( AFP / BEN STANSALL )
Le gouvernement britannique s'est opposé mardi à un plan pour injecter des milliards de capitaux privés dans le plus grand distributeur d'eau du Royaume-Uni, Thames Water, en difficulté financière depuis des années, faisant à nouveau planer le spectre d'une coûteuse nationalisation.
"Je ne suis pas convaincue que la proposition actuelle" de recapitalisation "soit suffisamment bonne pour les consommateurs ou pour l'environnement", a expliqué dans un communiqué la ministre de l'Environnement Emma Reynolds, précisant avoir écrit à l'Ofwat, régulateur britannique de l'eau, qui a le pouvoir de bloquer cette levée de capitaux.
L'entreprise cherche activement des capitaux privés pour éviter un plan de sauvetage public. Après l'abandon du fonds d'investissement américain KKR, un temps privilégié, un plan de 10 milliards de livres (11,6 milliards d'euros) proposé par les principaux créanciers de Thames Water, réunis au sein du consortium London & Valley Water, est à l'étude.
Mais celui-ci est critiqué, notamment parce qu'il coûterait très cher en intérêts qui risquent d'alourdir les factures de ses 16 millions de clients, situés en grande partie dans la région de Londres.
"Les usagers de Thames Water sont pénalisés depuis bien trop longtemps: après 15 années de résultats insuffisants et une aggravation majeure de la pollution, on demande maintenant aux clients de régler l'addition" a dénoncé Mme Reynolds, qui assure que le gouvernement est "prêt à tous les scénarios".
Les compagnies des eaux britanniques sont sous le feu des critiques depuis plusieurs années à cause du déversement de quantités importantes d'eaux usées dans les cours d'eau et en mer, accusées d'avoir trop peu investi dans un système d'égouts obsolète. L'exécutif travailliste au pouvoir a amorcé une vaste réforme du secteur.
Le régulateur de l'eau (Ofwat) a autorisé ces dernières années les compagnies, dont Thames Water, à augmenter substantiellement leurs factures pour financer les immenses investissements dont elles ont besoin pour se moderniser.
Thames Water avait publié en décembre des bénéfices semestriels dopés par ces prix en hausse - mais a vu en parallèle les plaintes de ses clients s'envoler. En outre, sa montagne de dette s'était encore alourdie à 17,6 milliards de livres (20 milliards d'euros).
Si le gouvernement assure mardi que ses critiques du plan de recapitalisation ne préjugent pas de la future décision de l'Ofwat, elles augmentent tout de même "la probabilité d'une nationalisation de l'entreprise", estime Dan Coatsworth, analyste chez AJ Bell.
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