la BLI vis-à-vis de l’orientation des marchés actions.

« Jusqu’à récemment, les investisseurs ont essentiellement ignoré la faible croissance des bénéfices [d’entreprises], voire même l’absence complète d’une telle croissance. En Europe, les bénéfices sont aujourd’hui plus bas qu’il y a 3 ans. Le fait que les entreprises soient devenues très bonnes dans la gestion des attentes des investisseurs et dans la présentation de leurs résultats a fait que les bénéfices qu’elles annoncent sont souvent perçus comme nettement meilleurs qu’ils le sont en réalité. Il se pourrait que ceci change si la croissance économique nominale reste faible, voire ralentit encore davantage (…). C’est pourquoi nous pensons qu’une sélection rigoureuse au niveau des entreprises revêtira de plus en plus d’importance ».

La Banque de Luxembourg ajoute enfin : « les politiques monétaires menées par les banques centrales depuis la crise financière (voire même avant) ont créé un environnement dans lequel la prise de risque est fortement encouragée, sans que les risques encourus ne soient nécessairement immédiatement visibles, et la prudence en matière d’investissement pénalisée ». Pour la BLI, cette façon offensive de gérer les risques a créé un « environnement financier artificiel ».

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • guerber3 le mardi 27 oct 2015 à 19:33

    Corruption et fausse monnaie : quel soutien à l' économie!!!