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Trente ans après les accords d'Oslo, la paix israélo-palestinienne semble une chimère
information fournie par Reuters 13/09/2023 à 16:33

par James Mackenzie

JERUSALEM, 13 septembre (Reuters) - Trente ans jour pour jour après les accords d'Oslo, les barrages de blocs de béton, les murs de séparation et la présence visible des soldats israéliens en Cisjordanie occupée illustrent au quotidien l'échec d'Israël et des Palestiniens à conclure une paix concrète.

Ces accords, pensés comme des mesures intermédiaires destinées à bâtir une confiance nécessaire à la conclusion d'une paix définitive, sont depuis longtemps tombés en désuétude et ne servent plus qu'à contenir un conflit sans aucune issue en vue.

La perspective de paix semble d'autant plus éloignée qu'Israël est dirigé par un gouvernement donnant la part belle aux nationalistes et aux colons rejetant sous la houlette de Benjamin Netanyahu toute idée d'Etat palestinien, que la Cisjordanie est en proie à des violences régulières et que le mouvement islamiste Hamas semble ne plus se contenter de son pouvoir à Gaza.

Le jour où mourra le président palestinien Mahmoud Abbas, âgé de 87 ans et négociateur des accords de 1993, ce conflit relégué à l'arrière-plan de l'actualité internationale pourrait revenir sur le devant de la scène.

"Nous sommes à la fin d'une époque aussi bien en Palestine qu'en Israël et probablement dans la région dans son ensemble", déclare Hanan Achraoui, militante et ancienne porte-parole de la délégation palestinienne pour les négociations de paix des années 1990.

"Toute cette génération, cette époque où on parlait de reconnaissance mutuelle, de deux Etats, de compromis négocié, de résolution pacifique, touche à sa fin en Palestine", ajoute-t-elle.

Rares sont ceux, dans les deux camps, qui croient encore à une solution à deux Etats, avec un Etat palestinien indépendant coexistant avec Israël à la sécurité garantie. Ce projet n'est plus qu'une "fiction qui arrange", selon Hanan Achraoui.

Avec l'érection progressive de barrières et de murs contrôlés par les Israéliens en Cisjordanie, les jeunes des deux camps ont grandi sans jamais se connaître depuis 30 ans.

"Oslo et moi sommes nés la même année", dit Mohannad Kafecha, militant spécialisé dans les questions juridiques à Hébron, dans le sud de la Cisjordanie. "En ce qui me concerne, je suis né et il y avait des barrages autour de moi, autour de notre maison et si je devais sortir de chez moi et aller chez des amis, je devais franchir un barrage."

D'après les statistiques des Nations unies, environ 700.000 colons juifs sont désormais installés en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, censés former le coeur d'un futur Etat palestinien, et ces implantations, condamnées par la communauté internationale, continuent de se développer rapidement. On estime que 3,2 millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie et 2,2 millions dans la bande de Gaza.

Depuis un an et demi, la recrudescence des violences a entraîné la mort de dizaines d'Israéliens, civils ou militaires, tués dans des attaques en Cisjordanie mais aussi en Israël tandis que les colons juifs n'hésitent plus à attaquer des localités palestiniennes de Cisjordanie.

Les opérations quasi quotidiennes de l'armée israélienne en Cisjordanie ont fait des centaines de morts côté palestinien, qu'il s'agisse d'activistes ou de simples civils, et une myriade de nouveaux groupes armés se sont formés dans des villes comme Djénine ou Naplouse, sans réelle connexion avec la vieille garde palestinienne.

"Je n'avais jamais vu la Cisjordanie telle qu'elle est aujourd'hui. J'y viens régulièrement depuis près de 30 ans et je n'ai jamais connu pire situation", a déclaré le coordonnateur spécial de l'Onu, Tor Wennesland, lors d'une conférence cette semaine.

Les structures créées par les accords d'Oslo restent néanmoins en place, faute de mieux.

L'Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas demeure l'interlocuteur privilégié d'Israël, même avec méfiance, alors qu'elle a perdu le contrôle de la bande de Gaza au profit du Hamas à la suite des élections remportées par le mouvement islamiste en 2006. Cette autorité est toutefois affaiblie par sa dépendance à l'aide internationale, son absence de légitimité électorale et son impopularité auprès des Palestiniens.

"C'est très faible, c'est très pauvre, mais ces accords existent toujours", veut croire Michael Milshtein, ancien responsable de la structure mise en place par l'armée israélienne à la suite des accords d'Oslo pour la coordination entre l'Etat hébreu et l'Autorité palestinienne.

La poignée de mains échangée en 1993 sur la pelouse de la Maison blanche à Washington entre le dirigeant palestinien Yasser Arafat et le Premier ministre israélien Yitzhak Rabin, sous le regard du président américain Bill Clinton, avait suscité une brève vague d'espoir pour les partisans de la paix. Yitzhak Rabin a été assassiné en 1995 par un nationaliste israélien tandis que Yasser Arafat est mort à Clamart, près de Paris, en 2004.

Pour Yossi Beilin, ancien ministre de la Justice et négociateur israélien, l'échec des accords d'Oslo est dû au fait que les gouvernements israéliens qui se sont succédé depuis le milieu des années 1990 ont choisi d'interpréter ce qui était à l'origine une trêve temporaire comme un statu quo permanent.

La composition du gouvernement actuel de Benjamin Netanyahu et la crise provoquée par son projet de limitation des pouvoirs de la Cour suprême israélienne éloignent un peu plus la perspective d'une paix avec les Palestiniens, juge-t-il.

"Le gouvernement actuel en Israël ne montre aucun signe de volonté de parvenir à un accord permanent. Donc ceux qui parlent d'un accord permanent doivent parler de futurs gouvernements", dit Yossi Beilin.

Côté israélien, certains craignent que la disparition, un jour, de Mahmoud Abbas ne laisse le champ libre au Hamas, déjà de plus en plus présent en Cisjordanie, ou n'ouvre une période de désordre sur fond de lutte pour la succession.

Des voix au sein du gouvernement israélien plaident même pour une annexion pure et simple de la Cisjordanie, une perspective qui risquerait toutefois de se heurter à la réalité des faits sur le terrain et à des obstacles juridiques.

Les Palestiniens et certaines organisations des droits humains accusent déjà Israël de mettre en place un régime d'apartheid en Cisjordanie. L'Etat hébreu et ses alliés américains rejettent cette accusation.

Une annexion de la Cisjordanie placerait Israël face à l'alternative entre l'octroi aux Palestiniens d'un statut de citoyens identique à celui des Israéliens, malgré leur poids démographique susceptible de remettre en cause le caractère juif du pays, et l'instauration d'un statut différent contraire aux principes démocratiques.

"Nous sommes tous les deux ici et nous n'allons pas partir", résume Rotem Oreg, 29 ans, fondateur du cercle de réflexion Alliance démocratique israélienne.

"Donc nous devons trouver un moyen, premièrement de rester sur le même territoire, deuxièmement sans s'entretuer, et troisièmement en préservant un Etat juif démocratique."

(Avec Ali Sawafta à Ramallah et Rami Amichay à Tel Aviv, version française Bertrand Boucey, édité par Blandine Hénault)

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