La Chine exerce une forte pression géopolitique sur le Japon, après des propos de la Première ministre Sanae Takaichi suggérant que Tokyo pourrait réagir militairement à une attaque chinoise contre Taïwan.
Le Chikyu à Shimizu, au Japon, le 11 septembre 2013. ( AFP / TOSHIFUMI KITAMURA )
Pour réduire sa dépendance à la Chine, et alors que Pékin a resserré les conditions d'exportation, le Japon va lancer dimanche ce qu'il présente comme la première tentative au monde d'exploiter des terres rares en haute mer à 6.000 mètres de profondeur.
Un navire japonais de forage scientifique en grande profondeur, le Chikyu, s'apprête à mettre le cap sur la lointaine île de Minami Torishima, dans le Pacifique, dont les eaux environnantes seraient riches en précieux minerais.
Cette expédition d'essai intervient alors que la Chine, de loin le premier fournisseur mondial de terres rares , accentue la pression sur le Japon, après des propos de la Première ministre Sanae Takaichi. Celle-ci avait suggéré en novembre que Tokyo pourrait réagir militairement à une attaque contre Taïwan, île démocratique dont Pékin revendique la souveraineté. Signe de l'aggravation des tensions bilatérales, Pékin a annoncé mardi durcir ses contrôles sur l'exportation vers le Japon de biens chinois à double usage civil et militaire, ce qui pourrait inclure les terres rares -et de fait, le Wall Stret Journal fait d'ores et déjà état de restrictions chinoises sur les acheminements.
Les "terres rares", 17 éléments métalliques pas particulièrement rares mais difficiles et coûteux à extraire , sont essentiels pour des pans entiers de l'économie (automobile, énergies renouvelables, numérique, défense...), servant à la fabrication d'aimants puissants, catalyseurs et composants électroniques.
La mission du Chikyu constitue "une première étape vers l'industrialisation nationale des terres rares" par le Japon, a déclaré le mois dernier l'Agence japonaise pour la science et la technologie sur les fonds marins (JAMSTEC) dans un communiqué. L'organisation publique présente cet essai comme une première mondiale d'un forage des fonds marins à de telles profondeurs -dépassant une fois et demi la hauteur du mont Fuji.
La zone autour de Minami Torishima, île située dans les eaux économiques du Japon, est estimée contenir plus de 16 millions de tonnes de terres rares , ce qui en ferait selon le quotidien économique Nikkei le troisième plus grand gisement au monde. Ces riches dépôts contiendraient l'équivalent de 730 ans de la consommation mondiale actuelle de dysprosium, utilisé dans les aimants haute performance des téléphones et des voitures électriques, et 780 ans de celle d'yttrium, composant utilisé dans les lasers, a calculé le Nikkei.
Domination écrasante de la Chine
"Si le Japon parvenait à extraire en continu des terres rares autour de Minami Torishima, il sécuriserait la chaîne d'approvisionnement nationale pour des secteurs-clés", abonde auprès de l' AFP Takahiro Kamisuna, chercheur associé à l'International Institute for Strategic Studies (IISS). "De même, ce serait un atout stratégique majeur pour le gouvernement Takaichi afin de réduire significativement la dépendance des approvisionnements vis-à-vis de la Chine", insiste-t-il.
De fait, Pékin se sert depuis longtemps de sa domination sur les terres rares comme levier géopolitique, y compris dans sa guerre commerciale avec l'administration du président américain Donald Trump. La Chine représente près des deux-tiers de la production minière de terres rares du monde et 92% de la production raffinée, selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE).
Or, le Japon est dépendant de la Chine pour 70% de ses importations de terres rares. Et ce bien qu'il se soit efforcé de diversifier ses sources d'approvisionnements depuis un précédent différend en 2010, durant lequel Pékin avait suspendu plusieurs mois durant ses exportations.
Au cours de sa mission, le Chikyu immergera un tuyau permettant à une "machine d'extraction" fixée à son extrémité de toucher le fond marin et de récupérer des boues riches en terres rares, a détaillé la JAMSTEC. L'expédition doit durer jusqu'au 14 février.
L'exploitation minière des grands fonds est devenue un point de tension géopolitique, l'inquiétude grandissant face à la volonté de Donald Trump d'accélérer les forages dans les eaux internationales .
Les défenseurs de l'environnement alertent, eux, sur les menaces que la pratique fait peser sur les écosystèmes marins et sur les perturbations du plancher océanique.
L'Autorité internationale des fonds marins (AIFM), qui a compétence sur les fonds marins situés hors des eaux nationales, pousse ainsi à l’adoption d'un code mondial visant à réglementer l'exploitation minière dans les abysses.
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