L'interview de Sébastien Hénin (The National Investor) : « La Bourse saoudienne est méconnue mais bien diversifiée »

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La Bourse de Riyad est paradoxalement peu exposée aux valeurs pétrolières.
La Bourse de Riyad est paradoxalement peu exposée aux valeurs pétrolières.

Focus sur l’Arabie Saoudite, un géant sur la planète pétrolière mais dont la Bourse, désormais ouverte aux investisseurs internationaux, reste méconnue. A tort selon Sébastien Hénin, responsable de la gestion chez The National Investor, une banque d’affaires basée à Abu Dhabi.

Le 15 juin 2015, la Bourse saoudienne a ouvert ses portes pour la première fois aux investisseurs étrangers. Peut-on tirer un premier bilan de cette opération ?

Sébastien Hénin : Depuis le 15 juin, nous n’avons pas assisté à un afflux massif de capitaux. La Bourse de Riyad restait pourtant l’une des dernières places fermées aux investisseurs étrangers. Malgré la chute récentes des marchés et la baisse du prix du pétrole, la capitalisation boursière y dépasse les 500 milliards de dollars. C’est aussi l’un des marchés émergents les plus liquide sur lequel s’échange en moyenne près de 2,5 milliards de dollars de transactions quotidiennes...

La chute des prix du pétrole n’est pas une bonne nouvelle pour l’industrie pétrolière, la première ressource du pays. Pourquoi investir maintenant en Arabie Saoudite ?

S.H : Mais il n’y a pas que le pétrole à la Bourse de Riyad, c’est une Bourse bien diversifiée ! Rappelons qu’Aramco (la grande compagnie pétrolière saoudienne) n’est même pas cotée. Seul le secteur de la pétrochimie représenté par le numéro un mondial, Sabic, est indirectement concerné par les prix de l’énergie. Mais on peut aussi s’intéresser à Saudi Télécom ou Al-Rajhi Bank. Cette dernière offre un bon biais pour investir sur le secteur de la banque islamique. Dans une période de remontée des taux d’intérêt, ces banques sont bien positionnées pour profiter de leur base de dépôt actuellement non rémunérée.

Alors comment expliquer cette prudence des investisseurs ?

S.H : D’abord c’est un marché encore méconnu des investisseurs internationaux. Ensuite, les niveaux de valorisation atteints en juin (PER de 15-16) ne sont guère attractifs. Dans un contexte de baisse du prix des matières premières et de défiance généralisée vis-à-vis des pays émergents, on peut aisément justifier la prudence des investisseurs.

Comment l’économie saoudienne peut s’adapter à cette baisse du prix du baril ?

S.H : Le pays dispose d’un levier financier considérable.  L'Arabie Saoudite n’a pas de dettes et peut puiser dans ses immenses réserves accumulées qui dépassent 500 milliards de dollars. Au cours de la dernière décennie, le pays n’a connu qu’un seul exercice marqué par un déficit budgétaire.

Le ralentissement de l’économie chinoise inquiète le monde. Le baril de pétrole est installé sous les 50 dollars... Dans ce contexte, quelles sont les perspectives du marché saoudien pour les prochains mois ?

S.H : Le ralentissement de la Chine ne devrait pas bouleverser les équilibres domestiques. Quant à l’industrie pétrolière elle souffre surtout de l’abondance de l’offre plutôt que d’un déficit de demande et les perspectives du secteur sont moroses. L’Arabie Saoudite a cependant des atouts importants parmi lesquels un endettement inexistant, des ressources financières considérables, mais aussi une démographie dynamique et une stabilité monétaire appréciable. En étant liée au dollar américain, le riyal saoudien offre en effet aux investisseurs une véritable protection en leur évitant de subir des dévaluations sauvages. Au final, l’indice Tadawul (l’indice principal de la Bourse de Riyad) qui a beaucoup baissé au cours des dernières semaines redevient intéressant car il n’offre plus qu’une très faible prime par rapport à certains marchés émergents beaucoup moins attractifs.

Deux pépites saoudiennes à découvrir ?

S.H : Je citerais Al-Khaleej Training, une société spécialisée dans la formation et l’éducation, un secteur devenu une véritable priorité nationale dans le pays. Dans le domaine de la consommation discrétionnaire, on peut s’intéresser à United Electronics Company, un distributeur de produits électroménagers qui profite de l’augmentation du niveau de vie de la population.

Propos recueillis par Julien Gautier