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Il y a 117 ans, Le Figaro s’inquiétait de l’arrivée des gratte-ciel à Paris

information fournie par Le Figaro 01/02/2026 à 08:00

(Crédits: Unsplash - Bastien Nvs)

(Crédits: Unsplash - Bastien Nvs)

En juin 1909, le quotidien estimait qu'il fallait protéger les vues et perspectives de la capitale, notamment en interdisant les immeubles de plus de 30 mètres de haut.

Alors que Le Figaro célèbre cette année son bicentenaire, lancé avec une grande célébration au Grand Palais du 13 au 16 janvier derniers, nous puisons dans les archives du quotidien et dans une ancienne rubrique «Rétro immo» pour rappeler comment le journal traitait l'actualité immobilière aux 19e et 20e siècles. L'occasion de constater que le journal n'a jamais apprécié les constructions trop hautes. Une semaine après avoir évoqué les moqueries du Figaro sur les surélévations d'immeubles existants , nous pouvons constater que les constructions neuves de plus en plus en plus hautes sont elles aussi vues d'un mauvais œil.

En ce début de XXe siècle, les colonnes du Figaro évoquent régulièrement les «folles constructions» , ces immeubles vertigineux qui commencent à pousser en Amérique et à New York en particulier. En l'absence de mot français désignant ces bâtiments, les journalistes retiennent la plupart du temps le mot anglais «skyscraper» qu'ils traduisent parfois par «gratte-ciel» voire «gratte-cieux». Ainsi, le 23 août 1904, le quotidien évoque un cyclone ayant fait s'écrouler à Minneapolis «une de ces maisons d'une hauteur démesurée que l'on appelle en Amérique des gratte-ciel» . Le 9 août 1908, il rappelle: «Le record des «gratte-ciel» appartient actuellement à New York qui possède une maison haute de 200 mètres pour quarante et un étages.»

Maintien des perspectives monumentales

Le journal évoque ces constructions avec un mélange de fascination et de dégoût, en écrivant notamment: «En Amérique, il est de ces sky-scrappers (gratte-cieux) géants, dont la monstruosité n'est pas, à en croire Paul Adam, sans quelque grandeur ni sans quelque beauté.» Une chose est sûre, ce genre de bâtiment est vu d'un très mauvais œil dans la capitale. Dans son édition du 2 juin 1909, Le Figaro évoque ainsi l'installation d'une «commission interministérielle chargée de centraliser l'action des divers services concernant le maintien des perspectives monumentales de Paris, et de la coordonner en vue de mieux assurer la conservation de la beauté de la capitale.»

Or justement la frénésie de construction de nouveaux immeubles plus hauts que leurs aînés jusque dans la capitale française effraie bon nombre d'observateurs. «On détruit la noblesse des perspectives, on rompt les lignes harmonieuses tracées jadis par les architectes, au temps où ils avaient du goût ; autour des monuments les plus purs, les plus amples, les plus majestueux, rôde la menace de ceintures qui les étouffent ou d'écrans qui les masquent, s'inquiète l'auteur de l'article, Georges Bourdon. Des façades classiques, que dessina Mansard, intactes après deux siècles de respect, sont, depuis dix ans, barbouillées d'enseignes commerciales ; des maisons colossales, de ces immeubles que l'on a pittoresquement appelés «gratte-ciel», sont édifiées, à la manière américaine, par de forcenés maçons qui ne se soucient pas de tout ce qu'ils gâtent alentour. Laissons passer une génération, et, si une digue solide n'est opposée par les bons citoyens à la marée des destructeurs, que restera-t-il de la grâce, de la distinction, de l'ampleur harmonieuse, de la majesté de telle ou telle de nos places ou de nos avenues, de tout cela dont la synthèse a fait la beauté de Paris? Il en restera des fragments, et la beauté de Paris sera irrémédiablement dissoute.»

Ministres, préfecture et conseil municipal se renvoient la balle

Dans un long réquisitoire, l'auteur explique pourquoi il est perturbé par ces immeubles dépassant la limite traditionnellement autorisée de 20 mètres et flirtant même avec les 30 mètres. «À ces «gratte-ciel», on reproche de boucher des perspectives, de masquer des monuments, de détruire des harmonies, soigneusement étudiées autrefois et jusqu'ici respectées, écrit-il. On désigne en particulier, à titre d'exemples, certains immeubles que tout le monde connaît place de l'Étoile, rue de Rivoli, place de la Madeleine, avenue de l'Opéra, rue de la Paix rue Daunou, rue de Rennes, rue Castiglione, place de la Concorde, rue Richelieu, etc. Les ministres jurent que, si des fautes ont été commises, ce n'est point leur affaire ; la préfecture de la Seine affirme que tout s'est passé selon la règle ; le Conseil municipal, gémissant qu'on ne l'a pas consulté, incrimine la préfecture.»

Plus d'un siècle plus tard, si la grande hauteur n'est toujours pas la bienvenue dans Paris, cette limite des 30 mètres de hauteur a largement été dépassée. Certes, les tours jumelles de 320 mètres de haut évoquées depuis 20 ans aux portes de Paris n'ont jamais vu le jour mais dans la capitale même près de 60 ans après le lancement du chantier de la tour Montparnasse et ses 209 mètres de haut , c'est désormais la tour Triangle avec ses 42 étages et ses 180 mètres de hauteur qui est en voie d'achèvement.

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