"L'ISR connaît une très forte croissance depuis les dix dernières années" (Ecofi Investissements)

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Les investisseurs particuliers voudraient intégrer des critères d'éthique dans leurs investissements : les solutions existent ! L'interview de Christophe Couturier, directeur général d'Ecofi Investissements.
Les investisseurs particuliers voudraient intégrer des critères d'éthique dans leurs investissements : les solutions existent ! L'interview de Christophe Couturier, directeur général d'Ecofi Investissements.

Ecofi Investissements est l’une des sociétés françaises pionnières dans le domaine de la gestion ISR. Pouvez-vous nous présenter l’ISR à travers 3 forces et 1 faiblesse ?

Christophe Couturier : L’Investissement socialement responsable (ISR) est un engagement pour l’avenir. L’ISR joue un rôle majeur d’aiguillon pour interpeller la « finance traditionnelle » sur des sujets qu’elle ne voit pas ou juge peu importants.

L’ISR permet ainsi d’investir dans les entreprises les plus avancées dans leur gestion des enjeux Environnementaux – par exemple la prévention des pollutions, les émissions de CO2 – Sociaux – comme le taux d’accident du travail, les relations avec les clients et les fournisseurs ou la diversité et l’égalité hommes-femmes – et de Gouvernance (ESG).

Un autre point fort de l’ISR, c’est d’analyser l’entreprise dans toutes ses dimensions, et de contribuer ainsi à une meilleure maîtrise des risques. C’est un retour vers l’analyse globale et fondamentale des entreprises.

Enfin, l’ISR n’impacte pas la performance financière des placements, comme l’ont montré de nombreuses études académiques. Nous sommes même convaincus qu’il peut contribuer à la performance en supprimant de l’univers d’investissement les entreprises qui gèrent mal leurs risques ESG. Ecofi Investissements a dans ce but mis son savoir-faire dans la création d’un indice actions ISR européen, Ecofi SRI Europe Index, afin de définir une référence de mesure du marché actions qui associe performance financière et performance ESG, en intégrant une analyse des risques supplémentaire, et qui s’appuie sur notre filtre ISR le plus engagé (en savoir plus : http://www.ecofi.fr/fr/fonds/ecofi-sri-europe-index).

L’augmentation considérable depuis une dizaine d’année du montant des amendes infligées aux entreprises qui sont impliquées dans des scandales (éthique des affaires, pollution…) et la rapidité avec laquelle l’information circule, ont aujourd’hui des impacts réels sur les valorisations des entreprises, et donc potentiellement sur la responsabilité fiduciaire des investisseurs.

Côté défaut, le nombre d’indicateurs ESG analysés peut parfois contribuer à la dilution d’alertes importantes dans la note finale. L’ISR doit aussi progresser dans la mesure de sa plus-value sociale et environnementale, au moyen notamment des indicateurs d’impact ESG (empreinte carbone, création d’emplois…), afin de montrer qu’il est un acteur pertinent dans la finance utile. C’est ce sur quoi nous travaillons aujourd’hui.

Comment un gérant de fonds ISR sélectionne-t-il les valeurs dans lesquelles il investit ? Le respect des critères ISR/ESG est-il contraignant dans l’élaboration de vos stratégies de gestion ?

C. C. : Chez Ecofi Investissements, la gestion ISR a un impact concret sur la construction des portefeuilles, cela pour 80% de nos fonds ouverts. La construction du portefeuille se fait en deux étapes principales.

Première étape : évaluation de la performance Environnementale, Sociale et de Gouvernance (ESG) avec une surpondération :

- des indicateurs quantitatifs de résultats des entreprises et États. Par exemple : les émissions de CO2 par MWh par an pour les électriciens ; les taux de fréquence et de gravité des accidents du travail dans la construction etc. ;

- de la « Touche Ecofi » : équilibre des pouvoirs ; relations responsables avec les clients et les fournisseurs ; rejet des paradis fiscaux ; non-discrimination.

Deuxième étape : évaluation des controverses des entreprises impliquées dans des incidents significatifs : pollution, corruption, blanchiment d’argent, violation des Droits de l’Homme etc.

Ces deux filtres successifs permettent de sélectionner les entreprises jugées les meilleures en termes d’ISR en confrontant leur discours à la réalité de leurs performances ESG ("reality check").

Comment choisissez-vous les valeurs dans lesquelles vous investissez dans le cadre de votre gestion ISR ?

C. C. : Notre méthodologie repose sur la sélection, dans chaque secteur, des entreprises les plus responsables. Nous ajoutons à cette analyse un filtre sur les controverses, qui permet d’identifier les entreprises qui font face à des incidents majeurs. Il s’avère que ce filtre révèle des problèmes récurrents dans certains secteurs. Ainsi, les banques sont particulièrement regardées en ce moment du fait de controverses sur l’éthique des affaires. Il en est de même pour le secteur pharmaceutique. Le secteur pétrolier est aussi régulièrement secoué par des incidents de pollution. Enfin, on a vu apparaître après l’affaire Volkswagen des avertissements sur le secteur automobile.

D’après certaines études récentes, il semblerait que les parts de fonds ISR soient surtout achetées par des institutionnels, et peu par des investisseurs individuels. D’après vous, qu’est-ce qui explique ce manque d’attrait des particuliers à l’heure actuelle, et comment y remédier ?

C. C. : Parlons d’abord des succès. L’ISR a connu une très forte croissance ces dix dernières années et représentait 223 milliards d’euros fin 2014 en France.

Notre clientèle particulière a beaucoup d’appétence pour les fonds solidaires, une sorte de fonds à impact social. Pour l’ISR, notre objectif est de dire à nos clients que leur argent va servir, en tant qu’investissement engagé, à pousser les entreprises à améliorer leurs pratiques, via le vote et le dialogue avec les entreprises. C’est une chose à laquelle la clientèle particulière est très sensible. L’enjeu de la pédagogie de l’ISR est fondamental pour les réseaux. Nous avons notre part de responsabilité car nous avons créé ces sigles et la complexité du modèle de l’ISR à la française, qui est certes très intelligent, mais qui a besoin d’être vulgarisé pour toucher le grand public.

Une enquête de la Commission Finance Durable de Paris Europlace, réalisée l’an dernier, montrait que plus de 50% des investisseurs particuliers souhaiteraient intégrer des critères environnementaux, sociaux et éthiques dans leurs choix d’investissement. Le mot éthique a été utilisé. Mais 94 % d’entre eux n’avaient jamais entendu parler d’ISR ! Cela signifie qu’ils ne font pas le lien entre des investissements différents en rapport avec leurs propres valeurs et la gestion ISR. Cela s’explique notamment par le fait que les conseillers clientèle ne sont pas toujours très à l’aise pour en parler. Il y a donc tout un enjeu de formation des réseaux de distribution qui est extrêmement important.

Nous sommes très actifs dans cette démarche. Ainsi, sur la page dédiée à notre engagement ISR sur Boursorama, vous pouvez découvrir par exemple notre vidéo de « duel » entre ISR et solidaire qui montre bien que les deux modes de gestions donnent du sens aux placements de nos clients !

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