( AFP / RONALDO SCHEMIDT )
Confiance en berne, consommation qui marque le pas, les Américains ont multiplié les signes de doute vendredi concernant la solidité de l'économie nationale, alors que la guerre au Moyen-Orient continue de peser sur l'inflation.
La matinée a débuté avec la publication des ventes au détail, qui ont reculé très sensiblement au mois de juillet, pour atteindre 763,6 milliards de dollars, soit un repli de 0,6% par rapport au mois précédent.
Sur un an, la consommation reste orientée à la hausse, de 5%, mais elle s'explique en premier lieu par les effets de l'inflation; en volume la progression n'est en effet plus que de 1,6%.
La moyenne sur un an intègre également une hausse de près de 20% des achats d'essence, consécutive au choc sur les prix provoqué par la guerre au Moyen-Orient.
Les données publiées pour le mois de juin pointaient déjà vers un fort ralentissement de la consommation américaine, qui n'avait augmenté que de 0,2%, tendance confirmée par les données révisées publiées vendredi.
Les analystes se montraient plus positifs, même s'ils avaient anticipé un nouveau ralentissement, s'attendant à une légère hausse de 0,1%, selon le consensus publié par MarketWatch.
"Les dépenses ont reculé de manière inattendue, affichant leur plus faible niveau depuis plus d'un an et l'écart négatif le plus important par rapport aux prévisions depuis février 2023", a relevé dans une note Bret Kenwell, analyste des marchés américains pour etoro.
"Un seul mois de baisse des dépenses ne signifie pas nécessairement que l’économie est au bord du précipice, mais il devient plus difficile d’écarter ce signal lorsqu’on le met en parallèle avec les données décevantes concernant le PIB et l’emploi", a ajouté M. Kenwell.
L'indice de confiance des consommateurs de l'université du Michigan, publié également vendredi, est quant à lui venu rappeler une donnée essentielle: la confiance des Américains dans leur économie n'est pas au beau fixe.
Selon le rapport, l'indice évaluant la confiance des consommateurs a reculé de 7,6% sur un mois, pour s'établir à 51 points. Une chute encore plus marquée sur un an, puisqu'elle est de 12,4%. Et pour cause: les données économiques en juillet n'ont pas été particulièrement positives.
Bonne nouvelle pour la Fed
Le marché de l'emploi a ainsi envoyé un signal partagé, avec un chômage en léger recul, à 4,1%, malgré la destruction de 23.000 emploi sur un mois, et des créations d'emplois en mai et juin divisés par deux après révision.
Plus problématique, la participation au marché de l'emploi des Américains en âge de travailler a atteint 61,4%, son niveau le plus faible depuis la fin des années 70, si l'on met de côté le choc temporaire provoqué par la pandémie de Covid-19 en 2020.
Dans le même temps, la croissance aux États-Unis a été plus faible qu'attendu au 2e trimestre, à 1,5% en rythme annualisé.
"Les ventes au détail en juillet ont été décevantes", a reconnu dans une note Bill Adams, chef économiste pour Fifth Third Commercial Banks, "mais les détails ne sont pas si négatifs: la chute des ventes en stations-service est en réalité une bonne nouvelle, puisqu'elle est due à une baisse des prix".
Si l'on met en effet également de côté les achats à la pompe, dont les évolutions sont plus volatils du fait des soubresauts des prix du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la baisse n'est plus que de 0,2%.
Cette tendance est cependant inégalement répartie: les ventes dans les magasins de vêtements et accessoires profitent ainsi de la rentrée des classes, qui intervient en août aux États-Unis, pour voir leur ventes progresser, de 1,9%.
Même tendance, mais moins forte pour les magasins liés à la santé et aux soins personnels (+0,7%).
A l'inverse, outre les concessionnaires automobiles et les stations services, les ventes ont fortement reculé sur les sites d'achat, avec une chute de 2,2% sur un mois, mais aussi dans les magasins d'électronique (-0,5%), malgré la hausse des prix d'un certain nombre d'appareils du fait du coût des puces électroniques, tiré à la hausse par la course à l'intelligence artificielle.
Dans l'immédiat les ventes au détail viennent "réduire la probabilité d'une baisse des taux de la Fed lors de leur prochaine réunion", a estimé M. Adams, l'économie ne montrant pas de signes de surchauffe.
Les marchés s'attendent majoritairement à ce que les taux directeurs de la Réserve fédérale (Fed) restent en effet inchangés lors de la réunion de septembre, selon l'outil de veille de CME, FedWatch, mais n'écartent pas une hausse avant la fin de l'année.
0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer