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USA-A Minnneapolis, les autorités fédérales défendent les agents de l'immigration malgré des preuves vidéo
information fournie par Reuters 25/01/2026 à 22:46

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Une vidéo contredit la thèse officielle d'une agression à l'encontre des agents fédéraux

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Rien n'indique que la victime a brandi une arme - chef de la police de Minneapolis

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Deuxième victime ce mois-ci à Minneapolis impliquant des agents fédéraux anti-immigration

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Les démocrates menacent de bloquer le financement du département de la Sécurité intérieure

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par Brad Brooks et Tim Reid

Des responsables de l'administration de Donald Trump ont défendu dimanche les agents de l'immigration qui ont abattu samedi à Minneapolis Alex Pretti, un infirmier américain de 37 ans, alors même que des images vidéo semblent contredire la version des faits des autorités fédérales, tandis que les tensions s'intensifient entre les forces de l'ordre locales et les agents fédéraux.

Dimanche, les habitants de la ville se recueillaient devant un autel improvisé avec des fleurs et des bougies, bravant le froid et la neige, pour rendre hommage à Alex Pretti, dont la mort par balle impliquant des agents fédéraux de l'immigration (la Border Patrol) est la deuxième ce mois-ci à Minneapolis, après le décès d'une autre citoyenne américaine, Renee Good, le 7 janvier.

Depuis plusieurs semaines, Minneapolis et d'autres villes américaines sont secouées par des manifestations contre la présence de la police de l'immigration (Immigration and Customs Enforcement ou ICE).

L'administration de Donald Trump soutient cependant qu'Alex Pretti a agressé les agents fédéraux, les obligeant à tirer en état de légitime défense.

Gregory Bovino, commandant général de la Border Patrol, une agence fédérale de l'immigration, qui s'est exprimé lors de l'émission "State of the Union" sur CNN, n'a pas pu prouver qu'Alex Pretti tentait d'entraver une opération des forces de l'ordre, mais s'est concentré sur le fait que l'infirmier en réanimation portait une arme, pour laquelle il disposait d'un permis.

"Les victimes ce sont des agents de la patrouille frontalière", a déclaré Gregory Bovino. "Les forces de l'ordre n'agressent personne", a-t-il ajouté.

Gregory Bovino et la secrétaire à la Sécurité intérieure (Homeland Security), Kristi Noem, ont accusé Alex Pretti d'avoir agressé les agents, de s'être livré à des émeutes et d'avoir fait obstruction à leur travail.

"Nous savons qu'il est venu sur les lieux et qu'il a entravé une opération des forces de l'ordre, ce qui est contraire à la loi fédérale", a déclaré Kristi Noem lors de l'émission "Sunday Briefing" sur Fox News.

"C'est un crime. Lorsqu'il a agi de la sorte, en interagissant avec ces agents, lorsqu'ils ont essayé de l'amener à se désengager, il est devenu agressif et leur a résisté", a-t-elle ajouté.

Le chef de file des démocrates au Sénat américain, Chuck Schumer, a déclaré que son parti voterait contre le projet de loi de financement incluant des fonds pour le département de la Sécurité intérieure, qui supervise l'ICE. Le Congrès a jusqu'au 30 janvier pour voter les fonds destinés à l'administration fédérale, sous peine d'un nouveau "shutdown", la paralysie des services fédéraux.

Dans un communiqué publié dimanche, Chuck Schumer affirme que les républicains devraient "se joindre aux démocrates pour réformer en profondeur l'ICE et le CBP afin de protéger le public", faisant référence au Service des douanes et de la protection des frontières des Etats-Unis.

Les démocrates modérés, qui ont rompu avec leur parti lors du dernier shutdown et qui ont été les plus prudents pour ne pas apparaître comme hostiles aux forces de l'ordre, se sont joints à l'appel de Chuck Schumer.

"Il ne s'agit clairement pas d'assurer la sécurité des Américains, mais de brutaliser les citoyens américains et les immigrés respectueux des lois", a déclaré la sénatrice du Nevada, Catherine Cortez Masto, dans un communiqué concernant l'opération de l'ICE.

L'ancien président démocrate Barack Obama et l'ancienne Première dame Michelle Obama ont publié un communiqué dans lequel ils affirment que de nombreuses valeurs fondamentales de l'Amérique sont menacées. "Il faut que cela cesse", ont-ils déclaré.

La thèse officielle sur les circonstances de la mort d'Alex Pretti, reprise par d'autres responsables de l'administration de Donald Trump dimanche, a suscité l'indignation des forces de l'ordre locales, de nombreux habitants de Minneapolis et des élus démocrates au Capitole, les images vidéos filmées par des passants semblant montrer une version différente des faits.

LA VICTIME TENAIT UN TÉLÉPHONE ET NON UNE ARME

Des vidéos prises par des témoins sur les lieux, vérifiées et examinées par Reuters, montrent Alex Pretti tenant un téléphone à la main, et non une arme, alors qu'il tentait d'aider d'autres manifestants qui avaient été poussés au sol par les agents.

Au début des images, on voit Alex Pretti filmer un agent fédéral qui repousse une femme et en jette une autre au sol. Alex Pretti s'interpose entre l'agent et les femmes, puis lève le bras gauche pour se protéger lorsque l'agent l'asperge de gaz lacrymogène.

Plusieurs agents saisissent alors Alex Pretti, qui se débat, et le forcent à se mettre à quatre pattes. Tandis qu'ils le maintiennent au sol, quelqu'un crie, semblant signaler la présence d'une arme. Les images vidéo montrent ensuite l'un des agents prendre l'arme d'Alex Pretti et s'éloigner avec du groupe.

Par la suite, un policier, arme au poing, braque Alex Pretti dans le dos et tire quatre coups de feu successivement. On entend ensuite plusieurs autres détonations, un autre agent semblant tirer sur Alex Pretti.

Dans un premier temps, les agents s'éloignent tous du corps d'Alex Pretti, gisant au sol. Certains semblent ensuite lui porter secours, tandis que d'autres intiment aux passants de rester à bonne distance.

Darius Reeves, ancien chef du bureau local de l'ICE à Baltimore, a déclaré à Reuters que le manque apparent de dialogue entre les agents fédéraux était troublant. "Il est évident pour moi que personne ne communique, d'après ce que j'ai pu observer de la façon dont cette équipe a réagi", a-t-il déclaré.

L'un des agents semble avoir pris possession de l'arme d'Alex Pretti avant qu'il ne soit tué, a-t-il ajouté. "La preuve, c'est que tout le monde se disperse", a-t-il déclaré. "Ils regardent autour d'eux, essayant de comprendre d'où viennent les coups de feu.

"LES VIDÉOS PARLENT D'ELLES-MÊMES"

Brian O'Hara, le chef de la police de Minneapolis, a déclaré lors de l'émission "Face the Nation" sur la chaîne CBS que "les vidéos parlaient d'elles-mêmes", ajoutant que la version des événements donnée par l'administration Trump était "profondément troublante".

Il a déclaré qu'il n'avait vu aucune preuve qu'Alex Pretti avait brandi une arme.

Les tensions dans la ville étaient déjà vives depuis qu'un agent fédéral a abattu Renee Good, une autre citoyenne américaine, au volant de sa voiture le 7 janvier. Les représentants de l'administration de Donald Trump affirment qu'elle essayait de percuter l'agent avec sa voiture, mais d'autres observateurs soutiennent que les vidéos des passants suggèrent qu'elle essayait de s'éloigner de l'agent qui l'a abattue.

Les autorités fédérales ont refusé aux responsables locaux le droit de prendre part à l'enquête sur ce nouvel incident.

La sénatrice démocrate du Minnesota Amy Klobuchar a déclaré lors de l'émission "This Week" sur la chaîne ABC News que l'arrivée massive d'agents fédéraux à Minneapolis était "complètement incontrôlable et déséquilibrée" et qu'ils devraient quitter l'Etat. Elle a estimé que la mort d'Alex Pretti était "clairement horrible".

Les décès de Renee Good et d'Alex Pretti ont déclenché de grandes manifestations dans cette ville dirigée par les démocrates, même si dimanche matin, le secteur où l'infirmier a été abattu était calme.

Une femme portant une blouse d'infirmière est sortie dimanche malgré les températures glaciales pour rendre hommage à Alex Pretti, disant avoir travaillé avec lui, avant de fondre en larmes, lorsqu'on lui a demandé ce qui l'avait amenée à accomplir ce geste.

"Il était attentionné et gentil. Tout cela n'a aucun sens", a-t-elle déclaré, demandant à ne pas être identifiée par son nom, disant craindre des représailles de la part de l'administration fédérale.

"Le reste du pays doit savoir que ce qui se passe ici pourrait se produire partout", a déclaré Eric Gray, un manifestant âgé de 50 ans, résidant à Minneapolis.

"Je pense que le Minnesota est en train de devenir le point de départ, ou le test décisif", a-t-il ajouté.

Outre les grandes manifestations organisées à Minneapolis depuis la mort de Renee Good, des rassemblements ont eu lieu dans d'autres villes sous l'égide de responsables politiques issus du camp démocrate, notamment à Los Angeles et à Washington D.C.

ACTIONS EN JUSTICE

Donald Trump a défendu à plusieurs reprises l'envoi des agents de l'immigration et des troupes de la Garde nationale dans ces Etats démocrates, affirmant que ces opérations sont nécessaires pour réduire la criminalité et faire respecter les lois sur l'immigration.

La mort d'Alex Pretti a déclenché des actions en justice samedi soir de la part des autorités locales et de l'Etat du Minnesota, ainsi que d'autres personnes.

Un juge de district américain a émis une ordonnance restrictive temporaire interdisant aux fonctionnaires fédéraux de détruire ou d'altérer les preuves liées à la fusillade, en réponse à une plainte déposée par le procureur général du Minnesota, le bureau du procureur du comté de Hennepin et l'agence gouvernementale Minnesota Bureau of Criminal Apprehension. Une audience est prévue lundi.

Les avocats représentant les manifestants du Minnesota ont également demandé à une cour d'appel de rétablir l'ordonnance d'une juridiction inférieure qui empêchait les agents fédéraux d'exercer des représailles violentes à l'encontre les manifestants, s'appuyant notamment sur le décès d'Alex Pretti.

Les dirigeants de plusieurs grandes entreprises du Minnesota, dont Target, Cargill et Best Buy, ont publié une lettre appelant à une "désescalade immédiate des tensions et à une collaboration entre les autorités locales, fédérales et de l'État pour trouver de vraies solutions." Ils n'ont pas condamné le décès d'Alex Pretti.

Un récent sondage Reuters indique que les électeurs démocrates ne soutiennent pas les mesures de répression de l'immigration prises par l'administration de Donald Trump, tandis qu'une part importante des partisans des républicains (39%) expriment leur doute sur l'approche adoptée par le président américain.

Parmi les indépendants, 73% ont déclaré que les autorités devraient donner la priorité à la réduction des dommages collatéraux, tandis que 19% ont dit qu'elles devraient être prêtes à risquer des blessures graves ou la mort dans le cadre de ces arrestations.

(Reportage Brad Brooks, Tim Reid, Tom Polansek, Brad Heath et Doina Chiacu; rédigé par Tim Reid; version française Claude Chendjou)

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