« Blockchain : une chance pour la Bourse de Paris ? » (Cercle des économistes)

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La ''blockchain'', actuellement expérimentée sur certaines places boursières, pourrait être adoptée par Euronext.
La ''blockchain'', actuellement expérimentée sur certaines places boursières, pourrait être adoptée par Euronext.

Alors que Paris se situe au-delà du 30e rang mondial des places financières selon le dernier classement publié en mars 2016 par le Global Financial Centres Index, l’adoption de la blockchain permettrait-elle à la Bourse française de retrouver sa place dans le peloton de tête ?

Afin de bien comprendre les enjeux, il n’est pas inutile d’en rappeler la définition et les objectifs. La blockchain est une technologie permettant de stocker et de transmettre des informations de façon transparente et décentralisée. Il s’agit ainsi d’une base de données sécurisée rassemblant l’ensemble des transactions effectuées par ses utilisateurs depuis sa création.

Appliquée aux marchés financiers, la blockchain permet aux détenteurs de titres de procéder à des échanges instantanément, en sécurité via l’utilisation de signatures cryptographiques et sans intermédiaire financier. Les objectifs attendus sont une plus grande fluidité et rapidité dans les transactions, un renforcement de la sécurité, une amélioration de la transparence et une réduction des coûts de transaction.

A ce jour, seules quelques expérimentations ont eu lieu, notamment sur le Nasdaq pour les sociétés non cotées, la bourse australienne et par un consortium d’une quarantaine des plus grandes banques mondiales. Malgré son caractère embryonnaire, le système est très probablement amené à se développer rapidement et à grande échelle. Lors des dernières assises du financement participatif, Emmanuel Macron a ainsi annoncé l’expérimentation de la blockchain pour le financement participatif. Si le succès est au rendez-vous, le champ d’application du système pourrait potentiellement être étendu, notamment à la place parisienne.

La bourse de Paris pourrait ainsi profiter de l’occasion pour franchir un cap technologique et renouer avec le haut de la pyramide des places mondiales. Mieux, en prenant l’avantage technologique, elle est susceptible de s’attirer la confiance des investisseurs qui pourraient, dès lors, privilégier Paris pour leurs opérations. Les risques, limites et défis ne doivent toutefois évidemment pas être occultés.

Outre le risque lié aux hackers, la blockchain nécessite une évolution des pratiques et des mentalités, puisqu’elle revient à abandonner une longue tradition de gestion centralisée au profit d’un système décentralisé et dépourvu de toute autorité de contrôle. Si la blockchain créée de la confiance au travers des multiples possibilités d’échanges de millions d’individus, et si elle est à même de simplifier l’architecture bancaire et financière, elle pose néanmoins inévitablement la question du devenir des chambres de compensation et des intermédiaires financiers et des aspects positifs que pouvaient apporter ces derniers.

Une telle question, couplée aux autres défis sociaux, financiers et légaux, devra être tranchée par les autorités de contrôle pour que l’expérience de la blockchain puisse aller au bout sans mettre à mal la stabilité, déjà fragilisée, du système financier mondial et, au delà, du système économique dans son ensemble.

Valérie Mignon

Valérie Mignon est Membre du Cercle des économistes, Professeur d’économie à l’université Paris Ouest, Directrice d’EconomiX et Conseiller scientifique au CEPII.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • n.e le mardi 19 avr 2016 à 14:25

    revenons aux actions en papier et on fera du trade sur le bon coin

  • AND.KOTE le mardi 19 avr 2016 à 10:59

    La bourse de Paris n a pas de fondamentaux elle ewt correlee a NY et autres

  • monjohn le lundi 18 avr 2016 à 17:03

    On ajoute de la complexité à la complexité. Comment voulez-vous que pépé s'en sorte?

  • akelacca le lundi 18 avr 2016 à 10:58

    Les blockchain ne sont pas mort née, ils sont juste pas adapté aux marchés boursiers au sens Euronext. Par contre ils sont adapté a la création de plateforme boursière à faible volumes. En effet, si un actionnaire veux percevoir un dividende ou autre, celui qui verse le dividende doit pouvoir savoir qui possède les titres.

  • jmlhomme le lundi 18 avr 2016 à 10:48

    Enfin une excellente idée. Pourquoi nous n'avions pas cette éventualité connue depuis longtemps. Seuls les intermédiaires sans valeur ajoutée peuvent en avoir peur.. Voilà une belle opportunité!

  • stricot le lundi 18 avr 2016 à 10:25

    "...abandonner une longue tradition de gestion centralisée au profit d’un système décentralisé et dépourvu de toute autorité de contrôle". Ouaip, c'est la jungle, pas de transparence, regulation difficile, settlement des trnasactions et KYC rendus compliques, bref perte totale de confiance, donc un parche blockchain deregule est mort-ne.