« L'entreprise a-t-elle encore une nationalité? » (Cercle des économistes)

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Pour les investisseurs, les multinationales semblent souvent avoir perdu leur nationalité. Mais l'origine d'une entreprise reste un composant fondamental de son identité, explique Bertrand Jacquillat.
Pour les investisseurs, les multinationales semblent souvent avoir perdu leur nationalité. Mais l'origine d'une entreprise reste un composant fondamental de son identité, explique Bertrand Jacquillat.

Dans un monde de turbulences, qu’attend-on d’un pays ? Le thème des 16è Rencontres Economiques, qui viennent de se tenir à Aix-en-Provence, s’élargit logiquement au monde entrepreneurial. Qu’attendre d’une entreprise dans ce monde chahuté ? Bertrand Jacquillat explique l’importance de la nationalité d’une société.

Avec la mondialisation et la globalisation, on pourrait en douter mais la réponse qu'en ont apportée Carlos Ghosn et Patrick Pouyanné lors d’un débat que je modérais aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence est clairement oui. Oui une entreprise peut être emblématique d’un pays et donc avoir une nationalité, lorsque l’on considère les caractéristiques du pays, tant au point de vue de son histoire, de ses pratiques sociales, de sa culture ou de la psychologie de son peuple.

D'ailleurs, on pourrait construire un mapping même s’il est réducteur des caractéristiques d’un pays et des entreprises ou elles excellent. Aux Etats Unis, les entreprises disruptives aux frontières de la technologie qui correspondent bien au caractère entrepreneurial et à l’appétence pour le risque du peuple américain et de ses élites. C’est de là que prospèrent les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) dont les chaines de valeur cheminent dans le monde entier mais dont personne ne nie qu’elles appartiennent bien à l’ouest américain entrepreneurial ; à l’Allemagne, les entreprises manufactures lourdes de l’industrie, comme l’automobile, la machine-outil et les robots ; à l’Italie, les entreprises de la mode vestimentaire et de la gastronomie ; à la Chine, les entreprises low cost (pour l’instant) ; à la Suisse, les entreprises de précision telles que l’horlogerie et les entreprises bancaires ; à l’Inde, les entreprises  informatiques et aux Philippines, les entreprises de centres d’appel, etc...

Et la France ? La France a un passé colonial et d’empire auquel Total n’est pas étranger. Né en 1924 à la suite des accords Sykes Picot, Total représente l’un des bras armés de la politique étrangère de la France. La France à une histoire industrielle qui remonte loin, d’où l’importance de son industrie automobile dont Renault est l’une des entreprises survivantes du secteur automobile français qui comptent des dizaines d’entreprises différentes il y a cent ans. Et malgré les accords de partenariat qu’elle a passés avec Nissan, il y a seize ans et tout récemment avec Mitsubishi, Renault est restée une entreprise emblématique de la France.

Il y a, par ailleurs, pléthore d’entreprises françaises de rang mondial qui sont le reflet de la culture  française, dans le domaine du luxe avec LVMH, Dior ou Hermès, dans les domaines du bon vivre avec les maisons de champagne, Pernod Ricard et les acteurs de niche dans le domaine de la gastronomie, dans celui de la beauté, notamment L’Oréal.

Certes toute proposition connaît des exceptions. A cet égard, la société de services informatiques d’origine américaine Accenture est devenue apatride. Selon son président, un français, elle a pour siège social le lieu où il se trouve, son comité de direction  de vingt membres  est représenté par douze nationaux : ceux-ci résident là où ils ont envie de travailler et d’habiter. Et ses sept centres de recherche sont repartis dans sept pays différents, là où sont les talents  spécifiques dont  l’entreprise a besoin.

Mais les entreprises françaises ont bien une nationalité, quand bien même leur actionnariat est devenu majoritairement étranger, comme c’est le cas des  entreprises du CAC 40 à plus de 50%. Les entreprises françaises sont en fait le fleuron d’un pays moins compétitif qu’elles ne le sont.

C’est ce qui ressort de la deuxième édition de l’étude de l’Observatoire de l’Etat de la France initiée par Eight Advisory qui  souligne la dégradation de la  compétitivité de l’Entreprise France. Il est impossible que le divorce entre micro et macroéconomie puisse perdurer longtemps. Et le pays perdrait un peu de son âme si la nationalité de ses entreprises devait progressivement s’estomper.

Bertrand Jacquillat

Bertrand Jacquillat est Vice-Président du Cercle des économistes ainsi que cofondateur et Président d’Honneur d’Associés en Finance.

Vous pouvez revoir le débat "Une entreprise peut-elle être empblématique d'un pays ?" et toutes les sessions des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence sur : lesrencontreseconomiques.fr

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • jmlhomme le lundi 11 juil 2016 à 11:50

    que les entreprises du CAC 40 ( le fleuron industriel français ) soient à plus e 50% de capital "tranger, c'est un gros probleme car les Francais travaillent et soutiennent leurs grosses entreprises mais en final rémunèrent en dividendes les étrangers qui n'ont pas eux les taxes que nous subissons.