Manifestation concernant le traitement de plaintes antérieures contre le principal suspect dans le meurtre de Lyhanna, 11 ans, à Paris
Face à une polémique qui ne faiblit pas, le gouvernement français s'emploie à enrayer les répliques politiques de "l'affaire Lyhanna" : le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mercredi la publication prochaine d'un décret instituant "la nécessité de motiver un classement sans suite" d'une plainte relative à un crime sexuel présumé sur mineur.
A la suite du ministre de la Justice Gérald Darmanin, qui maintient son refus de démissionner face à une "défaillance" selon lui ponctuelle de la chaîne judiciaire, le chef du gouvernement se porte désormais en première ligne face au fiasco entourant la disparition et le meurtre de la jeune collégienne de 11 ans, Lyhanna, retrouvée morte le 4 juin dans le Gers.
Mardi, devant l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a proposé une série de mesures pour renforcer l'arsenal législatif contre les violences faites aux femmes et aux mineurs; mercredi devant le Sénat, il a marqué sa volonté d'encadrer les classements sans suite de plaintes relevant de ces crimes.
L'enquête sur le meurtre de Lyhanna a révélé que le suspect, Jérôme Barella, 41 ans, était déjà visé par une plainte datant de 2022 pour viol sur mineure de 15 ans - classée sans suite en 2024 - et une autre plainte pour viol sur mineure déposée en août 2025 pour laquelle il n'avait pas encore été entendu par la justice.
"La nécessité de motiver un classement sans suite par un procureur, lorsqu'il y a un classement sans suite sur une affaire criminelle qui concerne un mineur, en tout cas un crime sexuel, typiquement c'est du décret", a dit le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement au Sénat.
"La rédaction de ce décret est déjà en cours et je le prendrai avec le garde des Sceaux dans les tout prochains jours", a-t-il précisé, alors que les relations sont à nouveau tendues entre l'exécutif et le pouvoir judiciaire.
"UN SUJET DE MOYENS"
Sébastien Lecornu a concédé mercredi, après de premières dénégations ministérielles, que l'institution judiciaire était confrontée à "un sujet de moyens", mais que ce problème n'expliquait pas la mort de Lyhanna, comme l'a avancé sa famille.
"Les premières remontées, non pas de la mission d'enquête mais de la hiérarchie - la gendarmerie, la chaîne évidemment des parquets -, laissent à démontrer des dysfonctionnements qui n'ont rien à voir avec un problème de moyens", a-t-il souligné.
Le général Hubert Bonneau, directeur général de la gendarmerie nationale, avait reconnu mardi soir sur TF1 "un échec" de l'institution.
Le Sénat a annoncé mercredi la constitution d'une commission d'enquête sur les dysfonctionnements de la justice et le pilotage de la politique pénale.
"On ne répond pas à un drame par des cris", a réagi mercredi matin Emmanuel Macron en conseil des ministres, regrettant l'instrumentalisation politique de ce fait divers.
"La précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur", a insisté le président de la République, selon des propos rapportés par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Lors d'une visite mercredi après-midi à l'hôpital pédiatrique Robert-Debré à Paris, le chef de l'Etat a estimé que les pouvoirs publics n'étaient pas allés "assez vite et fort" sur la protection des enfants contre les agressions sexuelles.
"C'est absolument clé qu'on protège très vite nos enfants, qu'on recueille la parole de manière professionnelle et encadrée, qu'il y ait une bonne coopération entre la santé, la justice et les services d'enquêteurs, l'éducation, le périscolaire et les familles", a-t-il déclaré.
(Rédigé par Sophie Louet, avec Dominique Vidalon, édité par)

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