Porté au pouvoir le 4 juillet 2024, Keir Starmer était apparu lors du triomphe du Labour comme le dirigeant qui redonnerait de la stabilité au Royaume-Uni après des années de chaos post-Brexit.
Moins de deux ans plus tard, le Premier ministre travailliste quitte le 10, Downing Street, des sanglots dans la voix, après une lutte obstinée pour sa survie politique.
Keir Starmer a souvent donné l'impression de louvoyer au gré d'une actualité bousculée par les guerres commerciales et militaires, plutôt que de définir une vision claire de l'avenir du Royaume-Uni.
L'image de l'ancien avocat spécialisé dans les droits de l'homme en est ressortie dégradée, aussi bien au sein du Parti travailliste, tiraillé entre factions rivales, qu'auprès des Britanniques, qui le jugeaient indécis et dépourvu de charisme.
Aujourd'hui profondément impopulaire auprès des électeurs, qui lui reprochent aussi bien ses promesses non tenues que ses revirements politiques, Keir Starmer paye pour partie la déroute du Labour aux élections locales du 7 mai.
En juillet 2024, le gouvernement de Keir Starmer avait hérité d'une situation économique critique : endettement élevé et croissance faible, services publics en difficulté et promesse de ne pas augmenter l'impôt sur le revenu ni la TVA, ce qui laissait peu de marge de manoeuvre budgétaire.
Mais dès sa prise de fonction, nombre de ses promesses électorales ont tourné court et les départs se sont multipliés au sein de son équipe, laissant l'impression d'un navire sans capitaine.
Une aubaine pour le populiste et chantre du Brexit Nigel Farage, dirigeant de Reform UK, qui n'a cessé de progresser dans les sondages.
Rien ne semblait prédestiner Keir Starmer à subir un tel désamour au sein de son propre camp.
Elu pour la première fois député en 2015, à 52 ans, il a pris la tête du Labour à peine cinq ans plus tard après la pire déroute aux élections législatives subie par les travaillistes depuis 1935, sous la direction de Jeremy Corbyn et de l'aile gauche du parti.
"Tout ce que nous proposons repose sur un socle de stabilité économique et un plan de croissance", avait déclaré son porte-parole à l'époque.
L'AFFAIRE MANDELSON
Au départ, cela a semblé fonctionner, puisque le Labour a remporté une large majorité au Parlement britannique en 2024. Un résultat en trompe-l'oeil, prévenaient toutefois les experts, qui soulignaient que les travaillistes avaient réalisé un des pires scores de leur histoire en nombre de voix, et devait surtout son triomphe au rejet des gouvernements conservateurs sortants.
Mal élu, Keir Starmer n'a pas renversé la table, prévenant ses compatriotes qu'il faudrait du temps pour résoudre les problèmes et peinant à définir un programme politique, et davantage encore à le mettre en oeuvre.
Conséquence : la croissance économique n'a pas décollé, les migrants clandestins ont continué à affluer et le système de santé, déjà à bout de souffle, a été confronté à de nouvelles difficultés.
Darren Jones, secrétaire général auprès du Premier ministre, a semblé admettre devant une commission parlementaire en décembre dernier que le Labour n'était pas suffisamment prêt à gouverner, expliquant qu'il avait consacré l'essentiel de ses ressources à sa campagne électorale victorieuse.
Plusieurs ministres ont aussi mis en cause le "trou noir" dans les finances publiques laissé par les gouvernements conservateurs sortants en raison notamment des emprunts contractés pendant la pandémie de COVID-19 et pour faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine.
Keir Starmer a eu beau tenter de mettre en valeur les réalisations de son gouvernement, comme l'amélioration des conditions de travail ou la réduction des listes d'attente dans les services de santé, il n'a pas réussi à effacer l'image d'amateurisme qui plane sur ses services et qui a été aggravée par le scandale autour de la nomination de Peter Mandelson au poste d'ambassadeur à Washington en dépit de ses liens connus avec le délinquant sexuel américain Jeffrey Epstein.
Le Premier ministre s'en est mieux sorti sur la scène internationale, jouant un rôle de premier rang pour constituer la "coalition des volontaires" en soutien à l'Ukraine ou pour tenter de négocier la réouverture du détroit d'Ormuz, les deux fois au côté du président français Emmanuel Macron.
Ses relations avec le président américain Donald Trump ont en revanche tourné au vinaigre, notamment après le refus de Keir Starmer de soutenir la guerre en Iran.
En février, le dirigeant travailliste espérait encore qu'il pourrait redresser la barre avant les élections, présentant la lutte contre Reform UK comme le "combat de nos vies". C'est son successeur putatif, Andy Burnham, qui devrait le mener.
(Reportage d'Elizabeth Piper, avec la contribution d'Andrew MacAskill et d'Alistair Smout ; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

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