Des agriculteurs de la Confédération Paysanne conduisent lentement leurs tracteurs sur le périphérique parisien
par Philip Blenkinsop
Les États membres de l'Union européenne (UE) devraient approuver vendredi la signature de l'accord de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur, après plus de 25 ans de négociations et malgré l'opposition de plusieurs pays, dont la France.
La Commission européenne, qui a conclu les négociations il y a un an, et des pays tels que l'Allemagne et l'Espagne soutiennent que cet accord constitue un élément clé de la stratégie de l'UE visant à ouvrir de nouveaux marchés afin d'atténuer l'impact des droits de douane américains et de réduire la dépendance à l'égard de la Chine, particulièrement pour les minerais comme le lithium pour batteries.
Les détracteurs de l'accord commercial, au premier rang desquels la France - premier producteur agricole de l'UE -, s'inquiètent pour leur part d'une hausse des importations de produits alimentaires bon marché, notamment de bœuf, de volaille et de sucre, au détriment de l'agriculture locale.
En colère, les agriculteurs ont lancé des manifestations dans toute l'Europe. En France, ils ont notamment mené jeudi des opérations de blocage dans et autour de Paris. Vendredi, une opération "escargot" était en cours sur le périphérique parisien à l'initiative de la Confédération paysanne.
Les ambassadeurs des 27 États membres de l'UE doivent faire connaître la position de leur gouvernement au cours d'une réunion prévue à 11h00 (10h00 GMT). Les gouvernements des pays de l'UE donneront ensuite une confirmation écrite plus tard dans la journée de vendredi ou lundi.
Pour être validé, l'accord UE-Mercosur nécessite l'approbation de 15 pays représentant 65% de la population totale du bloc européen.
Si le feu vert est donné, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pourra signer l'accord avec les pays du Mercosur, à savoir l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay.
Le Parlement européen devra également approuver l'accord avant qu'il n'entre en vigueur.
PAS LA FIN DE L'HISTOIRE, DIT MACRON
Cet accord de libre-échange serait le plus important signé par l'UE en termes d'allégement douanier puisqu'il supprimerait quatre milliards d'euros de surtaxes sur les exportations.
Les pays du Mercosur appliquent des droits de douane élevés, tels que 35% sur les pièces détachées automobiles, 28% sur les produits laitiers et 27% sur les vins.
Les exportations de l'UE sont dominées par les machines, les produits chimiques et les équipements de transport, tandis que celles du Mercosur sont axées sur les produits agricoles, les minéraux, la pâte à papier et le papier.
Le commerce de marchandises entre l'UE et le Mercosur a représenté 111 milliards d'euros en 2024.
Pour convaincre les sceptiques, la Commission européenne a mis en place des mesures de sauvegarde permettant de suspendre les importations de produits agricoles sensibles.
Elle a aussi renforcé les contrôles des importations et proposé le déblocage anticipé de certains fonds alloués à l'agriculture dans le prochain budget pluriannuel de l'UE.
Ces concessions, insuffisantes pour la Pologne ou la France, semblent avoir convaincu l'Italie, longtemps réticente et dont le soutien à l'accord commercial est crucial.
Jeudi, le président français Emmanuel Macron a confirmé que la France voterait contre le traité avec le Mercosur et affirmé que "l'étape de la signature de l'accord ne constitue pas la fin de l'histoire", s'engageant à continuer de protéger les agriculteurs.
L'accord UE-Mercosur pourrait ouvrir un nouveau front politique en France, où le gouvernement est déjà engagé depuis plusieurs mois dans de difficiles négociations budgétaires.
Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) ont annoncé le dépôt d'une motion de censure contre le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu à l'Assemblée nationale, les deux partis dénonçant "l'hypocrisie" de la position française sur l'accord UE-Mercosur.
Sur X, le locataire de Matignon a défendu vendredi une "position claire" de Paris sur l'accord commercial et dénoncé des motions de censure qui conduisent à "affaiblir la voix de la France" et retardent encore les discussions sur le budget.
(Rédigé par Philip Blenkinsop, version française Blandine Hénault, édité par Kate Entringer)

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