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Note de la dette française : qu'attendre de la décision de Moody's prévue pour vendredi?
information fournie par Boursorama avec Media Services 08/04/2026 à 11:05

L'agence classe encore la France dans le club des "Aa3", à la différence de Fitch et S&P qui ont dégradé la note française à A+.

( AFP / LIONEL BONAVENTURE )

( AFP / LIONEL BONAVENTURE )

L'agence de notation Moody's décidera vendredi soit d'abaisser la note de la France comme certains économistes l'estimeraient "logique", soit de la maintenir telle quelle pour tenir compte de récentes améliorations et d'une situation géopolitique encore confuse.

Moody's classe actuellement la France dans la catégorie Aa3 (dette de bonne qualité), alors que ses concurrentes Fitch et S&P ont abaissé leur note à A+ à l'automne, ce qui caractérise une dette "de qualité moyenne supérieure". En octobre, Moody's avait cependant abaissé la perspective de la note à "négative", ouvrant la voie à une rétrogradation.

Cet abaissement, expliquait-elle alors, traduisait les risques économiques qu'engendre "la fragmentation du paysage politique français" qui empêche de prendre des mesures vigoureuses de réduction de la dette — la plus importante en masse de la zone euro, et la troisième derrière celles de la Grèce et de l'Italie — et du déficit public, le plus important de la zone euro. Après la publication de cette note, le gouvernement a cependant réussi à faire adopter le budget de la Sécurité sociale de justesse dans l'hémicycle et le projet de loi de finances grâce à l'article 49.3 de la Constitution. Moody's avait toutefois souligné, dans une publication de janvier, que "les risques demeuraient" pour les finances publiques françaises, particulièrement dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027 en amont de laquelle les partis seraient sûrement "peu enclins à accepter des compromis" en vue d'un budget rigoureux l'an prochain.

Une "hiérarchie des notes" en question face aux cas de l'Espagne et du Portugal

Pour Eric Dor, directeur des études économiques de l'Ieseg, il serait donc "logique" que Moody's révise sa note à la baisse vendredi, car rien n'a démontré depuis janvier une capacité d'assainissement durable, quoique la France ait fortement réduit son déficit public à 5,1% du PIB en 2025 après 5,8% en 2024, et contre 5,4% attendus.

La guerre ne facilitera pas cet assainissement. D'ailleurs, les économistes ont abaissé leurs prévisions fin mars. Ainsi, la Banque de France table désormais sur une croissance du produit intérieur brut de 0,9% cette année (au lieu de 1% précédemment), et de 0,8% l'an prochain (contre 1% aussi). Dans le plus défavorable de ses scénarios, marqué par une envolée de l'inflation, elle envisage même la croissance à 0,3% cette année et 0,4% en 2027.

L'Insee, dont l'horizon de prévision ne dépasse pas six mois, a abaissé aussi les siennes, entrevoyant désormais 0,2% à chacun des deux premiers trimestres, contre 0,3% précédemment. Pour M. Dor, le classement actuel de la France pose aussi la question de "la hiérarchie des notes". Il juge ainsi "absurde" de voir l'Espagne et le Portugal classés A3 chez Moody's, trois crans en dessous de la France, avec des finances publiques en bien meilleur état. Seule "une part de subjectif" pourrait inciter Moody's au statu quo vendredi, selon lui.

"Étonnamment décevantes"

C'est pourtant à quoi s'attend Anthony Morlet-Lavidalie, de l'institut Rexecode, qui serait au contraire "vraiment très surpris" si Moody's changeait la note française. "Les agences de notation aiment faire leur travail dans un environnement où elles voient un peu clair, ce qui n'est absolument pas le cas en ce moment", en pleine guerre du Moyen-Orient, soutient-il.

L'économiste pense plutôt que Moody's soulignera l'amélioration du déficit public l'an dernier et laissera passer le comité d'alerte des finances publiques que tiendra le 21 avril le gouvernement, où il fera le point sur les données budgétaires et annoncera le cas échéant des mesures correctives.

L'inquiétude de M. Morlet-Lavidalie porte plutôt à ce stade sur les données économiques moroses de janvier et février — avant même le déclenchement de la guerre — qu'égrène depuis quelques jours l'Insee (production industrielle, consommation de biens, immatriculations de véhicules...). Elles semblent en effet pointer vers une croissance du premier trimestre non seulement ralentie, mais "étonnamment décevante", "à quasiment 0 ou à peine 0,1%", relève-t-il, ce qui compliquerait encore plus l'équation des finances publiques.

3 commentaires

  • 12:48

    Tant que l'état est en capacité de lever des impôts , les agences de notation iront mollo. Tout ce qui les intéresse, c'est que l'état soit en capacité de payer les intérêts même si l'état saigne tout le monde. Ne pas oublier qu'actuellement, ces intérêts sont payés par l'emprunt.


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