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Procès libyen en appel: Woerth et l'"étonnante" manne d'argent liquide de la campagne 2007
information fournie par AFP 18/03/2026 à 20:26

L'ancien président Nicolas Sarkozy (c) quitte le palais de justice de Paris pendant une pause dans le cadre de son procès en appel sur le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, le 16 mars 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )

L'ancien président Nicolas Sarkozy (c) quitte le palais de justice de Paris pendant une pause dans le cadre de son procès en appel sur le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, le 16 mars 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )

D'"étonnantes" remises de liquide par de généreux anonymes: dépité de n'être cru, Éric Woerth s'est efforcé mercredi de convaincre la cour d'appel de Paris de l'origine des quelque 35.000 euros d'espèces qui ont circulé lors de la campagne présidentielle de 2007 de Nicolas Sarkozy, dont il était le trésorier.

Au troisième jour du procès en appel des accusations d'un financement libyen de cette campagne victorieuse, il le concède: peut-être aurait-il dû aller au "commissariat le plus proche" faire état de ces étranges envois, comme l'avait relevé un des magistrats instructeurs ; peut-être aussi aurait-il pu prévenir son candidat de ces dons mystérieux.

"Mais je ne l'ai pas fait", constate Éric Woerth, 70 ans, relaxé en première instance par le tribunal correctionnel qui avait toutefois jugé ses explications "dénuées de toute crédibilité". S'il n'a rien dit à Nicolas Sarkozy, c'est que celui-ci avait "autre chose à faire", les sommes litigieuses étaient "anecdotiques" au regard du budget d'une campagne au global "sincère sur le plan financier".

Nicolas Sarkozy écoute son ex-ministre du Budget. Premier ancien président à avoir été incarcéré dans l'histoire de la République après sa condamnation en septembre à cinq ans de prison pour association de malfaiteurs, il sait que la cour est entrée dans le vif du sujet, avec sa liberté et la trace historique qu'il laissera comme enjeu phénoménal.

L'ancien chef de l’État (2007-2012) avait auparavant répété qu'il n'avait "commis aucun des faits" qui lui sont reprochés. Sobre, laconique, sa déclaration liminaire a offert un contraste saisissant avec son long, incisif, et parfois théâtral propos introductif devant le tribunal correctionnel de Paris l'an passé, tout comme avec sa virulence après sa condamnation de l'automne pour laquelle il a été accusé de porter atteinte à la justice, pilier d'un État de droit dont il fut un garant comme président.

Dans ce feuilleton politico-financier déclenché en 2011, l'ancien champion de la droite est accusé d'avoir voulu faire financer sa campagne victorieuse de 2007 par des fonds occultes de la Libye du dictateur Mouammar Khadafi en échange de contreparties commerciales, diplomatiques et judiciaires, ce qu'il a toujours nié.

L'enquête n'a pas permis de trouver trace de fonds libyens dans la campagne. Les juges instructeurs ont toutefois soupçonné qu'il faille trouver-là la source des 35.000 euros en liquide utilisés pour verser ce qu’Éric Woerth décrit comme des "gratifications" de quelques centaines d'euros pour une grosse vingtaine de salariés de la campagne.

- "Fausse vérité" -

Rien de tout ça, dit l'intéressé. Ce liquide a été reçu par la poste ou simplement déposé au siège de l'UMP ou de la campagne par un ou plusieurs anonymes. Son afflux s'était interrompu après "une dizaine d'envois". Ces mystérieux bienfaiteurs "ont décidé, pour des raisons qui (leur) sont propres, (qu'ils n'en avaient) rien à faire de la déduction fiscale" prévue pour les dons politiques.

"Je sais bien qu'on ne me croit pas du tout", se désole-t-il, se refusant toutefois à "inventer une fausse vérité pour qu'on (le) croie". "Parfois la vérité est invraisemblable, mais cette campagne était invraisemblable", organisée "dans la ferveur". "On est dans une ambiance extraordinaire donc des gens font des choses extraordinaires, et même des trucs un peu bizarres", insiste-t-il. "À un moment, je n'ai plus d'explication à donner. Cela s'est passé comme ça", conclut l'ex-responsable, fraîchement nommé président du PMU.

Éric Woerth a décidé de ne pas intégrer ces primes au budget de la campagne car elles n'étaient à ses yeux "pas une dépense électorale", n'apportant "pas de suffrages supplémentaires." Deuxième explication, "les sommes qui sont sur les comptes de campagne doivent être tracées". Difficile pour du cash versé anonymement...

Outre MM. Sarkozy et Woerth, huit prévenus comparaissent en appel, dont l'ancien secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant et l'ami de l'ex-président, Brice Hortefeux.

La justice soupçonne ces deux derniers d'avoir négocié pour le compte de Nicolas Sarkozy, un "pacte corruptif" avec le N.2 du régime libyen, Abdallah Senoussi, condamné en France à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA au-dessus du Niger en 1989 qui avait fait 170 morts dont 54 Français.

En raison de lourds problèmes de santé, Claude Guéant n'assiste pas aux débats, prévus jusqu'au 27 mai. Brice Hortefeux qui a assuré mercredi qu'il "prouverait" que ce qui lui est reproché est "rigoureusement faux", doit être entendu le 25 mars.

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