Jacky Kulik à côté d'un portrait de sa fille Elodie Kulik, le 14 juin 2021, avant l'ouverture du procès en appel de Willy Bardon devant la cour d'assises de Douai, dans le Nord ( AFP / DENIS CHARLET )
Le parquet d'Amiens a décidé jeudi de procéder à de nouvelles expertises ADN et vocales concernant le meurtre en 2002 d'Elodie Kulik, répondant ainsi favorablement à une demande de Willy Bardon, condamné à 30 ans de réclusion dans cette affaire.
M. Bardon, 51 ans, condamné en 2019 à 30 ans de réclusion pour enlèvement, viol et meurtre de cette banquière de 24 ans dans la Somme, a toujours clamé son innocence.
Ses avocats, qui souhaitent obtenir un procès en révision, avaient saisi en mai le procureur d'Amiens pour lui demander ces nouvelles expertises, arguant des progrès techniques réalisés depuis le procès en appel en 2021.
Après avoir recueilli "plusieurs avis scientifiques", le procureur Jean-Philippe Vicentini a acquiescé à cette demande: "L'évolution des techniques d'analyse en matière de voix et de génétique" justifie qu'il soit procédé à "certaines nouvelles investigations", a-t-il écrit dans un communiqué.
Des analyses ADN seront menées sur des éléments pileux et traces trouvés sur les scènes de crime "en utilisant de nouvelles techniques d'identification inconnues au moment de l'enquête", expliquent Gabriel Dumenil, Marc Bailly et Stéphane Daquo, les avocats de Willy Bardon.
L'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN), sollicité, a aussi estimé pertinent de réanalyser la bande-son de l'appel passé par Elodie Kulik aux secours, un enregistrement glaçant où ses hurlements se mêlent à deux voix masculines, a détaillé à l'AFP Me Dumenil.
Les nouvelles technologies pourraient notamment permettre de confirmer ou infirmer que l'une des voix dans cette pièce maîtresse du dossier est celle de M. Bardon.
A l'issue de ces expertises, le condamné pourra décider de solliciter une révision de son procès.
Ses avocats y voient "une nouvelle étape décisive dans la preuve de son innocence".
Pour Me Didier Seban, avocat du père d'Elodie Kulik, "cela n'enlèvera rien à la conviction que M. Bardon est coauteur" du meurtre.
Willy Bardon dans le box des accusés avant l'ouverture de son procès en appel devant la cour d'assises de Douai, le 14 juin 2021 dans le Nord, après avoir été condamné en décembre 2019 à trente ans de réclusion criminelle pour l'enlèvement, le viol et la mort d'Élodie Kulik en 2002 ( AFP / DENIS CHARLET )
La jeune femme avait été enlevée dans sa voiture dans la nuit du 10 au 11 janvier 2002, après un accident de voiture inexpliqué sur une départementale dans la Somme. Elle avait été violée, tuée et brûlée.
L'enquête avait patiné dix ans, jusqu'à l'identification d'un suspect, Grégory Wiart, grâce à une nouvelle technique d'analyse ADN. Mais l'homme était décédé entre-temps. Fouillant son cercle proche, la justice avait mis en cause Willy Bardon, reconnu par plusieurs témoins sur l'enregistrement vocal.
Mais ni son ADN, ni aucune autre "preuve scientifique" formelle de sa présence n'ont été retrouvés sur la scène de crime.

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