La Première ministre japonaise Sanae Takaichi, le 18 février 2026 à Tokyo ( AFP / Kazuhiro NOGI )
Sanae Takaichi a été officiellement reconduite dans ses fonctions de Première ministre par le Parlement japonais mercredi après sa victoire écrasante aux élections législatives du 8 février, avec pour priorités le budget et les questions de défense.
Mme Takaichi, 64 ans, était devenue en octobre la première femme du pays à occuper ce poste, avant de convoquer fin janvier des élections législatives anticipées.
Le scrutin a permis à la formation qu'elle préside, le puissant Parti libéral-démocrate (PLD, droite conservatrice) de remporter à lui seul une majorité des deux tiers à la chambre basse du Parlement.
Ce score, le meilleur de l'histoire du PLD, renforce la dirigeante ultra-conservatrice pour la mise en œuvre de son programme au cours des quatre prochaines années dans l'archipel de 123 millions d'habitants.
Mme Takaichi s'est notamment engagée à renforcer les dépenses militaires du pays, à durcir les réglementations sur les étrangers et à doper les mesures de soutien à l'économie dans une conjoncture morose.
Dans la foulée d'un colossal plan de relance fin 2025, elle a promis d'exempter de taxe sur la consommation les produits alimentaires sur les deux prochaines années pour soulager les ménages face à une inflation persistante.
Lors d'une conférence de presse mercredi, elle a estimé que sa victoire électorale montrait que le public souhaitait "d'importantes réformes politiques", dont "une politique budgétaire responsable", le renforcement de "la politique de sécurité et le développement des capacités du gouvernement en matière de renseignements".
Elle a indiqué qu'elle prévoyait de déposer un projet de loi pour créer une Agence nationale du Renseignement.
Sanae Takaichi devrait, selon les médias japonais, reconduire l'ensemble des membres de son gouvernement. Elle prononcera un discours de politique générale vendredi au Parlement.
-Renforcer la défense-
Sanae Takaichi (C) à la chambre basse du Parlement japonais après sa reconduction en tant que Première ministre, le 18 février 2026 à Tokyo ( AFP / Kazuhiro NOGI )
Sa large victoire inscrit Mme Takaichi dans le sillage de son mentor Shinzo Abe (Premier ministre en 2006-2007 puis 2012-2020) qui avait profondément marqué le pays par ses positions nationalistes et son programme économique comprenant notamment des relances budgétaires.
Dans son discours vendredi, Mme Takaichi s'engagera à moderniser le concept diplomatique d'un "Indo-Pacifique libre et ouvert", déjà défendu par Shinzo Abe, selon le quotidien Yomiuri Shimbun et d'autres médias.
Cela signifierait pour Tokyo renforcer ses chaînes d'approvisionnement, notamment pour les terres rares, et promouvoir le libre-échange grâce à l'accord transpacifique (CPTPP) auquel le Royaume-Uni a adhéré fin 2024.
"Par rapport à la période où +l'Indo-Pacifique libre et ouvert+ a été initialement proposé, la situation internationale et l'environnement sécuritaire autour du Japon se sont considérablement dégradés", a insisté le porte-parole du gouvernement, Minoru Kihara.
De fait, Sanae Takaichi s'est engagée à renforcer la défense du Japon pour protéger son territoire et ses eaux territoriales, au risque d'aggraver les tensions récentes avec Pékin.
La dirigeante avait laissé entendre en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d'attaque contre Taïwan, dont Pékin revendique la souveraineté, provoquant la colère de son puissant voisin.
En réaction, Pékin a déconseillé à ses ressortissants les voyages au Japon et durci ses restrictions commerciales. Et le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, a dénoncé samedi à la Conférence de Munich les forces japonaises cherchant à "raviver le militarisme".
-Cadeau fiscal-
Face aux inquiétudes des marchés, Mme Takaichi promet par ailleurs une politique budgétaire "responsable et proactive" et pourrait fixer un objectif chiffré de réduction de la dette publique.
Elle devrait cependant réaffirmer vendredi son objectif d'éliminer la taxe sur l'alimentaire, cadeau fiscal dont le financement sera examiné au sein d'un "conseil national" réunissant les principaux partis, y compris d'opposition, indique la presse.
La Première ministre japonaise Sanae Takaichi à Tokyo, le 10 février 2026 ( JIJI Press / STR )
Et ce en dépit de l'avertissement du Fonds monétaire international (FMI) qui a appelé mercredi Tokyo à renoncer à cette "mesure non ciblée qui augmenterait les risques" en termes d'endettement public.
Dans l'immédiat, la priorité de Mme Takaichi sera d'obtenir l'approbation du budget pour l'exercice fiscal débutant le 1er avril.
Selon les médias, la coalition gouvernementale souhaite également faire adopter une loi interdisant la destruction de drapeaux japonais.
Elle entend, enfin, accélérer le débat sur la réforme constitutionnelle et la révision des règles de succession impériale: Mme Takaichi et de nombreux membres du PLD s'opposent à ce qu'une femme puisse devenir impératrice, mais pourraient rendre possible l'"adoption" de descendants mâles de lignée impériale.

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