La BCE peut-elle abaisser ses taux directeurs en territoire négatif ?

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Le 3 décembre prochain, la BCE pourrait tenter le tout pour le tout avec un abaissement de ses taux directeurs en territoire négatifs, selon JP Morgan.
Le 3 décembre prochain, la BCE pourrait tenter le tout pour le tout avec un abaissement de ses taux directeurs en territoire négatifs, selon JP Morgan.

Les investisseurs attendent avec impatience le prochain discours de Mario Draghi le 3 décembre prochain. On sait que le président de la BCE a prévu de « réexaminer » son plan de relance. JP Morgan s’interroge pour sa part sur la possibilité de la BCE de fixer des taux directeurs négatifs.

On sait que la BCE et son président Mario Draghi ont à cœur de montrer qu’ils peuvent offrir à la zone euro les conditions optimales pour une reprise économique qui peine encore à venir.

« Le Président de la BCE, Mario Draghi, a montré son orientation proactive et sa volonté d’innover aux frontières de la politique monétaire », rappelle Thushka Maharaj, stratégiste chez JP Morgan AM, dans la dernière note hebdomadaire de la société de gestion.

Au point de descendre les taux directeurs en négatif ?

Pour rappel, les taux directeurs de la BCE sont fixés à 0,05% depuis un an, leur plus bas niveau historique. Les taux très faibles permettent aux établissements bancaires de se refinancer à faible coût, et donc de proposer à leurs clients des prêts aux intérêts également faibles. La BCE peut-elle en faire plus avec des taux négatifs ?

D’autres banques centrales ont déjà franchi le pas des taux négatifs : tel est le cas en Suède, au Danemark, ou encore en Suisse avec la BNS. Analysant les récents discours de Mario Draghi, Thushka Maharaj affirme que « même s’il est difficile pour les taux d’être largement négatifs (…), la BCE signale qu’il existe une marge de manœuvre pour aller plus loin en territoire négatif », même si ceci ne sera pas sans conséquences pour la Fed à travers l’évolution de la parité euro-dollar.

Taux négatifs pour une banque centrale : comment est-ce possible ?

Le passage des taux en territoire négatif est souvent considéré comme très contre-intuitif, voire incompréhensible. En effet, un taux négatif équivaut pour un emprunteur à ne plus payer d’intérêts sur l’argent qu’il aura emprunté, mais au contraire à toucher des revenus grâce à son endettement. C’est théoriquement le monde à l’envers.

Néanmoins, le véritable mécanisme n’est pas aussi simple. Dans le cas d’une banque centrale, si les taux directeurs passent en territoire négatif, cela va certes permettre aux établissements bancaires de gagner de l’argent lorsque ceux-ci se refinanceront auprès d’elle. Néanmoins, les taux de crédit proposés aux clients finaux resteront quant à eux positifs, du fait que les banques appliquent évidemment une marge entre le taux auquel elles prêtent et le taux auquel elles se refinancent. Le taux d’emprunt proposé aux entreprises et aux particuliers va tout de même tendre vers 0%.

Le but pour la banque centrale est ainsi d’essayer d’affaiblir au maximum le coût de l’endettement pour les acteurs économiques, de manière à entraîner un cycle de croissance basé sur l’investissement des entreprises et des particuliers. L’investissement des entreprises se traduit notamment, en théorie, par davantage d’emploi, ce qui conduit à davantage de dépenses des ménages, davantage d’activité, et donc à une situation économique plus dynamique et satisfaisante.

A ne pas confondre avec les rendements négatifs obligataires...

À noter qu’il ne faut pas confondre les taux négatifs d’une banque centrale et les rendements négatifs sur le marché obligataire, notamment sur les emprunts de certains Etats. Les taux « négatifs » sur le marché obligataire n’existent en fait pas vraiment en tant quel tel : on parle de taux négatifs dans le cas où le prix d’une obligation monte au point que les sommes qui seront touchées à l’avenir ne parviendront pas à couvrir le prix de l’investissement initial.

Pour prendre un exemple simple, on dira qu’une obligation offre un rendement négatif si celle-ci vaut 110 euros aujourd’hui et versera à l’avenir un intérêt de 4 euros dans un an, puis de 4 euros dans deux ans en même temps que le capital initial de 100 euros sera remboursé. On achète ainsi pour 110 euros un produit qui nous offrira 108 euros à l’avenir : le taux est négatif. Il n’existe pas d’obligations versant des « coupons négatifs ».

Cette situation arrive lorsqu’un pays est attendu en situation de déflation (par exemple : un bien à 110 euros vaudra en moyenne 107 euros dans deux ans, auquel cas il peut être intéressant d’acheter un produit qui me versera finalement 108 euros à cette date), ou lorsque la monnaie d’emprunt est considérée comme une valeur-refuge. C’est notamment le cas du franc suisse : ici, les investisseurs étrangers peuvent être prêts à acheter des emprunts à rendement négatif s’ils considèrent que leur valeur rapportée dans une autre monnaie (l’euro ou le dollar par exemple) aura significativement augmenté à l’avenir.

La baisse des taux est-elle vraiment efficace pour relancer la croissance ?

Pour en revenir au sujet des taux de la BCE qui pourraient éventuellement devenir négatifs, une question économique fondamentale mérite d’être soulevée : la potion magique des taux faibles (ou négatifs) est-elle encore efficace pour engendrer une reprise économique ?

L’effet théorique des taux faibles est celui que nous avons déjà décrit : le faible coût du crédit entraîne théoriquement un accroissement de l’endettement, donc des investissements, ce qui se traduit par davantage d’emplois, de consommation et donc d’activité. C’est un cercle vertueux.

Le problème est de savoir s’il n’y aurait pas également un cercle vicieux à l’œuvre, ou du moins un fort « effet d’éviction » qui jouerait en sens inverse de ce cercle vertueux. La baisse des taux entraîne en effet une baisse du rendement des placements financiers, ce qui participe à entretenir la très faible inflation. Cette faible inflation incite les entreprises et les ménages à ne pas s’endetter à l’excès car la valeur de la dette ne va pas s’effriter dans le temps comme c’est le cas en période d’inflation. Ceci est d’autant plus vrai pour les particuliers alors que les salaires n’augmentent plus, ou très peu. C’est la fameuse « trappe à liquidité » : l’abaissement des taux, même en territoire négatif, peut devenir inefficace au bout d’un certain temps si leur but est d’engendrer une reprise économique.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • ZvR le jeudi 12 nov 2015 à 13:59

    Taux négatifs sur l'épargne ça ne devrait plus tarder......

  • lechypre le jeudi 12 nov 2015 à 13:24

    exactement...les sois-disant prêts que la finance nous offre à taux taux bas comme jamais, ces derniers devraient être encore plus bas...pp pigeon

  • kpm745 le mercredi 11 nov 2015 à 19:39

    L'alternative sera l'or

  • M6703835 le mardi 10 nov 2015 à 17:56

    ..ne savent plus comment s'en sortir, avec 7 milliards de bouches à nourrir, bon courage, il vous en faudra...

  • guerber3 le mardi 10 nov 2015 à 17:43

    Le système bancaire : pour.ri jusqu' à l' os...les citoyens vont payer pour que les banques puissent perdre leur argent...!

  • penilope le mardi 10 nov 2015 à 17:39

    avec des rendements aussi bas et des banques qui jouent au casino avec l'argent qu'on leur depose et qui ne rapporte plus rien, les clients vont finir par mettre leur liquidités au coffre