Les sociaux-démocrates roumains devraient retirer lundi leur soutien au Premier ministre libéral Ilie Bolojan, ouvrant la voie à une période d’instabilité politique susceptible de peser sur l’économie, les finances publiques et les fonds européens.
Le gouvernement de coalition pro-européen, composé de quatre partis, s’est formé il y a dix mois après une élection présidentielle qui a divisé le pays, afin d’empêcher l’extrême droite, en pleine ascension, d’accéder au pouvoir, mais ses membres se sont régulièrement opposés sur les réformes.
Le Parti social-démocrate (PSD), principale formation de la coalition, s’inquiète de la perte de soutien au profit de l’extrême droite, alors que de nouvelles élections législatives ne sont pas prévues avant 2028.
Le PSD, qui malgré des réticences a jusqu’ici soutenu les mesures de réduction du déficit, devrait demander la démission d’Ilie Bolojan lors d’un vote interne prévu lundi à 14h00 GMT.
Le Premier ministre ayant affirmé qu’il ne démissionnerait pas, les sociaux-démocrates pourraient retirer leurs six ministres du gouvernement dans le courant de la semaine, privant ainsi la coalition de sa majorité parlementaire.
Si de nouvelles réformes ne sont pas mises en œuvre d’ici août, la Roumanie pourrait perdre près de 11 milliards d’euros de fonds européens de relance et de résilience, soit environ la moitié de son enveloppe totale allouée par Bruxelles. Elle doit également signer des contrats de défense d'une valeur de 16,6 milliards d'euros dans le cadre de la nouvelle initiative européenne, SAFE.
Le président roumain centriste Nicusor Dan a tenté de rassurer les marchés lundi, affirmant que les partis au pouvoir s'étaient mis d'accord sur les fonds européens et la réduction du déficit. "Oui, nous aurons une crise politique, mais sur les questions essentielles, nous avons une certaine prévisibilité", a-t-il déclaré aux journalistes.
L’Alliance pour l’union des Roumains, parti d’extrême droite en tête des sondages, pourrait déposer une motion de censure dans les semaines à venir, tout comme les sociaux-démocrates.
Si les deux partis soutiennent une telle initiative, le gouvernement tomberait, ouvrant la voie à de longues négociations pour former une nouvelle coalition.
Une majorité pro-européenne ne peut exister sans le PSD, qui détient 28% des sièges au Parlement.
Le président Nicusor Dan, qui nomme le Premier ministre, a déclaré que les quatre partis de la coalition n’avaient d’autre choix que de continuer à gouverner et a exclu toute nomination soutenue par l’extrême droite.
La Roumanie n'a jamais organisé d'élections législatives anticipées.
(Reportage Luiza Ilie, avec la contribution de Marc Jones et de Gergely Szakacs, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer