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Sept tonnes de drogue en plein Paris: le parquet requiert la relaxe de l'ex-patron des stups
information fournie par AFP 23/03/2026 à 20:46

François Thierry, le 2 mars 2026, à Bordeaux ( AFP / Philippe LOPEZ )

François Thierry, le 2 mars 2026, à Bordeaux ( AFP / Philippe LOPEZ )

Le parquet, "pas convaincu par la responsabilité pénale" du commissaire François Thierry, a requis lundi la relaxe de l'ex-patron de l'Office des stups, jugé pour complicité de trafic après l'acheminement par son principal informateur d'un arrivage record de cannabis en 2015.

Au terme de débats brouillés par l'absence de "l'indic" Sophiane Hambli, jugé par défaut et considéré par l'accusation comme le "commanditaire" des sept tonnes de cannabis découvertes alors à Paris, le ministère public a requis la peine maximale de 20 ans de prison contre le trafiquant, estimant qu'il avait "manipulé" le policier.

"Si on peut estimer que François Thierry a une lourde responsabilité dans le fiasco d'octobre 2015, si j'estime qu'il a donné une assez piètre image de la police et de la lutte contre le trafic de stupéfiants, je ne suis pas convaincu par sa responsabilité pénale", a déclaré le procureur à l'adresse du tribunal correctionnel de Bordeaux.

Des peines allant jusqu'à 10 ans de prison ont été requises concernant la quinzaine d'autres prévenus renvoyés dans ce dossier retentissant, qui a conduit à réformer la lutte antidrogue en France.

"Sophiane Hambli a manipulé, menti constamment à tout le monde et à François Thierry en premier lieu. (...) Les mensonges qu'il a servi à François Thierry sont la première des preuves que ce dernier ne peut pas en être le complice", a estimé le représentant du ministère public au terme d'une journée de réquisitions.

- Amende douanière -

Dans ce dossier dépaysé à Bordeaux, le parquet avait déjà requis, au terme de l'enquête, un non-lieu concernant l'ex-patron de l'Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis). Mais les juges d'instruction ont renvoyé le commissaire devant le tribunal pour complicité de trafic et destruction de preuves.

Le procureur a rejeté lundi l'idée d'une complicité par omission, écartant aussi tout délit dans la restitution par le policier à son informateur d'un téléphone crypté appartenant au trafiquant, âgé de 50 ans et actuellement détenu au Maroc.

"Je me réjouis de voir que le procureur de la République a estimé qu'on ne pouvait pas condamner François Thierry, qu'il ne pouvait pas apporter la preuve d'une complicité de trafic", a réagi Me Francis Szpiner, l'un des avocats du policier, au micro de l'AFP.

Vendredi, l'avocate des douanes avait réclamé 33 millions d'euros d'amende douanière à l'encontre de neuf des prévenus impliqués dans le trafic.

Tout au long des débats, l'ex-patron de l'Ocrtis, âgé de 57 ans, a défendu la stratégie "Myrmidon" qu'il avait mise en place lorsqu'il dirigeait l'office (2010-2016): infiltrer des filières grâce à des "indics", quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire, pour appréhender les têtes de réseau.

Pour l'une de ces opérations, il avait notamment organisé une garde à vue fictive de Sophiane Hambli en 2012. Il a été acquitté pour ces faits en 2024 à Lyon.

- "Naufrage" -

En 2015, une autre de ces affaires conduit les douanes, sur fond de guerre des services, à découvrir la drogue boulevard Exelmans (Paris XVIe), censée être "surveillée" par la police. "Un naufrage opérationnel", a reconnu vendredi François Thierry.

Le commissaire est soupçonné par les juges d'avoir "favorisé" l'importation du cannabis sans avoir informé totalement l'autorité judiciaire. Lui martèle n'avoir jamais "voulu dissimuler quoi que ce soit".

Reconnaissant "des erreurs", François Thierry suspecte son informateur d'avoir "arrangé les choses à sa sauce" dans cette livraison.

Dont le tonnage fait débat: "12 à 15 tonnes" comme l'assurait Sophiane Hambli, 29,9 selon une comptabilité présumée saisie dans sa cellule, ou bien "une quarantaine" d'après l'ex-homme de main du trafiquant ? Environ 15 tonnes été saisies entre Paris, Ancenis (Loire-Atlantique) et la Belgique.

"L'analyse démontre que Sophiane Hambli a menti à tous et tout le temps, comme les bonimenteurs le font, en mélangeant du vrai et du faux, avec une dose de savoir-faire assez impressionnante", a souligné le procureur.

L'intéressé soutient avoir été le simple "logisticien" d'opérations validées par l'Ocrtis, pour la livraison de 2015 comme pour les autres.

Le procès doit s'achever le 31 mars après les plaidoiries de la défense.

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