Le LBO c'est beau, mais pas toujours

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Le LBO c'est beau, mais pas toujours
Le LBO c'est beau, mais pas toujours

 

Avec la déroute de Vivarte et son impact dans l’opinion, le capitalisme français vit un nouvel épisode ravageur, notamment en termes d’emplois. Faut-il condamner le système de « LBO » sur lequel est bâti le groupe de prêt-à-porter ? Jean-Paul Betbeze revient sur les caractéristiques de ce principe de financement et de management.

 

Ce qui se passe avec Vivarte montre les risques d’un LBO qui « tourne mal ». Ce sont des licenciements, des pertes, des drames. Mais tous les LBO ne finissent pas ainsi, heureusement. Pensons par exemple à CEVA Santé Animale. D’abord, un LBO leveraged buy-out, ou « achat à effet de levier », se produit quand un groupe de personnes et/ou d’investisseurs achètent une entreprise en s’endettant. C’est le cas d’une succession familiale, d’un groupe qui veut se défaire d’une activité, de cadres qui veulent racheter leur entreprise, ou encore d’un fonds qui veut investir, mais avec des crédits bancaires ou non bancaires, selon des structures plus ou moins complexes et risquées, donc avec des ressources assez coûteuses.

 

L’opération n’est réussie que si la rentabilité de l’entreprise est suffisante pour rembourser les dettes. Mais ce n’est jamais simple, d’où les critiques de cette procédure. D’abord, une entreprise sous LBO va réduire autant que possible ses dépenses inutiles. Elle va aller à l’essentiel, mettant la priorité sur les marchés, la recherche, les investissements… au détriment des dépenses « de confort ». Ceci se comprend, même si c’est souvent spartiate. Les cadres ou la famille qui font le LBO, cas les plus fréquent pour les PME, sont ainsi très endettés. Il s’agit là de la partie majeure de leur patrimoine, avec le souhait de réussir, bien sûr.

 

Cette réussite se verra quand la dette se réduira. Mais il est alors fréquent que l’entreprise poursuive sur sa lancée et mène sa croissance externe sous un deuxième, puis un troisième LBO. Le risque augmente alors. L’histoire s’arrête bien quand les premiers acteurs du LBO se retirent, vendent une part de leurs avoirs, fortune faite. On entend alors souvent que « c’est l’entreprise qui a payé le LBO », mais ce n’est vrai que parce qu’elle a été bien gérée et dirigée. Autrement, elle aurait disparu ou ne se serait pas autant développée.

 

Le cas grave, comme Vivarte, est celui d’une entreprise qui fait face à une conjoncture et/ou à un secteur difficile. Alors, la rentabilité de l’activité n’est pas suffisante pour faire face aux intérêts. Il faut rallonger la dette, l’entreprise cède des actifs, ferme des sites, licencie. Souvent, elle entre alors dans une spirale baissière dans laquelle partent ses meilleurs éléments et ses meilleurs actifs. Cette attrition peut se poursuivre jusqu’à  la « vente par appartements », sauf à ce qu’un repreneur… la reprenne. Mais le prix de l’entreprise aura beaucoup baissé et le repreneur posera ses conditions, souvent en termes d’emploi et de stabilisation des rémunérations sur un temps donné. Le problème sera alors de retrouver la confiance des clients.

Financièrement, pour qu’un LBO marche, il faut que la rentabilité de l’activité dépasse le coût des capitaux mobilisés. Dans cette période de taux très bas, on comprend que ceci ait été tentant et ait conduit à une forte montée des LBO. Mais ces taux bas sont le reflet d’une croissance faible, et cette rentabilité supérieure qui permet de payer la dette ne vient de l’entreprise que si elle fonctionne bien ! Le LBO est plus une affaire de secteur et de management que de finance. Au fond, il y a deux LBO. Le premier permet l’innovation, la protection et la reprise d’entreprises. Le deuxième, dans la phase de concurrence par les prix de produits importés et d’achats en direct, qui déstabilise les chaînes – on le voit aux Etats-Unis – est un outil, risqué, de concentration.

 

Jean-Paul Betbeze

www.betbezeconseil.com

Membre du Cercle des économistes

 

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  • eric2108 il y a 8 mois

    Et oui, j'aime les boites spartiates, quelle soient ou non sous LBO. Très content d'avoir acheté à des prédateurs horribles Medica, Elis, Elior pour ne citer que quelques intro en bourse de LBO "monstrueux pour l'emploi".....

  • eric2108 il y a 8 mois

    Il y a des détournements dans tout, malheureusement. L'affaire Vivarte montre qu'une mauvaise évaluation des risques par les investisseurs doublé d'un management faible conduit à la catastrophe. Ce n'est pas l'apanage des LBO, le boites familiales détruites par les enfants incompétents, les sociétés contrôlées par l'Etat qui vont dans le mur depuis des décennies. Mais on est loin de la prédation systématique! Un LBO, ca secoue mais ca rend plus fort.

  • jcaumon2 il y a 8 mois

    Eric2108: Vous ne pouvez nier qu'il y a hélas des détournements à des fins purement financières, quand l'entreprise réduit les stocks jusqu'à manquer des ventes, ou qu'elle supprime tous les investissements et réduit toutes les dépenses de façon plus que "spartiate " (c'est le cercle des économistes ci-dessus qui le dit), ce sont des faits qui existent. On ne peux pas nier certaines réalités.

  • Newinks il y a 8 mois

    Concernant les PME, je connais deux boites très rentables rachetées par des fonds : l'une a déposé le bilan et l'autre est aujourd'hui très affaiblie du fait d'une pression financière importante (rentabilité exigée du fait du LBO) et d'une nouvelle équipe dirigeante qui semble croire que les feuilles de calcul Excel peuvent remplacer la gestion traditionnelle qui avait permis à ces deux boites de se développer...et malheureusement d'être attractives aux yeux d'investisseurs CT...

  • eric2108 il y a 8 mois

    Penser par soi même ne signifie pas prendre ses impressions pour la réalité. J'ai relevé 6 erreurs manifestes dans votre diatribe de libéral convaincu contre un mécanisme qui permet aux dirigeants et souvent aux salariés de devenir actionnaires de la société pour laquelle ils travaillent. On peut dire que les LBOs ne fonctionnent pas toujours, c'est vrai, c'est comme la bourse, qui dit risque dit échec potentiel. Mais lisez le document de l'AFIC audité par un tiers, et on en reparle...

  • jcaumon2 il y a 8 mois

    Comme quoi avant de juger, il faut être capable de s'affranchir des idées préconçues et de penser par soi-même

  • jcaumon2 il y a 8 mois

    Désolé mais vous êtes un grand naïf , soit la procédure a été lancée dans une logique de sauvetage pour la bonne cause (ça existe je vous l'accorde) et les conditions du marché l'ont fait échouer, soit elle a été lancée dans une logique de dépeçage, ces procédures font florès, notamment aux US, hélas de plus en plus .Quand à votre jugement d'ultra- libéral militant, sachez que je suis un libéral convaincu, ce qui n'exclut pas d'être réaliste

  • eric2108 il y a 8 mois

    Bref, jcaumon2, je mets vos postes sur le compte d'une méconnaissance profonde des LBO en particulier et de l'économie en général. Restez syndicaliste de gauche, mais de grâce, pas de leçon d'économie....

  • eric2108 il y a 8 mois

    3) reduction des stock. Et oui les sociétés bien gérées travaillent en flux tendu, ça pousse à l'excellence mon brave4) suppression des investissement. Encore n'importe quoi il suffit de regarder les stats de l'AFIC5) LBO en cascade car beaucoup de filiales... La on est en plein délire... aucun intérêt il y a l'intégration fiscale

  • eric2108 il y a 8 mois

    Il vaut mieux savoir de quoi on parle avant de dire d'importe quoi.... Jcaumon fait de la désinformation à la Putin:1) les fonds qui achètent des sociétés en LBO sont des prédateurs. La plupart d'entre eux ont des sociétés d'assurance, des fonds de pension voir la BPI (l'état)! comme actionnaire2) les LBO ne se font JAMAIS sur une entreprise en difficulté. Quelle banque voudrait prêter à une société qui perd de l'argent?