La gestion de portefeuille sous contrainte climatique

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La gestion de portefeuille sous contrainte climatique
La gestion de portefeuille sous contrainte climatique

 

La sphère financière est face au nouveau défi du risque climatique.  L’inadaptation à ce changement est évaluée comme un risque prépondérant[i]. Même le FSB[ii], chargé de traquer les risques systémiques, place le risque climat parmi les plus sérieux.

La stratégie de gestion classique laisse progressivement sa place à d’autres types d’investissement axés sur la préservation du climat. L’enfer étant pavé de bonnes intentions, certaines stratégies poussées à l’extrême peuvent s’avérer plus dangereuses que salvatrices. Nous nous proposons de dresser un panorama des principales stratégies de gestion sous contrainte climatique ainsi que leurs différentes limites.  

 

La finance climat se réalise à travers cinq types de stratégies

Mesure de l’empreinte carbone[iii]

C’est la plus rapide des stratégies à mettre en place. Elle consiste à mesurer l’empreinte carbone de chaque classe d’actif du portefeuille.

Exclusion climatique 

Egalement appelée « décarbonation », cette stratégie vise à exclure des portefeuilles les secteurs et valeurs dont les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) sont les plus importantes.

Investissement « vert »

A l’inverse de l’exclusion, l’investissement « vert » se concentre sur les secteurs les moins polluants (les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les nouveaux moyens de transport etc..).

Engagement actionnarial

Le dialogue avec les entreprises est un moyen de prise de conscience des risques climatiques. La progression du nombre de dépôts de résolutions aux assemblées générales est un marqueur de la place croissante de l’engagement dans les stratégies des investisseurs.

Gestion de portefeuille à trajectoire 2°

Cette stratégie reste peu adoptée par les acteurs de la finance. La gestion de portefeuille à trajectoire 2°C vise à investir sur les entreprises qui respectent leur trajectoire sectorielle[iv] afin d’atteindre les objectifs 2° à horizon 2100.  L’exclusion n’est que l’étape ultime en cas de non-respect flagrant de la trajectoire.

 

Les 3 principales limites des stratégies climat :

La première limite revient à la stratégie de mesure carbone. Sans réflexion sur les plans d’actions afin d’atteindre l’objectif assigné, la mesure seule ne sert à rien.

Viennent ensuite le manque de consensus méthodologique et ses écueils.

  • Quelle méthode de calcul appliquer ? Pour les actions, une grande partie des investisseurs privilégient la mesure des émissions par millions d’Euros investis. D’autres, au contraire, préfèreront rapporter les émissions de GES au chiffre d’affaires ou utiliser d’autres indicateurs plus précis sur le plan sectoriel (émission par passager dans le cadre du secteur du transport).
  • Quelle méthode appliquer sur les autres classes d’actifs comme le marché de la dette, de l’immobilier, des infrastructures ? La question est éminemment plus complexe.
  • Quel périmètre choisir pour le calcul des émissions des GES ? Les émissions directes de CO2 ou les émissions indirectes ? Dans le premier cas, le secteur bancaire est un secteur à faibles émissions.

La troisième limite la plus préoccupante revient à la prépondérance des stratégies d’exclusion et des investissements verts.

  • S’agissant de l’exclusion, afin de respecter les engagements climatiques, il est indiscutable que certains secteurs[v] doivent être exclus comme l’industrie du charbon.  Cependant, l’industrie du pétrole et certains secteurs industriels comme les services aux collectivités sont victimes de cette stratégie.  La croissance de la finance d’exclusion pourrait devenir dévastatrice pour l’économie réelle. A trop vouloir réduire les émissions de CO2, la finance serait myope aux conséquences sociales de cette stratégie (notamment en termes de perte d’emplois).
  • Les mêmes inquiétudes se portent sur l’investissement vert. Selon l’AIE, 1000 mds € par an (de 2010 à 2050) sont nécessaires pour réussir et limiter le réchauffement climatique à 2°C. Cependant investir à outrance sur l’industrie verte pourrait former une bulle qui tôt ou tard éclatera et réduira à néant les efforts mis en place pour la sauvegarde du climat.

 

Conclusion :

« La quantité crée le poison » écrivait Paracelse. Ce constat en médecine est évidemment valable pour la finance. Les stratégies d’exclusions et les investissements verts doivent se faire avec équilibre. Les objectifs de réduction de CO2 sont à horizon 2100 et non immédiatement. La mise en place d’une stratégie trajectoire 2°C couplée à l’engagement actionnarial nous semble plus pertinente pour atteindre les objectifs sans déstabilisation de nos économies.

 

Jean-Marc Clamy

Directeur - analyse et conseil Investisseurs

EthiFinance www.ethifinance.com

 

Pour aller plus loin :

  • Climat : les actions des investisseurs, Novethic, septembre 2015
  • Assessing the alignment of portfolios with climate goals, 2°Investing Initiative, octobre 2015
  • Sectoral Decarbonization Approch (SDA), Science Based Target ; mai 2015

 

 


[i] World Economic Forum  2016 (Global Risk Report)

[ii] Financial Stability Board

[iii] Le carbone n’est pas le seul gaz à effet de serre (GES) mais il est un référent

[iv] Sectoral Decarbonization Approch (SDA), Science Based Target ; mai 2015

[v] Source : JAKOB, Michael et HILAIRE, Jérôme. Climate science: Unburnable fossil-fuel reserves. Nature, 2015, vol. no 7533, p. 150-152.

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  • rraclot il y a un mois

    Le CO2 est encore dans le coup.. C'est bon pour les affaires (sous le manteau).. Non ?

  • jmlhomme il y a un mois

    Ne pas changer trop vite, exploiter un maximum encore..... quel discours !