« Marchés financiers, sans foi ni loi ? » : lutter contre les idées reçues des Français

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''Marchés financiers, sans foi ni loi ?'', paru aux Editions Puf, est un ouvrage salvateur pour y
''Marchés financiers, sans foi ni loi ?'', paru aux Editions Puf, est un ouvrage salvateur pour y voir plus clair sur l'utilité des marchés en allant à l'encontre des idées reçues.

Les Français, souvent méfiants vis-à-vis des marchés financiers, préfèrent investir dans la pierre et dans l’assurance-vie. L’ouvrage « Marchés financiers, sans foi ni loi ? », publié aux Editions Puf, revient sur les « névroses » des Français en matière d’investissement, questionne leurs préjugés vis-à-vis des marchés et souligne les qualités encore trop ignorées du crowdfunding et de l’ISR.

Les Français le reconnaissent eux-mêmes d’après plusieurs sondages : leurs connaissances relatives aux marchés financiers et à l’investissement de manière générale sont souvent faibles. Mais comme toute lacune, celle-ci peut être comblée.

L’ouvrage « Marchés financiers, sans foi ni loi ? » de David Allouche (professeur à Sciences Po Paris) et Isabelle Prigent, publié en février 2016, apporte sa pierre à l’édifice pour « faire en sorte que les individus soient suffisamment informés, voire formés, sur les sujets financiers », comme l’appellent de leurs vœux ses deux auteurs. Ceux-ci regrettent en effet que le système éducatif français reste totalement muet sur ces sujets, laissant certains mauvais réflexes se développer chez les particuliers en matière de gestion de leur épargne, au détriment du bon financement de l’économie.

L'ouvrage met en exergue les travers des Français, grands amateurs d’investissements en immobilier et volontiers spéculateurs dans ce domaine, alors que les marchés financiers, l’ISR et le financement participatif pourraient leur offrir des solutions alternatives à la fois plus rentables, plus éthiques, et donnant parfois davantage de sens au placement de leur épargne sans prendre forcément beaucoup plus de risques.

L’ouvrage est d’autant plus salvateur que les marchés, de moins en moins bien compris et qui laissent de nouveau le grand public sceptique suite aux soubresauts de début d’année, sont victimes d’une véritable désertion des petits porteurs français. Aux dernières nouvelles, les actionnaires individuels, qui étaient plus de 7 millions en 2003 en France, n’étaient plus que 4 millions en 2014.

Les Français, investisseurs « névrosés »

« Historiquement, les Français ont toujours préféré les investissements peu risqués » rappellent David Allouche et Isabelle Prigent dans leur ouvrage. 61% du patrimoine des particuliers est ainsi constitué « d’actifs non financiers », c’est-à-dire principalement d’immobilier. « Au royaume de l’épargne française, l’immobilier est roi », ironisent les auteurs. Pourtant, « l’immobilier n’est ni exempt de risques, comme l’ont rappelé les différentes bulles aux Etats-Unis (…), ni nécessairement source de rentabilité à long terme ».

Cette véritable passion des Français pour l’investissement en immobilier a même de vilains défauts en alimentant « une frénésie immobilière au-delà de toute rationalité, éloignant toujours plus de la propriété les plus jeunes ou les plus modestes, et détournant leur précieuse épargne du financement des entreprises, cette fameuse "économie réelle", qui fait l’objet de toutes les louanges ».

Les auteurs déplorent également la passion des Français pour un certain nombre de placements souvent qualifiés de « sans risque ». Parmi eux, « Le placement financier préféré des Français est depuis de nombreuses années le fonds en euro au sein de l’assurance-vie (…). Or, rappelons-le, le fonds en euros n’est pas un fonds ni un produit assurantiel. La compagnie d’assurance auprès de laquelle on a souscrit le contrat investit elle-même les montants dans des obligations d’Etat de la zone euro ou dans des entreprises bien notées. Ce n’est donc pas un hasard si la fiscalité de l’assurance-vie est si avantageuse : in fine, l’argent de l’assurance-vie finance largement l’Etat français ». Un comble, alors que les Français sont également réputés méfiants vis-à-vis de la capacité de leur Etat à faire face à sa dette publique à long terme.

Pour David Allouche et Isabelle Prigent, il est donc important de faire évoluer ces choix d’investissement. Au lieu de financer la dette publique et l’immobilier, « il faut continuer à réorienter [l’épargne des Français] vers des projets générateurs de valeur et d’emplois ». Sans compter que les moyens des Français sont colossaux, avec l’un des taux d’épargne les plus élevés d’Europe.

David Allouche, co-auteur de ''Marchés financiers, sans foi ni loi ?''.
David Allouche, co-auteur de ''Marchés financiers, sans foi ni loi ?''.

Quelques solutions pour faire des Français de meilleurs investisseurs

Loin d’être un ouvrage de simples critiques, « Marchés financiers, sans foi ni loi ? » est surtout un ouvrage pédagogique proposant même des solutions pour faire des Français de meilleurs investisseurs.

« Les particuliers, plutôt que de se désintéresser des marchés ou de les remiser parmi les horreurs de notre civilisation, portent la responsabilité de mieux les comprendre pour faire des choix correspondant à leurs convictions », affirment les auteurs, qui consacrent une importante part de leur ouvrage à des explications pédagogiques permettant de bien comprendre le fonctionnement des marchés, leur utilité économique et les enjeux de leur régulation.

Intelligemment régulés, les marchés sont des moteurs de croissance économique durable. C’est dans ce cadre que les auteurs s’affichent par exemple favorables à un élargissement du marché de la titrisation, même si cette pratique avait été décriée suite à la crise de 2008 : « il s’agirait de titrisation transparente et normalisée, basée sur des labels de qualité pour éviter les dérives des années 2000 qui ont conduit à la crise des subprimes », expliquent-ils.

La solution ultime pour faire des Français de meilleurs investisseurs serait de renforcer les options « éco » dans les cursus scolaires. À titre de comparaison, « Au Royaume-Uni, des cours de "finances personnelles" sont proposés aux lycéens qui le souhaitent. Cela va dans le sens de la protection des épargnants, mais aussi de leur responsabilisation », notent David Allouche et Isabelle Prigent.

Donner du sens à ses investissements avec le financement participatif et l’ISR

En-dehors des marchés financiers, le développement progressif du financement participatif (crowdfunding) en Europe est une excellente nouvelle. Apprécié aussi bien par les particuliers cherchant à soutenir des initiatives locales que par les investisseurs à la recherche de haut rendement (souvent 7 à 9% de rendement annuel pour certains projets), ce mode de financement prend son essor depuis quelques années en France avec des plates-formes comme Unilend.fr.

« En Europe, les volumes (…) pour 2015 sur les plateformes de crowdfunding se situent aux alentours de 7 milliards d'euros, la France étant le deuxième marché, très loin derrière le Royaume-Uni », expliquent les auteurs. « Ce mode de financement a l'avantage de mobiliser une épargne privée peu encline à se diriger vers les marchés, pour soutenir l'entrepreneuriat, qui souffre en France d'un grave déficit de financement ».

À noter que du fait de ses règles de fonctionnement, « Le crowdfunding présente néanmoins une différence majeure avec les marchés financiers : la faible liquidité des investissements (...), le crowdfunding ne permettant pas à l'investisseur de décider à tout moment de vendre ses titres pour en acheter d'autres ».

D’autres solutions peuvent également permettre aux épargnants de donner du sens à leurs investissements. Parmi ces solutions se trouve surtout l’investissement socialement responsable à travers les fonds « ISR », qui sélectionnent des sociétés pour leurs bonnes pratiques environnementales et/ou sociales. Existent également les obligations vertes (« green bonds »), qui financent des projets de nature écologique.

« En France, ce sont les investisseurs institutionnels qui tirent ce marché [de l’ISR et des green bonds] alors que les particuliers n’ont pas encore démontré un grand appétit pour ce type de gestion » remarquent les auteurs. De nouveau, les particuliers ont encore besoin d’être sensibilisés sur ces sujets d’avenir.

Retrouvez l’ensemble des réflexions de David Allouche et Isabelle Prigent dans leur ouvrage « Marchés financiers, sans foi ni loi ? » paru en février 2016 aux Editions Puf (165 pages, 20 euros).

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • dcabon le mercredi 13 avr 2016 à 13:37

    "Intelligemment régulés, les marchés sont des moteurs de croissance économique durable". Le problème, c'est que les marchés ne sont pas régulés - ou très largement insuffisamment. Que peut un "petit porteur" qui a quelques billes à investir contre les établissements qui pratiquent le trading HF, voire qui manipule l'information ou les cours. Tous les acteurs sont loin de partir sur la même ligne de départ. Je pense malheureusement que la plupart des acteurs sont effectivement sans foi ni loi !

  • godardja le samedi 9 avr 2016 à 10:46

    Cela reflète le fait que les Français sont ignares en matière d'économieet de finance. Après des décennies de non enseignement de l'économie ou d'enseignement biaisé par la doctrine marxiste et voilà où on en est aujourd'hui. Les Français ne sont même plus capable de reconnaitre une bonne réforme (la loi El Khomri) quand elle se présente.

  • b.renie le samedi 9 avr 2016 à 10:16

    Les bénéfices viennent avec la réputation de sérieux avec lequel la banque travaille. Elle assoit sa réputation à la longue parce que ses jugements et conseils sont rarement pris en défaut. C'est ainsi que Henri Germain son fondateur a fait du Crédit Lyonnais une des 10 banques mondiales les plus solides et puissantes du Monde. On l'a ruinée en s'écartant de cette politique.

  • b.renie le samedi 9 avr 2016 à 10:09

    " Historiquement, les Français ont toujours préféré les investissements peu risqués" sous entendu parce qu'ils ne sont pas informés. Partiellement vrai mais il y a trop de comportements douteux sinon scandaleux pour que ce qui est qualifié défiance serait mieux appelé prudence. un bon banquier il ne faut pas aimer l'argent mais le considérer comme un carburant à tous les étages de l'économie réelle. Une banque n'est pas faite pour gagner de l'argent mais pour financer les projets bien pensés.

  • m6r.fr le vendredi 8 avr 2016 à 23:35

    Dans le prochain numéro de « Pas vu à la télé », je recevrai Jérôme Kerviel. Posez-lui vos questions en vidéo à l'adresse : pasvualatele@melenchon.fr !

  • bsdm le vendredi 8 avr 2016 à 21:58

    Les professeur qui devraient enseigner les rudiments de la finance aux collégiens ,n'y connaissent eux mème pas grand chose !!

  • sibile le vendredi 8 avr 2016 à 19:22

    ça s'appelle aussi perdre des parts de marché au bénéfice des pays concurrents

  • sibile le vendredi 8 avr 2016 à 19:21

    apparemment la France ne rapatrie pas beaucoup d'activité chez elle, à en juger par sa croissance anémique et la hausse continue du nombre des chomeurs

  • M4374915 le vendredi 8 avr 2016 à 19:13

    la balance commerciale n'est le reflet que de l'attractivité d'un pays par rapport aux autres, rendre un pays plus attractif ne créé pas d'activité mais rapatrie de l'activité depuis un autre pays, petite nuance que beaucoup ont du mal à cerné et poutant tellement importante

  • M4374915 le vendredi 8 avr 2016 à 19:11

    faut arreter avec les visions mono pays, l'économie est mondialisée. si on regarde au niveau mondial il y a surplus de production (cf le prix du fret maritime et de l'énergie tres bas)