Le marché du pétrole est-il en train de se dérégler ?

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Depuis jeudi dernier, les prix du pétrole bondissent à chaque publication d'une hausse des stocks américains. C'est le monde à l'envers.
Depuis jeudi dernier, les prix du pétrole bondissent à chaque publication d'une hausse des stocks américains. C'est le monde à l'envers.

Les cours du pétrole ont enregistré un bond mercredi 9 mars lors de la publication des stocks de pétrole brut américains. Ceux-ci ont pourtant continué leur rapide progression. Le même paradoxe s’était déjà vu jeudi dernier. Le marché du pétrole ne semble plus réagir aux fondamentaux.

Mercredi 9 mars à 16h30, l’Energy Information Administration (EIA) a publié la traditionnelle statistique de l’évolution des stocks de pétrole brut américains enregistrée au cours de la semaine passée.

Le chiffre n’est pas bon : les stocks ont encore progressé de 3,8 millions de barils la semaine dernière (conforme aux attentes des analystes). Les stocks enchaînent ainsi une quatrième semaine consécutive de hausse. Le mouvement continue de traduire un excès d’offre par rapport à la demande.

De manière paradoxale, les cours du pétrole ont bondi au moment de cette publication. Le WTI américain, qui s’échangeait à 37,2 dollars/baril juste avant la publication, s’échangeait à 37,9 dollars/baril quelques minutes après, passant d’une hausse de 1,9% à une hausse de 4,0% par rapport à la clôture de la veille.

Le Brent européen, également impacté par cette statistique, est pour sa part repassé au-dessus des 41 dollars peu après la publication (+3,43%).

La force du mouvement acheteur face au mouvement vendeur sur le marché du pétrole, au moment de la publication, peut légitimement étonner. Le même phénomène s’était observé la semaine dernière. La réaction du marché était d’autant plus surprenante que les stocks américains avaient alors enregistré un bond spectaculaire de 10 millions de barils supplémentaires en une semaine, contre une attente bien plus modeste du consensus des analystes, située à environ 3 millions de barils supplémentaires. Les prix, après un éphémère accès de faiblesse, avaient très rapidement regagné le terrain perdu sans que la raison de ce mouvement puisse s'expliquer clairement (lire article détaillé).

La seule donnée qui pourrait permettre d’expliquer fondamentalement  ce mouvement provient de l’évolution des stocks d’essence. Contrairement aux stocks de pétrole brut, les stocks d’essence décroissent depuis trois semaines, après avoir considérablement augmenté en début d’année. Les stocks d’essence ont en effet diminué de 4,5 millions de barils la semaine dernière, tout comme les stocks de « produits distillés » (-1,1 millions de barils). Historiquement, ces données n’ont pourtant pas d’impact direct très significatif sur les cours du pétrole.

Plus généralement, la tendance fortement haussière sur les cours du pétrole depuis quelques semaines s’expliquerait du fait de rumeurs circulant sur une prochaine réunion entre pays producteurs pour réduire l’offre mondiale de pétrole.

La tenue d’une prochaine réunion entre pays membres et non-membres de l’Opep pour discuter d’un nouveau gel de la production de pétrole aux niveaux de janvier aurait lieu le 20 mars prochain selon le ministre irakien du pétrole, mais cette date n’a pas été confirmée par son homologue russe, pourtant très actif pour essayer de trouver un accord avec l’Opep.

En février, un gel de la production aux niveaux de janvier avait déjà été annoncé par l’Opep. L’information n’avait pas immédiatement eu un impact positif sur le marché du pétrole, la production du mois de janvier étant déjà surabondante face à la demande. Le gel de la production aux niveaux de janvier ne semblait ainsi qu’entériner une situation de surproduction durable.

Les intervenants sur le marché du pétrole semblent néanmoins s’être rapidement laissés convaincre par l’éventualité d’un futur accord plus consistant entre pays producteurs. Par anticipation, les prix du pétrole ont ainsi retrouvé quelques couleurs, dans un contexte plus général de rebond après une dégringolade historique en début d’année.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • b.renie le jeudi 10 mar 2016 à 06:39

    Tout le monde a intérêt à réguler la production en rapport avec la consommation pour atteindre un prix d'équilibre pour le baril compris entre 50 et 55 $ en moyenne. Cela permettra de boucler les budgets de la plus part des pays producteurs en développement. Cela est vrai pour toutes les matières premières et pour le marché des changes. Dans ce cadre la responsabilité des membres du G20 est immense. Il faut que cette organisation cesse d'être un club de golf et de polo.

  • tchazard le jeudi 10 mar 2016 à 01:26

    effets d'annonces et speculations . les fondamentaux ne justifient pas cette hausse , ils vont tous se faire rattapper. ineluctable . la chine surtout exports -25% = usines au ralenti.

  • Jermaup le mercredi 9 mar 2016 à 18:57

    Bah non bourse c'est le cours dans 6 mois ! pas de dérèglement, les producteurs produisent à fond du brut conventionnel, ils sont à leur maximum, le brut non conventionnel et les énergies alternatives s'effondrent. De plus le brut pas cher encourage les gaspillages ( explosion des ventes de SUV ). La croissance de l'économie mondiale est en bas de cycle, les réserves ne couvrent que quelques jours de productions quotidiennes ... n'oublions pas que la consommation mondiale est de 93 mbj !