AST Groupe : la maison en bois, le petit "plus" qui fait vendre ? (Cercle des analystes indépendants)

le
0

AST Groupe profite du bon comportement du secteur de la promotion immobilière depuis deux ans environ. Jérôme Lieury revient en détails sur le parcours de cette petite valeur.
AST Groupe profite du bon comportement du secteur de la promotion immobilière depuis deux ans environ. Jérôme Lieury revient en détails sur le parcours de cette petite valeur.

"Quand le bâtiment va, tout va!" : ce dicton fameux sonnait très vrai dans les folles années 1950-60-70 de la croissance économique, quand on remplaçait tant bien que mal les ruines laissées par les années 40, et un parc de logements en grande partie vétuste, mais il est peut-être un peu moins évident aujourd'hui.

De fait, le monde a changé, comme il se doit, et si la construction reste un pan important de l'économie, elle n'en est plus le principal moteur. Ce qui peut paraître paradoxal si l'on songe que la dépense totale pour se loger a pris une part de plus en plus importante dans le budget des ménages en France. Mais cette dernière réflexion doit être laissée aux économistes et aux politiciens : elle échappe un peu aux boursiers, qui se contentent de se demander si oui ou non il est bon d'investir dans les promoteurs immobiliers.

Des promoteurs qui ont les faveurs de la Bourse depuis le début de l'année, si l'on songe que le titre Nexity, le leader du secteur, a gagné +16% environ depuis le début de l’année, Kaufman & Broad, son concurrent direct, +36%, Les Nouveaux Constructeurs, un autre grand intervenant, +49% (!), Capelli, un petit promoteur très dynamique a priori, +33%, et, enfin, AST Groupe, un constructeur-promoteur, +34%. Soit pour les uns comme pour les autres une belle surperformance par rapport à l'indice Cac 40, qui est toujours dans le rouge avec -4,6%.

Et pour cause : les promoteurs vont plutôt très bien en ce moment, après une période de marasme, qui avait vu les mises en chantiers de logements reculer significativement année après année de 2011 à 2014, soit -29% en tout en volume sur la période. Un marasme lié à un pouvoir d'achat des ménages sérieusement entamé par les augmentations d'impôts intempestives de 2012-2013, au renchérissement significatif (+10 à +15% selon la profession) du coût de la construction des maisons avec la norme d'économie d'énergie RT2012, et enfin, à une législation (et une fiscalité) jugée peu encourageante pour l'investisseur en immobilier locatif, voire aussi pour les primo-accédants. Alors que les dits primo-accédants, les ménages qui deviennent propriétaires de leurs logements, et qui le plus souvent empruntent pour ça, constituent le gros du marché, un marché de 300.000 logements neufs par an environ en France, et le cœur de cible des constructeurs de maisons individuelles et des promoteurs.

Toutefois, ce marasme n'aura pas constitué un vrai retournement de ce secteur, puisque les prix de vente sont restés quasiment stables (et les marges de la plupart des intervenants à un niveau décent). Ce grâce non seulement à la RT2012, mais aussi au coût du foncier, qui reste rare et cher, entre autres parce qu'il y a beaucoup (trop ?) de communes en France. Et grâce aussi éventuellement à des taux d'intérêts des emprunts historiquement faibles. Sans parler d'une belle prudence des promoteurs dans les lancements de programmes, et donc d'une offre relativement limitée face à une demande relativement soutenue : il faut au bas mot construire 200.000 logements par an, c'est la démographie qui veut ça.

Mais voilà : l'immobilier va nettement mieux depuis le dernier trimestre 2014, parce que le moral des ménages est meilleur : marché du travail, salaires, prix du carburant, etc… tout va dans le bon sens, et parce que la législation et la fiscalité sont redevenues plus favorables : avec la loi Pinel, un investisseur particulier peut éventuellement loger ses proches, une motivation souvent bien plus forte que la simple défiscalisation, et avec le nouveau Prêt à Taux Zéro très élargi, et une TVA allégée sur le neuf, les ménages qui n'ont pas les plus hauts revenus peuvent à nouveau envisager d'être chez eux.

L'immobilier est un métier à cycle long : les ventes ne produisent du chiffre d'affaires que bien après, même si les paiements se font en partie avant la livraison, et le redémarrage de fin 2014, qui s'est confirmé en 2015, se retrouve maintenant, c'est à dire en 2016, dans les chiffres des promoteurs.

A titre d'exemple, AST Groupe, qui est une petite capitalisation du secteur (48M€ au cours actuel), a publié très récemment des chiffres très éloquents pour le 1er semestre : un chiffre d'affaires en hausse de +22% par rapport au 1er semestre 2015, dont +38% dans l'activité de pure promotion, et des volumes commercialisés aussi en forte augmentation, soit +24%.

Evolution du cours d'AST Groupe depuis 2012. Source : Boursorama.
Evolution du cours d'AST Groupe depuis 2012. Source : Boursorama.

De bons résultats donc, qui semblent d'autant plus logiques que cette société familiale basée près de Lyon, bénéficie d'une offre large, avec des produits et des marques, tant en construction qu'en promotion. En construction, Créa Concept cible les primo-accédants avant tout, Villas Trident les seconds accédants qui s'installent dans le Sud, Top Duo est un produit "best cost" et, enfin, Natilia, est une maison écologique à ossature bois que l'on peut éventuellement acheter en kit. AST Promotion conçoit des projets immobiliers de toutes sortes : maisons individuelles groupées, maisons de ville, logements intermédiaires, logements collectifs, logements sociaux, résidences seniors, etc… et opère principalement dans les villes petites et moyennes, avec la capacité d'apporter aux municipalités des opérations d'urbanisme complètes.

On notera que le groupe semble aussi relativement créatif en terme de commercialisation, en utilisant la franchise, notamment pour Natilia, en licenciant des agents immobiliers indépendants, et en utilisant des sites internet dédiés pour chacune des marques notamment, pour vendre. AST Groupe est également très intégré verticalement, avec un système d'information centralisé pour gérer les approvisionnements pour la construction, et une usine, POBI, qui fabrique les ossatures en bois (et les huisseries) des maisons Natilia.

Et l'essentiel n'est pas là pour le boursier qui se demande si oui ou non il faut investir dans les promoteurs : AST Groupe offre avant tout un potentiel de gains de marge encore très significatif a priori, ce qui n'est pas forcément le cas chez ses pairs. De fait, la société a mal vécu le marasme décrit plus haut, et s'est restructurée ces dernières années, abaissant drastiquement son point mort, qui se situe à présent à 95M€ de chiffre d'affaires annuel (pour un chiffre d'affaires 2015 de 105M€), et 2016 devrait être l'année du redémarrage et du redressement.

Qui plus est, les maisons bois très écologiques ont en principe un bel avenir devant elles : elles se construisent vite et se chauffent facilement. AST Groupe revendique sur ce marché une position de leader, soit une vraie différenciation pour le groupe, qui se retrouvera éventuellement, un jour, dans la valorisation.

Jérôme Lieury pour le Cercle des Analystes Indépendants.

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant