Le dirigeant évincé du principal parti d'opposition turc a appelé samedi à la tenue d'un nouveau congrès du parti dès que possible – dans une quarantaine de jours – tâchant ainsi de reprendre l'initiative après la décision judiciaire sans précédent le concernant.
La justice turque a en effet annulé jeudi le congrès qui avait mené à l'élection d'Özgür Özel à la tête du principal parti d'opposition pour des irrégularités, constituant un coup dur porté aux adversaires politiques du président turc Recep Tayyip Erdogan ainsi qu'aux marchés financiers.
La Cour d'appel a en outre ordonné la réinstitution de l'ancien président du CHP, Kemal Kılıçdaroğlu, un personnage plus controversé qui avait été battu par Recep Tayyip Erdogan lors de l'élection présidentielle en 2023.
Vendredi, le principal parti d'opposition turc s'est engagé à s'opposer par tous les moyens légaux possibles à cette décision judiciaire de la Cour d'appel.
"Tout le monde veut une seule chose : que le congrès se tienne dès que possible – dans un délai d'environ 40 jours", a déclaré Özgür Özel, qui avait élu au poste de dirigeant du parti en 2023, aux journalistes.
Il a précisé que 110 des 138 députés du CHP l'avaient élu samedi à la tête du groupe parlementaire du parti et qu'il présiderait les réunions parlementaires du CHP, à la place de Kemal Kılıçdaroğlu.
S'adressant aux journalistes, ce dernier a appelé les membres du CHP à éviter les divisions internes et a déclaré que le parti devait protéger ses "valeurs morales" face aux critiques.
ENTRE DÉMOCRATIE ET AUTORITARISME
"Au cours de ce processus, il est crucial d'éviter soigneusement tout discours susceptible de diviser la base du parti", a-t-il ajouté.
Plus tôt samedi, les médias d'État ont indiqué que la police turque avait arrêté 13 personnes dans le cadre d'une enquête sur le congrès de 2023.
Le parquet général d'Istanbul a précisé que les 13 suspects avaient été arrêtés dans sept provinces pour des allégations d'ingérence dans le vote des délégués lors du congrès de 2023, selon l'agence de presse publique Anadolu.
Ils sont accusés d'"avoir enfreint la loi sur les partis politiques", d'"avoir accepté des pots-de-vin" et de "blanchiment d'avoirs d'origine criminelle", selon le communiqué cité par l'agence.
Selon des analystes, la décision de justice rendue cette semaine, vue comme une mise à l'épreuve de l'équilibre fragile entre démocratie et autocratie en Turquie, pourrait prolonger le règne de 23 ans de Recep Tayyip Erdogan, à un moment où le pays est confronté à une inflation galopante.
Les prochaines élections nationales sont prévues pour 2028, mais elles devraient être avancées si le président turc, âgé de 72 ans et confronté à une limite de mandats, souhaite se présenter à nouveau.
La décision de justice de jeudi a été perçue comme augmentant les chances d'un scrutin anticipé. Le gouvernement rejette les critiques selon lesquelles il utiliserait les tribunaux pour cibler ses rivaux politiques, affirmant que le pouvoir judiciaire est indépendant.
(Daren Butler, Version française Benoit Van Overstraeten)

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