« Brexit » : pourquoi les marchés n'ont rien vu venir ?

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Les marchés continuent d'évoluer dans le rouge vif depuis le début de la séance ce vendredi 24 juin.
Les marchés continuent d'évoluer dans le rouge vif depuis le début de la séance ce vendredi 24 juin.

Les investisseurs comme les bookmakers n’avaient absolument pas prévu que le « Brexit » puisse sortir vainqueur du référendum du 23 juin. Comment un tel aveuglement a-t-il été possible ?

Les marchés n’ont pas toujours raison, mais rares sont les cas où ils se trompent aussi lourdement. La clôture en fête des indices européens et de Wall Street jeudi 23 juin semble déjà un très lointain souvenir face à la panique de vendredi ayant momentanément fait chuter les indices européens de 10% en matinée.

Comment les investisseurs et les bookmakers ont-ils pu se tromper aussi lourdement sur l’issue du référendum, alors que les derniers sondages restaient si serrés ? Quelques réponses peuvent être apportées.

L’éventualité d’un Brexit semblait irréelle avant les résultats

Les bookmakers, depuis plus d’un an, n’ont jamais donné le « Brexit » vainqueur au référendum, même lorsque les sondages avaient commencé à placer la sortie de l’UE en tête des intentions de vote entre le 10 et le 16 juin.

Les bookmakers ont pu avoir le sentiment que l’Histoire était vouée à se répéter. Après le maintien de l’Ecosse au sein du Royaume-Uni en 2014 et les tentatives historiquement avortées d’une Irlande du Nord indépendante, d’une Catalogne indépendante voire même d’une Corse indépendante, il n’est pas étonnant qu’une majorité d'entre eux ait considéré comme impossible le fait que le Royaume-Uni décide de quitter l’Union européenne sans raison particulière.

Un vote en faveur de la sortie du Royaume-Uni semblait d'autant plus improbable que la « voix de la raison », notamment économique, poussait unanimement à voter en faveur du « maintien ».

La problématique des sondages

Une question se pose sur l’impact qu’a pu avoir sur le déroulement du vote le sondage Ipsos Mori publié jeudi à 12h, en plein référendum. Ce sondage, donnant le « maintien » en tête des intentions de vote à 52% contre 48%, a pu provoquer une réaction contraire des Britanniques n’ayant alors pas encore voté.

Plus généralement, les sondages ont également pu être faussés par le fait que nombre d’entre eux ont été réalisés par Internet. Malgré l’échantillonnage a priori représentatif de la population, il se peut que ces sondages aient involontairement ciblé des personnes plus jeunes, plus connectées et in fine plus ouvertes à l’idéal européen que la moyenne de la population britannique.

A noter que cette éventuelle distorsion correspondrait au fait que les plus jeunes ont majoritairement voté pour le « Remain », tandis que les plus âgés ont majoritairement voté pour le « Leave ».

Enfin, pour les sondages par téléphone, il se pourrait qu’un certain nombre de personnes sondées favorables au « Brexit » aient caché leur réelle opinion. Certaines personnes favorables au « Brexit », associées au « rejet du système », ont pu préférer taire leur opinion face aux sondeurs, un phénomène bien connu en France.

Le décès de Jo Cox a excessivement convaincu d’une victoire du « maintien »

Le meurtre de la député pro-européenne Jo Cox survenu le 16 juin a également été une raison majeure pour laquelle les investisseurs et les bookmakers ont cru à une victoire du « maintien » avant le référendum.

Ce tragique événement, survenu exactement une semaine avant le référendum, avait provoqué dans les sondages un renversement de l’opinion en faveur du « maintien » dans les jours suivants. C’est d’ailleurs bien lundi 20 juin, suite à ce renversement dans les sondages, que les marchés ont commencé à largement anticiper une victoire du « maintien ».

Ainsi, malgré le resserrement des deux camps dans les sondages à quelques jours du référendum, de nombreux investisseurs ont pu rester persuadés que l’événement du 16 juin allait empêcher les indécis de se reporter sur le « Brexit » dans les urnes. Mais la campagne des « pro-Brexit », ayant repris après sa courte pause des 16 et 17 juin, a visiblement su trouver les bons arguments pour que les indécis ne se laissent pas dominer par l’émotion due à cet événement.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • canddide il y a 6 mois

    un sondage bien présenté est accompagné d'une marge d'erreur ! Si on donne 52/48 avec marge d'erreur de 3 points, ça signifie que c'est très difficile de se prononcer sur le résultat. A mesure que l'échantillon augmente l'incertitude diminue, qui peut croire que des spécialiste des marchés, souvent mathématiciens, ne le savent pas !

  • bern1616 il y a 6 mois

    le prob c'est surtout que les britaniques voulaient envoyer un message à l'europe,je suis sur que beucoup ne pensaient pas au brexit,c'st un peu comme le FN ches nous un message envoyé non lu par les politiques et ce qui me fait peur c'est qu'en 2017 ça risque de faire comme le brexit:(!

  • syjo il y a 6 mois

    c'est la logique la plus élémentaire , la majorité a toujours tort sur les marchés !! C'est un jeu à somme nulle, peu gagnent beaucoup,ce qui est perdu par tous les autres !

  • M4358281 il y a 6 mois

    Le canari de Millau ne s'était pas trompé. .une mangeoire Brexit et une bremain ..il n'a touché qu'à la première durant 8 jours ..paru dans la feuille locale ..mais tout le monde rigolait

  • wanda6 il y a 6 mois

    frgillon : Les sondages ne disent que ce qu'on veut bien leur faire dire .......le système manipule l'opinion via des sondages mensongers, fabriqués et matraqués à longueur de journées

  • jyb77 il y a 6 mois

    je suis persuadé que ce vote ne va pas être suivi ! Comme a chaque fois, partout ailleurs

  • jmmerle il y a 6 mois

    Pourquoi les politiques et les bookmakers n'ont rien vu venir ? Ils se dopent de méthode Coué et n'ont pas de contenu à défendre : l'abandon des pouvoirs aux lobbys, la destruction des services publics, la priorité donnée aux contournements fiscaux, à l'évasion fiscale, au dumpigne fiscal, à l'"optimisation fiscale", la religion de l'endettement, ne font pas un contenu avouable. D'où le seul argument entendu : le croquemitaine va venir vous chercher si vous sortez.

  • cbocahut il y a 6 mois

    sortons de l'ue http://alliance-pour-une-france-libre.org/AFL/

  • pimperne il y a 6 mois

    il faut toujours chercher a qui profite le crime, qui a vendu dans la panique (les PP) et qui a acheter dans la lucidité ?.lundi sera un autre jour et je verrai bien un rebond (technique comme ils disent)L'europe n'a rien a voir dans le marasme actuel, les seuls responsables c'est le profit et le manque d'humanité amené par le libéralisme à outrance voir à vomir ....

  • frgillon il y a 6 mois

    Les institut de sondage auraient dû être beaucoup plus réservés et prétendre que les deux camps étaient au coude à coude.