«Hausse des dividendes : un bon signal ?»

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Le Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris. (crédit : L. Grassin)
Le Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris. (crédit : L. Grassin)

Les études se suivent et se ressemblent : les dividendes versés aux actionnaires sont à la hausse, et la France n’est pas en reste. Souvent mal compris, car mal connus, le fonctionnement et la philosophie de la rémunération des actionnaires sont très critiqués par une partie de l’opinion. Arguments et démonstration à l’appui, Valérie Mignon casse quelques idées reçues.

Les annonces de versements de dividendes font fréquemment les gros titres des journaux et suscitent de multiples réactions et commentaires dans les médias et sur les réseaux sociaux. A chaque montée de dividendes, les actionnaires sont ainsi pointés du doigt, accusés de s’enrichir au détriment des entreprises. Qu’en est-il réellement ? Quel est le signal véhiculé par une augmentation de dividendes ?

Le dividende n'est pas la rémunération de l'actionnaire

Aux yeux du « grand public », le dividende est souvent assimilé - à tort - à la rémunération de l’actionnaire. En réalité, il correspond à la partie du bénéfice réalisé par l’entreprise qui est reversée à l’actionnaire à hauteur du nombre d’actions détenues par celui-ci. Il ne s’agit donc pas d’une rémunération dans la mesure où, lors du versement, le montant du dividende est soustrait du cours de l’action. En d’autres termes, lorsque les dividendes sont distribués, le cours de l’action baisse du montant du dividende, toutes choses égales par ailleurs.

Au total, le versement du dividende modifie la composition du portefeuille de l’actionnaire : la valeur de celui-ci diminue à hauteur du montant des dividendes perçus et la trésorerie de l’actionnaire augmente d’autant. Enfin, soulignons que le paiement de dividendes n’est pas automatique et relève d’un vote de l’assemblée Générale des actionnaires de l’entreprise concernée.

Le dividende peut masquer une héterogénéité des entreprises

Dès lors, si le versement de dividendes n'engendre pas d'enrichissement net pour les actionnaires, pourquoi leur augmentation a-t-elle un si mauvais écho auprès du grand public et engendre-t-elle une réaction de presse plus politique que technique ? En admettant que les dividendes reflètent la santé économique et financière d’une firme, il est important d’identifier quelles sont les entreprises qui les distribuent. Si ce sont uniquement les sociétés cotées à forte capitalisation boursière, la hausse des dividendes peut masquer une hétérogénéité très importante des entreprises pour ne refléter la bonne santé que des plus grosses d’entre elles. 

Une autre critique fréquemment adressée est que des dividendes en hausse pèsent sur les bénéfices que les entreprises pourraient consacrer à l’investissement. Il conviendrait d’étudier le ratio dividendes sur bénéfices pour trancher cette question, mais soulignons que plusieurs études mettent en évidence qu’une entreprise distribuant des dividendes élevés tend aussi à investir de façon importante ; les deux iraient ainsi de pair. 

Un signal de confiance

En augmentant ses dividendes, l’entreprise envoie un signal de confiance à ses actionnaires en leur signifiant des perspectives de croissance favorables. Plus généralement, l’évolution des dividendes constitue un signal majeur permettant de réduire les asymétries d’information entre dirigeants et petits investisseurs. Ainsi, ce n’est pas tant le niveau des dividendes qui importe, mais leur variation : en accroissant les dividendes, une entreprise signale à ses actionnaires qu’elle est confiante en l’avenir, alors qu’une diminution pourrait être interprétée comme un signe de mauvaise gestion. En outre, en versant des dividendes en hausse, l’entreprise réduit les marges discrétionnaires des dirigeants qui pourraient ne pas forcément investir dans l’intérêt de leurs actionnaires. 

Au total, les versements de dividendes apparaissent ainsi plus comme un moyen de réallouer du capital dans l’économie que comme une prime aux actionnaires pénalisant les entreprises.

Valérie Mignon est membre du Cercle des économistes, Professeur d’économie à l’université Paris Ouest Nanterre, directrice d’EconomiX et conseiller scientifique au CEPII.

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  • remimar3 il y a 5 mois

    Je ne vois pas pourquoi il existe une telle polémique autour des dividendes. Souvent l'investisseur est plus pauvre après la distribution de dividendes. L'état prend sa part et la valeur en bourse de la société qui en distribue se voit amputée de la valeur du dividende. D'ailleurs, on a déjà vu la valeur d'entreprises qui maintiennent des dividendes élevés malgré la conjoncture finir par s'écrouler en bourse.

  • oliv3223 il y a 5 mois

    Jean coq - sauf que l'actionnaire possede aussi une partie des actifs de la societe et qu'il peut faire des plus values parfois consequentes en vendant ses parts.

  • rillouto il y a 5 mois

    un article pour déculpabiliser des gens qui gagnent du pognon en se tournant les pouces ... pauvre pays ... y a une année ou les actionnaires ne sont pas gagnant ? je me marre .....

  • adnstep il y a 5 mois

    Pour compléter les réponses précédentes : les entreprises ayant l(état comme principal actionnaire lui versent souvent de gros dividendes, qui viennent s'ajouter aux impôts.

  • jean.coq il y a 5 mois

    oliv3223 - il serait bon de comparer le bénéfice net distribuable à la masse salariale. Vous verez que malgré les apparences les actionnaires sont les derniers et les plus mal servis dans la réparitition des gains d'une entreprise.

  • floalain il y a 5 mois

    De toute façon dans tous les cas; le vrai grand gagnant est l'état qui ponctionne les dividendes sans prendre de risque.

  • oliv3223 il y a 5 mois

    La vision développée ici est très partielle (peut-être partialle). Le fait qu'une entreprise distribue des dividendes peut aussi signaler qu'elle n'a pas d'idées ni de projet d'investissement et qu'elle ne trouve rien de mieux à faire que de distribuer ou racheter ses propres actions. Le grand public peut aussi considérer qu'au lieu de distribuer aux actionnaires, l'entreprise pourrait augmenter les salaires. Bref, les idées ne sont pas des idées reçues mais une autre vision de la répartition.