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Une "erreur" de rebâtir Notre-Dame à l'identique, selon un expert
information fournie par Reuters 16/04/2019 à 19:23

UNE "ERREUR" DE REBÂTIR NOTRE-DAME À L'IDENTIQUE, SELON UN EXPERT

UNE "ERREUR" DE REBÂTIR NOTRE-DAME À L'IDENTIQUE, SELON UN EXPERT

par Caroline Pailliez

PARIS (Reuters) - Reconstruire à l'identique la charpente de Notre-Dame de Paris, détruite dans le violent incendie qui a ravagé le monument, serait une erreur, a estimé mardi l'architecte en chef de la cathédrale de 2000 à 2013.

"On ne reconstitue pas un ouvrage qui a été tellement altéré, modifié, renforcé", a dit à Reuters Benjamin Mouton, qui a travaillé à répertorier chacune des poutres de chêne de cette charpente surnommée "la Forêt", datant pour une grande partie de 1220.

"On peut mettre les fausses mortaises, on peut mettre les faux tenons (pièces d'assemblage-NDLR), on peut mettre les renforcements, on peut casser les bois là où ils étaient cassés pour les réparer ensuite, on peut tout faire absolument à l'identique. A mon avis, ça n'a pas de sens, l'authenticité ne mérite pas qu'on fasse tout ça", a-t-il ajouté.

"En revanche, ce qu'il faut, c'est rétablir la silhouette et reconstruire la flèche. (...) Ça me paraît indispensable."

Le ministre de la Culture Franck Riester a précisé que le gouvernement disposait de tous les éléments pour reconstruire à l'identique, si besoin, mais ne s'est pas avancé sur le choix que fera l'architecte en chef actuel.

Il assure en revanche que le savoir-faire existe encore pour reconstruire "à l'ancienne". Il a évoqué "des années" et "des centaines de millions d'euros" pour le futur chantier.

"Ce qui est extraordinaire, ce n'est pas quelle brûle en 2019 cette charpente, c'est qu'elle soit restée debout jusqu'en 2019", souligne l'architecte en chef des monuments historiques, François Chatillon, dans un entretien à Reuters.

"Dans toutes les autres cathédrales, les charpentes ont brûlé, c'est le destin des charpentes de cathédrales de brûler, et par miracle celle de Paris n'avait pas brûlé", a-t-il ajouté.

La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes (Loire-Atlantique) a elle aussi perdu sa charpente d'origine dans un violent incendie en 1972. Sa reconstruction a duré trois ans.

Les combles ont été compartimentés par des pignons de béton sur lesquels ont été installées des poutres également en béton, ce qui permet d'éviter la propagation d'incendie, explique à Reuters Yannick Gouy, responsable des services travaux du diocèse de Nantes.

Au lendemain de la Première guerre mondiale, la charpente de la cathédrale de Reims a été rebâtie en béton armé et la toiture en plomb.

"DES DOIGTS EN PLUME"

Frédéric Létoffé, l'un des deux présidents du Groupement des entreprises de restauration de monuments historiques (GMH), estime qu'il faudra dix à quinze ans pour restaurer Notre-Dame.

Pour Benjamin Mouton, une attention toute particulière devra être portée aux voûtes.

"Elles ont été très fortement secouées par la chute de la charpente, avec les calcinations des bois, l'effet de l'eau sur les pierres brûlantes", dit-il.

"L'incendie est arrêté mais tout commence on peut dire, et les voûtes vont continuer probablement à bouger. Il faudra qu'on dégage ça avec beaucoup de précaution, avec des doigts en plume".

La phase d'expertise de l'état général du bâtiment sera cruciale, dit-il, et il ne serait pas étonnant, selon lui, que cette phase dure une année. La suite dépendra de l'ampleur des dégâts et de la reconstruction demandée.

Si jamais l'Etat souhaitait remettre une toiture en plomb par-dessus la charpente, comme c'était le cas avant le drame, cela pourrait prendre jusqu'à deux années de travail, dit Benjamin Mouton.

Le secrétaire général des Compagnons du Devoir, Jean-Claude Bellanger, a rencontré mardi la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, pour la mettre en garde contre les risques de pénurie de main d'oeuvre. Il manque, selon lui, une centaine de tailleurs de pierre, 200 couvreurs et 150 charpentiers.

"Si on n'arrive pas à intéresser un plus grand nombre de jeunes à vouloir exercer ces métiers pour répondre au marché et entre autres, à la commande de la reconstruction de la cathédrale, on aura un problème", a-t-il dit à Reuters, en insistant sur la nécessité de "revaloriser ces métiers".

(Avec Julie Carriat, édité par Sophie Louet)

2 commentaires

  • 16 avril 20:08

    on ne sait plus gérer les forêts pour le bois de ce niveauxon ne sait plus que produire des déchets et éventuellementles valoriser ,alors plutôt que de détruire reconstruisons avecdes matériaux issus du recyclage .


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