(Actualisé avec résultats du premier tour, données du ministère de l'Intérieur)
L'incertitude domine quant à l'issue des élections municipales, dont le second tour interviendra le 22 mars, dans les dix plus grandes villes de France, à commencer par Paris, où la droite ambitionne de mettre fin à 25 années de domination d'une gauche toujours résistante, et à Marseille, que le Rassemblement national rêve de ravir.
PARIS (2,175 millions d'habitants - Insee)
Le candidat de gauche Emmanuel Grégoire, ancien bras droit de la maire socialiste sortante Anne Hidalgo, ressort largement en tête (38,04% des voix selon les résultats quasi-définitifs du ministère de l'Intérieur) devant l'ancienne ministre de la Culture et maire du VIIe arrondissement, Rachida Dati (25,41%).
L'insoumise Sophia Chikirou (11,74%) est au coude-à-coude avec Pierre-Yves Bournazel (Renaissance-Horizons, 11,33%), tandis que Sarah Knafo (Reconquête, 10,38%) obtient de peu sa qualification pour le second tour.
Pour espérer l'emporter, Rachida Dati devra s'assurer d'un rassemblement à droite autour de sa candidature. "La division nous affaiblit", a-t-elle lancé dimanche soir en évoquant les listes menées par Pierre-Yves Bournazel et Sarah Knafo. Elle a ensuite dit, sur le réseau social X, avoir "parlé" avec Pierre-Yves Bournazel "pour lui proposer une liste d'union".
Une triangulaire avec Emmanuel Grégoire et la candidate LFI Sophia Chikirou pourrait aussi être favorable à Rachida Dati.
Le candidat de la gauche a appelé "tous les électeurs du camp républicain, du camp du progrès, quel qu'a été leur choix ce dimanche, à soutenir la liste que nous portons", sans évoquer sa concurrente insoumise.
Sophia Chikirou a dit pour sa part "attendre l'appel" d'Emmanuel Grégoire, "qui ne peut pas jouer avec l'avenir de Paris". "Je vais attendre son appel et s'il ne veut pas d'une telle convergence pour faire un front antifasciste, je déposerai la liste du Nouveau Paris Populaire demain soir lundi ", a-t-elle prévenu.
MARSEILLE (878.000 habitants)
La ville phocéenne connaît un duel historique entre la gauche et le Rassemblement national qui espère bien mettre la main sur la deuxième ville de France.
Le maire sortant Benoît Payan (divers gauche) a remporté 35,84% des suffrages au premier tour, au coude-à-coude avec le député RN (UDR-Reconquête) des Bouches-du-Rhône, Franck Allisio (35,35%).
"Nous en appelons à toutes les Marseillaises et tous les Marseillais, rejoignez nous. Unissons-nous pour battre la gauche et l'extrême gauche", a dit le candidat RN.
La question d'une éventuelle fusion, ou d'un désistement, de la liste menée par le député LFI Sébastien Delogu (13,22%) avec, ou au profit, de Benoît Payan s'annonce centrale pour l'issue du scrutin.
Sébastien Delogu, ancien chauffeur de taxi qui a grandi dans les quartiers nord de Marseille, a tendu dimanche soir la main au maire sortant, appelant à la constitution d'un "front antifasciste" face au RN - une ligne défendue par le parti d'extrême gauche au niveau national.
Benoît Payan a répondu qu'il ne ferait "aucune négociation de couloir, aucune tambouille", une position qualifiée d'"irresponsable" par son concurrent insoumis. Le maire sortant de Marseille avait déjà rejeté par le passé une "fusion technique" des candidatures à gauche et appelé au désistement pur et simple de la liste menée par LFI.
Du côté de la droite et du centre, Martine Vassal, présidente de la métropole d'Aix-Marseille, n'a obtenu que 11,57% des voix contre 22,32% au premier tour des élections municipales de 2020.
L'édile LR soutenue par le camp présidentiel avait dévissé dans les sondages à la suite d'un débat le 19 février avec ses concurrents au cours duquel elle a repris à son compte le triptyque pétainiste "Travail, Famille, Patrie".
LYON (587.000 habitants)
Avec 36,37% des suffrages, le maire écologiste sortant Grégory Doucet, soutenu par les socialistes, Place publique et les communistes, est parvenu à tenir tête au favori des sondages, l'ex-patron de l'Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas (36,78%), à la tête d'une liste Les Républicains-Renaissance-Horizons-MoDem-UDI.
La candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41% des voix) a rapidement appelé à une "fusion technique" de sa liste avec celle de Grégory Doucet "pour garder la ville à gauche". Un rapprochement que n'avait pas exclu Grégory Doucet lors de la campagne électorale, marquée par le décès du militant d'extrême droite Quentin Deranque, imputé à des membres de l'extrême gauche.
Jean-Michel Aulas a dénoncé un "accord de la honte en train de se mettre en place".
TOULOUSE (502.000 habitants)
Le maire sortant divers droite Jean-Luc Moudenc, qui espère un troisième mandat, a remporté 37,49% des suffrages devant la liste du député insoumis François Piquemal (LFI-NPA, 27,39%).
"La gauche unie" (11 formations politiques de la gauche sociale aux écologistes, sans La France insoumise) emmenée par le socialiste François Briançon arrive en troisième position (24,88%).
Face à une gauche au-delà de 50%, Jean-Luc Moudenc pourrait être tenté d'aller courtiser les électeurs du Rassemblement national. La liste du parti d'extrême-droite, représentée par le député européen Julien Leonardelli, n'a pas été en mesure de se qualifier pour le second tour (5,42%).
NICE (338.000 habitants)
Le duel de longue date entre les frères ennemis Christian Estrosi et Eric Ciotti, deux ex-LR, a tourné à l'avantage du second nommé. Le patron de l'Union des droites (UDR), allié au RN, a remporté 43,43% des suffrages devant le maire sortant (30,92%), à la tête de la cinquième ville de France depuis 2008.
Les deux hommes pourraient s'affronter dans le cadre d'une triangulaire puisque la candidate de l'union de la gauche Juliette Chesnel-Leroux (sans LFI) s'est qualifiée au second tour avec 11,93% des suffrages. Elle a d'ores et déjà prévenu durant la campagne électorale qu'elle ne se retirerait pas.
NANTES (325.000 habitants)
Dans la ville de Loire-Atlantique, la socialiste Johanna Rolland, à la tête de la mairie depuis 2014, tente de contrer les assauts de la droite qui n'a pas dirigé la ville depuis le mandat du RPR Michel Chauty (1983-1989).
Elle est arrivée en tête au premier tour, avec 35,24% des voix, devant le candidat de la droite et du centre Foulques Chombart de Lauwe (33,77%) et la liste LFI menée par William Aucant (11,2%).
Le positionnement de ce dernier - maintien, désistement ? - sera là encore déterminant pour le second tour.
MONTPELLIER (300.000 habitants)
Le maire sortant socialiste Michaël Delafosse est arrivé sans surprise en tête du premier tour, avec 33,29% des voix.
En deuxième position, la candidate LFI Nathalie Oziol (15,43%) arrive devant la liste du propriétaire du Montpellier Hérault Rugby, Mohed Altrad (11,33%), dirigeant du groupe de BTP du même nom.
L'ancien maire divers gauche Philippe Saurel (2014-2020), qui mène une liste "citoyenne" hors partis pour renouer avec une ville "brutalisée sans concertation", n'est pas parvenu à se qualifier au second tour (8,9%).
Agitateur de la campagne, l'humoriste et vidéaste Rémi Gaillard, natif de Montpellier et militant de la cause animale, arrive en cinquième position, avec 8,23% des voix.
STRASBOURG (286.000 habitants)
Siège officiel du Parlement européen, la capitale alsacienne est le théâtre d'une bataille des gauches.
L'ex-maire socialiste Catherine Trautmann est arrivée en tête au premier tour avec 25,93% des voix, devant la maire sortante écologiste Jeanne Barseghian (19,72%), dont le bilan est largement critiqué.
Celle-ci n'arrive d'ailleurs qu'en troisième position, devancée par le candidat LR-UDI-Divers droite Jean-Philippe Vetter (24,23%).
Elle pourrait opérer un rapprochement avec le candidat LFI Florian Kobryn (12,03% des voix), qualifié pour le second tour.
BORDEAUX (264.000 habitants)
Le maire sortant écologiste Pierre Hurmic, soutenu par le PS, le PCF et Génération.s, est arrivé d'une courte tête devant Thomas Cazenave (Renaissance, LR, Horizons) avec 27,67% des voix contre 25,58% pour le député Ensemble pour la République.
L'"outsider" Philippe Dessertine, qui obtient 20,16% des suffrages, pourrait venir brouiller les cartes au second tour. L'économiste et universitaire s'est lancé dans la campagne des municipales sans étiquette, à la tête d'une liste "hors système".
Epaulé notamment par Johan Micoud, ancien footballeur international, Philippe Dessertine, 63 ans, qui vit à Bordeaux, fief familial où il fit une partie de ses études, met l'accent sur la sécurité et s'indigne de "la paralysie lente" de la ville et d'une "politique environnementale de posture".
LILLE (236.000 habitants)
Qui pour incarner l'après-Martine Aubry, qui a démissionné en mars 2025 après 24 années de mandat consécutives ?
Dans ce bastion socialiste, cinq listes, dont trois à gauche, se sont qualifiées pour le second tour.
Le maire socialiste Arnaud Deslandes est arrivé légèrement en tête avec 26,26% des suffrages, devant la candidate insoumise Lahouaria Addouche (23,36%), le candidat écologiste Stéphane Baly (17,75%), la députée Renaissance Violette Spillebout (11,14%) et le député européen RN Matthieu Valet (10,92%).
Les tractations d'entre-deux tours s'annoncent intenses.
(Rédaction de Paris)

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