« En Chine, les faillites se sont accrues de 25 % en 2015 » (Euler Hermes)

le , mis à jour à 14:15
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L'épouvantail chinois est de retour, chiffres à l'appui.
L'épouvantail chinois est de retour, chiffres à l'appui.

L’épouvantail chinois est de retour sur les marchés ce mardi avec la publication, au cours de la nuit, d’une chute des exportations chinoises de 25% en février 2016 par rapport à février 2015. Euler Hermes souligne que les faillites d’entreprises ont pour leur part augmenté de 25% en Chine en 2015.

« En Chine, les faillites se sont accrues de +25% en 2015 et les défaillances d'entreprises devraient augmenter de +20% en 2016 », affirme Euler Hermes dans un communiqué de presse diffusé mardi 8 mars en matinée.

« Cette situation a des conséquences non seulement pour le "Dragon rouge" mais aussi pour ses partenaires commerciaux » explique le numéro un mondial de l’assurance-crédit. « Si le virus chinois se propage d'abord aux pays voisins - Hong Kong, Singapour ou Taïwan -, il atteint également la Corée du Sud et, surtout, l'Amérique latine : l'Argentine, le Brésil, l'Équateur, le Venezuela et, dans une certaine mesure, le Chili ».

« La fièvre chinoise se propage à l'Amérique latine »

« Le fait que la fièvre chinoise traverse le Pacifique peut sembler étonnant à première vue, mais la Chine est en réalité l'un des principaux partenaires commerciaux de l'Amérique latine, » observe en effet Ludovic Subran, Chef économiste d'Euler Hermes.

Le développement du commerce entre la Chine et l’Amérique latine a été une véritable success story au cours des dernières années. « En 15 ans, les échanges commerciaux entre l’Amérique latine et la Chine ont été multipliés par 20 », explique-t-il.

Les prévisions chinoises restent optimistes à ce sujet : « La Chine vise un doublement des chiffres actuels, pour atteindre environ 500 milliards USD d'échanges bilatéraux en 2019 [avec l’Amérique latine] », mais l’optimisme des prévisions chinoises commence à laisser les analystes perplexes.

Surtout, la force des liens commerciaux entre la Chine et les pays d’Amérique du Sud, qui faisaient autrefois leur force, serait en train de devenir un facteur de faiblesse dans le contexte actuel.

Brésil : également 25% de faillites en plus en 2015

« La Chine est le partenaire commercial le plus important du Brésil : 20% des exportations brésiliennes lui sont destinées et 17% des importations brésiliennes en proviennent. Si la croissance chinoise s'affaiblit, l'impact est immédiat », notent les analystes d’Euler Hermes.

Les problèmes internes du Brésil, et notamment la crise politique que traverse le pays, sont ainsi « aggravés par la situation économique mondiale et le ralentissement de la croissance chinoise. L'évolution des faillites le montre clairement : en 2015, elles ont augmenté d'un quart, comme en Chine, et la hausse des taux de défaillances en 2016 devrait encore être très similaire dans les deux pays (+20% en Chine, +18% au Brésil) », affirme Ludovic Subran.

Les autres pays d’Amérique latine subissent également le ralentissement chinois

Le Brésil n'est pas le seul concerné : « Un quart des exportations chiliennes sont destinées à la Chine. Avec le Pérou (25 % également), le Chili est le pays le plus dépendant de la Chine en termes d'exportations, devant le Venezuela (22 %) » notent les analystes d’Euler Hermes.

Problème : les importations chinoises chutent en valeur : -13,8% en février 2016 par rapport à février 2015, et déjà -18,8% le mois précédent face à janvier 2015, les chiffres étant calculés par les douanes chinoises à partir de la valeur en dollars des biens échangés.

Par ailleurs, « Les difficultés de ces pays sont aggravées par le risque de fluctuation des prix, quelques produits seulement composant l'essentiel de leurs exportations : le soja en Argentine, les métaux au Pérou ou le cuivre au Chili. Les prix ont déjà fortement chuté durant les dernières années en raison du ralentissement de la croissance chinoise, frappant de plein fouet (...) ces pays ».

De même, « La fièvre chinoise se révèle particulièrement contagieuse en Argentine, en Équateur et au Venezuela. Ces pays subissent un triple choc : leurs exportations vers la Chine plongent, les prix des matières premières, et du pétrole en particulier, sont à leurs plus bas niveaux depuis des années, et leurs économies sont extrêmement dépendantes des financements chinois ».

Une contagion cantonnée aux émergents ?

« Quand le Dragon rouge éternue, l'Amérique latine s'enrhume » conclut le numéro un mondial de l’assurance-crédit.

Reste à savoir si cette mauvaise conjoncture au sein des pays émergents est susceptible de se transmettre à l’Amérique du Nord et à l’Europe.

Malgré l’interdépendance des grandes régions du monde due à la mondialisation, l’économie européenne reste toujours en phase de « reprise » avec notamment des indicateurs PMI supérieurs à 50 points, signalant une accélération de l’activité économique. L’économie européenne est très peu exportatrice de matières premières, et le ralentissement industriel chinois ne l’impacte donc pas directement.

Les perspectives américaines sont plus incertaines, mais rappelons que la croissance des Etats-Unis reste à l’heure actuelle supérieure à celle de l’Europe. En somme, il n’est pas certain que le malaise des émergents se transmette également  à l’économie américaine.

Reste l’impact négatif, pour les multinationales, de leurs activités exposées à la dynamique des émergents. Ces impacts se sont déjà vus l’an dernier dans certains secteurs, notamment l'automobile (au cours de l’été dernier) et l'industrie (notamment pour le sidérurgiste ArcelorMittal). D’autres secteurs semblent exempts de ces dégradations de bénéfices : encore une fois, crier au loup semble excessif.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • siehr il y a 9 mois

    ...tout est à - 25 % ????