Hanoï, la capitale du Vietnam, a lancé un vaste programme d'élagage de centaines de ses emblématiques arbres à fleurs parfumées et envisage d'en déplacer d'autres, leur fragrance caractéristique s'étant révélée trop entêtante pour une partie des habitants.
Connus au Vietnam sous le nom de "hoa sua", qui signifie "fleur de lait", ces arbres, également appelés "pulai" ou "arbre du diable" dans d'autres pays d’Asie, peuvent atteindre 60 mètres de hauteur.
Leur nom scientifique, Alstonia scholaris, fait référence à l’utilisation traditionnelle de leur bois pour fabriquer des objets scolaires.
Les arbres bordent les boulevards de Hanoï depuis leur introduction sous la domination coloniale française à la fin du XIXe siècle. La ville en compte aujourd'hui environ 14.400, selon les autorités locales.
À la tombée du jour, leurs fleurs blanc verdâtre libèrent un parfum à la fois doux et pénétrant, qui atteint son apogée en septembre et octobre. Depuis des décennies, cette fragrance annonce l'automne à Hanoï et nourrit l'imaginaire de ses habitants, inspirant chansons populaires et poèmes.
Mais ce parfum emblématique, aimé par les uns, est devenu insoutenable pour d'autres parmi les quelque neuf millions d'habitants de la ville.
"Je ne supporte tout simplement pas cette odeur", a déclaré Nguyen Ha Long, 43 ans, un habitant de Hanoï. Il a renoncé à ses courses du soir, le parfum lui provoquant des migraines.
SEPT POUR CENT DES ARBRES CONCERNÉS
Après des années de plaintes et d’interventions ponctuelles, les autorités locales ont lancé leur plus vaste campagne d'élagage à ce jour. En cinq jours, jusqu'à mardi, elles ont supprimé les fleurs d'environ 7% des arbres de la ville.
Les responsables prévoient également de déplacer les arbres des rues où ils sont les plus concentrés. Cette décision s’inscrit dans un contexte de grands travaux qui transforment rapidement le paysage urbain, alors que le Parti communiste au pouvoir cherche à accélérer fortement la croissance économique.
Cette mesure ne fait toutefois pas l'unanimité.
"J'adore le parfum des arbres à fleurs blanches. Plus le parfum est intense, plus je l'apprécie", a déclaré Nguyen Thu Trang, 37 ans, qui habite dans la rue Nguyen Du, au centre-ville, bordée de ces arbres et cadre du roman à succès "Le Chagrin de la guerre".
"Ma famille vit ici depuis plus de 30 ans, et nous aimons tous ce parfum. Je suis profondément attristée de voir la ville les élaguer", a-t-elle ajouté.
"Ce parfum n'est pas toxique", a déclaré Tran Cong Khanh, directeur du centre de recherche en ethnomédecine du Vietnam, faisant écho aux opinions exprimées par trois autres scientifiques vietnamiens interrogés par Reuters, qui recommandent toutefois de limiter les concentrations dans les zones densément peuplées car le pollen, comme celui d’autres plantes, peut déclencher des réactions allergiques.
Le débat a largement été relayé par la presse locale, alors que la santé publique figure rarement parmi les principales préoccupations des Vietnamiens.
En revanche, la pollution atmosphérique, qui fait souvent de Hanoï l'une des villes les plus polluées au monde en hiver, suscite généralement moins de débats.
(Reportage Khanh Vu, Phuong Nguyen et Thinh Nguyen, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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