Le maire socialiste sortant de Lille Arnaud Deslandes vote au 1er tour des municipales, le 15 mars 2026 à Lille ( AFP / Elise HOUBEN )
La gauche lilloise se recompose à six jours du second tour des municipales: l'écologiste Stéphane Baly, arrivé troisième au premier tour, a annoncé lundi s'allier avec le maire socialiste sortant Arnaud Deslandes, arrivé en tête, laissant LFI isolé.
Arnaud Deslandes, qui a succédé il y a un an à Martine Aubry, a récolté dimanche 26,26% des voix, devant la candidate LFI Lahouaria Addouche (23,36%), qui cherchait elle aussi à nouer un accord avec M. Baly depuis dimanche soir.
Cet accord, "je crois, correspond à l'attente que de nombreux Lillois avaient exprimé au cours des dernières semaines", a estimé M. Deslandes lors d'une conférence de presse commune avec M. Baly lundi soir.
Le maire sortant a parlé d'un accord construit dans un "esprit de concorde", pour un projet "social et écologique".
M. Baly a lui évoqué un "pacte de gouvernance" avec des "clarifications programmatiques" et un principe de "cogestion".
En 2020, socialistes et écologistes, jusque-là alliés dans la majorité municipale, avaient finalement choisi de faire cavalier seul pour la première fois depuis des décennies, après une accumulation de tensions durant le mandat 2014-2020.
À l'époque, les deux camps n'étaient pas parvenus à s'entendre sur des dossiers de fond, comme la publicité, la vidéosurveillance ou encore les logements.
M. Baly, ancien adjoint de Mme Aubry, était ainsi devenu son opposant, ferraillant sur des dossiers comme celui de l'avenir de l'ancienne gare Saint-Sauveur, une friche en plein centre-ville.
Le retour de l'alliance PS-Verts à Lille dégage la voie du beffroi pour Arnaud Deslandes, 43 ans, qui mène cette année la première campagne municipale sur son nom, après avoir occupé de nombreux postes dans le cabinet puis l'équipe municipale de Martine Aubry.
En plus de négocier avec le PS, les Écologistes lillois avaient mené depuis dimanche soir des discussions parallèles avec La France insoumise, qui a sans surprise très mal accueilli l'accord Deslandes-Baly.
- "Tambouilles électoralistes" -
"Nous ne comprenons pas ce choix en complète contradiction avec les six années passées dans l'opposition de Stéphane Baly et sa campagne intransigeante de premier tour", a sèchement réagi LFI dans un communiqué.
"Comment d'appels à la rupture en est-il venu à épouser la continuité?", a ajouté le parti, dénonçant "les combines d'appareil et les tambouilles électoralistes".
Lahouaria Addouche et Aurélien Le Coq, député LFI du Nord, avaient assuré lundi à plusieurs reprises qu'un accord était proche entre leur liste et les Verts.
Dès dimanche soir, Arnaud Deslandes avait tendu la main à M. Baly, estimant que les "convergences" entre leurs programmes étaient "nombreuses" et qu'ils partageaient "un socle de valeurs".
Selon une source proche de la direction socialiste, cet accord serait "lié à une demande des Écologistes que le PS partent derrière eux à Lorient, Colombes et Poitiers".
"Ce sont d'abord des accords locaux mais, à un an de la présidentielle, les états-majors des partis ne sont pas complètement laissés de côté pour ce type de choix", analyse le politologue Cédric Passard, enseignant à Sciences Po Lille.
Les accords ont "une portée politique nationale au-delà de la seule situation locale", a-t-il ajouté.
Carte de France montrant la nuance politique de la liste en tête au 1er tour des municipales 2026 dans les villes d'au moins 100 000 habitants, selon les données complètes du ministère de l'Intérieur le 16 mars 2026 ( AFP / Nalini LEPETIT-CHELLA )
Dans les rues de Lille, Amaria, 43 ans, fonctionnaire, jugeait lundi matin que les résultats du premier tour n'étaient pas un "éclatement de la gauche" mais "davantage la certitude que Lille" était "une ville de gauche".
Clotilde Duquennoy, 33 ans, qui a voté pour M. Baly au premier tour, hésitait en cas d'alliance avec LFI. "Je ne suis pas à 100% à l'aise avec le fait de voter pour quelqu'un qui a l'étiquette LFI", confiait-elle, évoquant les "actualités" et la personnalité "controversée" du leader du parti, Jean-Luc Mélenchon.
Lille se dirige donc vers une quadrangulaire le 22 mars. La députée Renaissance Violette Spillebout est arrivée quatrième avec 11,1% des voix, devant le député RN Matthieu Valet (10,9%). Les deux comptent se maintenir au second tour.
"Je prends acte de l'accord Deslandes-Baly: un accord de continuité, à l'inverse de ce que Stéphane Baly défendait" depuis des années, a réagi lundi soir Mme Spillebout.

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