L'interview de Francis Perrin (Stratégies et politiques énergétiques) : « Le potentiel énergétique de l'Iran est considérable »

le , mis à jour à 18:00
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Depuis l'été 2014, l'offre d'hydrocarbures est surabondante au niveau mondial.
Depuis l'été 2014, l'offre d'hydrocarbures est surabondante au niveau mondial.

L’accord sur le nucléaire conclu entre l’Iran et les grandes puissances, le 14 juillet à Vienne, signe le retour annoncé d’une grande puissance pétrolière et gazière sur les marchés mondiaux. Dans un monde pétrolier où l’offre dépasse déjà la demande, ce retour devrait à nouveau pousser les prix à la baisse sur la durée estime Francis Perrin, directeur de la publication Stratégies et politiques énergétiques (SPE)

L’accord entre l’Iran et le groupe des grandes puissances (P5+1), qui prévoit une limitation du programme nucléaire en échange d’une levée progressive des sanctions économiques, peut-il changer la donne sur les marchés du pétrole et du gaz au niveau mondial ?

Francis Perrin : Cet accord est un évènement extrêmement important sur le plan géopolitique et bien sûr énergétique. L’Iran compte parmi les principaux détenteurs de réserves pétrolières et gazières. En raison des sanctions en vigueur, le pays produit très en-deçà de sa production. Selon BP, l’Iran disposerait des premières réserves gazières au monde et des quatrièmes réserves de pétrole (conventionnelles et non-conventionnelles). Nous parlons de réserves prouvées, c’est-à-dire de réserves localisées, exploitables et rentables avec les moyens techniques d’extraction à disposition aujourd’hui. Le potentiel énergétique de l’Iran est considérable à long terme, aussi bien pour le pétrole que pour le gaz et le pays est déterminé à reconquérir des parts de marchés perdues avec le régime des sanctions.

Dans quel état se trouvent ses infrastructures pétrolières et gazières ? 

F.P : Elles ne sont pas dans un état catastrophique mais les difficultés existent… Le régime d’Hassan Rohani n’est plus dans la négation des problèmes comme l’était l’Iran sous la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. Les sanctions empêchent l’Iran d’exporter du pétrole vers l’Europe et l’Amérique du Nord et lui interdisent d’importer des services pétroliers. Si l’Iran dispose de compétences dans l’industrie pétrolière, elle souffre évidemment de son isolement en la matière...

Après la chute brutale des cours au deuxième semestre 2014, les cours du pétrole ont entamé leur rebond depuis mars, passant d’environ 45 à 60 dollars le baril. Cet accord avec l’Iran est-il susceptible de faire baisser les cours à court terme ?

F.P : La réintégration de l’Iran dans la communauté internationale est incontestablement un facteur baissier. Depuis l’été 2014, nous sommes en présence d’un marché où l’offre est surabondante (cf. cours du brent). Par deux fois, en novembre 2014 et en juin 2015, l’OPEP a refusé de baisser son plafond de production. Si l’organisation des pays exportateurs, et l’Arabie Saoudite en premier lieu, n’a pas provoqué la chute des prix l’an dernier, elle a choisi clairement de ne pas s’y opposer. L’OPEP ne veut pas être la seule à subir la régulation du marché pétrolier mondial. Résultat, elle dépasse même son plafond de 30 millions de barils par jour. L’excédent d’offre n’est pas résorbé… D’autant que l’Irak, et sa situation instable depuis les années 1980 et l’Iran, qui va plaider son retard accumulé avec le régime des sanctions, vont s’opposer à toute restriction sur leur production. Avec l’accord conclu à Vienne, les débats vont s’intensifier...

Quand devrait-il entrer en vigueur ? Peut-il être rejeté, selon vous, par le Congrès américain ?

F.P : Malgré les pressions israéliennes, voire saoudiennes, je pense que l’accord devrait être ratifié par le Congrès à Washington. Dans cette hypothèse, il devrait entrer en vigueur début 2016 même si le retour de l’Iran sur le marché pétrolier international sera progressif. A court terme, le pays ne devrait produire que 500.000 à 700.000 barils de pétrole en plus par jour pour une production actuelle estimée à 2,7-2,8 millions de barils/jour . C’est une quantité faible mais qui intervient tout de même dans un marché déjà sur-approvisionné. La remise en route des exportations de gaz sera plus longue.

Total peut-il profiter du retour de l’Iran sur la scène pétrolière internationale ?

F.P : Oui, Total est bien positionné pour profiter du retour de l’Iran sur le marché pétrolier international. Total (et Elf, avant la fusion avec Total en 1999) a déjà travaillé en Iran entre 1995 et le début des années 2000. En 1995, Total avait d’ailleurs été la première compagnie pétrolière occidentale à signer un contrat en dépit des sanctions américaines. Si les autorités iraniennes ne devraient pas faire de « cadeau » à Total étant donné l’attitude intransigeante de la France au cours des négociations sur le nucléaire, la compagnie française a incontestablement une carte à jouer. Une chose est sûre, la compétition sera rude…

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • j.geffr2 le lundi 20 juil 2015 à 15:13

    L'Iran va alimenter une offre déjà surabondante, l'état des installations est à peu près en ruine, le cours va baisser, autant de lieux communs que l'on répète en boucle depuis une semaine. Le Congrès US devrait valider le deal, ça, c'est moins sûr, surtout après les déclarations de l’ayatollah en chef.