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Saisie record de drogue: l'ex-chef des "stups" et ses méthodes devant la justice
information fournie par AFP 02/03/2026 à 04:04

L'ancien chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, arrive au tribunal de Lyon pour l'ouverture de son procès le 23 septembre 2024 ( AFP / JEFF PACHOUD )

L'ancien chef de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis), François Thierry, arrive au tribunal de Lyon pour l'ouverture de son procès le 23 septembre 2024 ( AFP / JEFF PACHOUD )

L'ex-patron des "stups" au tribunal: le procès du commissaire François Thierry, jugé pour complicité de trafic de drogue en faveur de son principal informateur, s'ouvre lundi à Bordeaux, onze ans après la saisie, record à l'époque, de sept tonnes de cannabis en plein Paris.

Dix-huit prévenus, un mois d'audience, 70 tomes de procédure, plusieurs livres et un film... Cette affaire retentissante que le tribunal correctionnel doit démêler jusqu'au 31 mars, avec une suspension ces jeudi et vendredi, a mis en lumière les relations troubles entre "flics" et "indics" et conduit à une réforme de la lutte antistupéfiants.

"C'est quand même un dossier très particulier. Ce n'est pas tous les jours qu'on a ce genre de prévenus devant le tribunal", relève Me Julie Elduayen, avocate de l'informateur Sophiane Hambli.

Ce trafiquant de très grande envergure est actuellement détenu au Maroc. François Thierry, lui, a dirigé l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) de 2010 à 2016, avec des méthodes jugées troubles.

Aujourd'hui âgé de 57 ans, il misait sur l'infiltration des filières de narcotrafic à l'aide de cet informateur, quitte à laisser entrer la drogue sur le territoire dans le cadre de "livraisons surveillées", aux fins d'appréhender les têtes de réseau.

Pour mener l'une de ces opérations baptisées "Myrmidon", du nom d'intrépides guerriers de la mythologie grecque, le policier avait notamment organisé une garde à vue fictive de Sophiane Hambli en 2012. Il a été acquitté pour ces faits, en 2024, par la cour criminelle du Rhône.

- Saisie record -

Le dossier jugé à Bordeaux - dépaysement oblige - débute en octobre 2015 avec la découverte de 7,1 tonnes de résine de cannabis par les douanes dans plusieurs fourgonnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le XVIe arrondissement de Paris, au pied d'un appartement luxueux loué alors par M. Hambli.

Une saisie record mais un gros hic, sur fond de guerre des services: la marchandise provenait d'un chargement de plus d'une dizaine de tonnes importées du Maroc via l'Espagne dans le cadre d'une livraison censée être "surveillée" par l'Ocrtis.

Le commissaire divisionnaire François Thierry qui dirige aujourd'hui le service de la transformation numérique de la police nationale, après avoir été banni de la PJ, est soupçonné d'avoir favorisé l'importation de la drogue sans avoir informé totalement l'autorité judiciaire.

Lui martèle, au contraire, que les magistrats étaient au courant de ses méthodes.

En 2023, le parquet de Bordeaux avait requis un non-lieu en sa faveur mais les juges l'ont renvoyé devant le tribunal pour "complicité" de trafic de stupéfiants et destruction de preuve.

"Nous affronterons ce procès avec beaucoup de sérénité. Mon client n'a fait que son travail", affirme Me Angélique Peretti, avocate du fonctionnaire, voyant dans sa comparution "le reflet d'une mécanique qui consiste à tout prix à justifier une procédure qui a duré près de 10 ans".

- Film sur l'affaire -

Pour les magistrats instructeurs, les limites ont été "très largement franchies" dans la relation entre François Thierry et Sophiane Hambli, qu'il avait approché dans une prison espagnole à la fin des années 2000.

Né à Mulhouse, surnommé "La Chimère", il est accusé d'avoir été le "seul commanditaire" de la drogue saisie en 2015. Lui soutient être intervenu comme "logisticien" d'une opération validée par l'Ocrtis.

Récidiviste, il encourt 20 ans de prison. Ce quinquagénaire, qui purge déjà une longue peine au Maroc, devrait être absent à l'audience malgré une demande de remise temporaire adressée aux autorités de ce pays.

Son avocate, Me Julie Elduayen, veut solliciter un renvoi à ce titre, évoquant un dossier "extrêmement complexe qui mériterait qu'il soit présent".

Outre la chute de François Thierry, l'affaire a conduit à réformer la lutte antidrogue: une loi de 2019 a encadré les "livraisons surveillées", tandis que voyait le jour un nouvel office antistupéfiants, l'Ofast.

En 2021, elle a également inspiré le film "Enquête sur un scandale d'État" de Thierry de Peretti - avec Pio Marmaï, Roschdy Zem et Vincent Lindon - lui-même tiré du livre "L'Infiltré" de feu l'ex-agent Hubert Avoine et du journaliste de Libération Emmanuel Fansten.

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