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Lyhanna: recueillir la parole des enfants victimes, un enjeu crucial pour la justice
information fournie par AFP 10/06/2026 à 18:39

Une affiche "Audition en cours" dans l'unité UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique pour Enfants en Danger) dans un contexte de  maltraitance, au CHU d'Orléans, le 16 octobre 2024 dans le Loiret ( AFP / Guillaume SOUVANT )

Une affiche "Audition en cours" dans l'unité UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique pour Enfants en Danger) dans un contexte de maltraitance, au CHU d'Orléans, le 16 octobre 2024 dans le Loiret ( AFP / Guillaume SOUVANT )

Dans les dossiers de violences sexuelles sur mineurs, tout peut basculer selon la manière dont la parole de l’enfant est recueillie, un exercice nécessitant des enquêteurs formés: mal conduites, ces auditions fragilisent l'enquête, bien encadrées, elles en deviennent la pierre angulaire.

Face aux "dysfonctionnements" judiciaires pointés dans l'affaire Lhyanna, des experts rappellent notamment l'importance de recueillir le plus tôt possible la parole des victimes. "Les enfants parlent ou bien des signes peuvent alerter: hypersexualisation, scarification, addiction", explique à l'AFP Me Carine Durrieu-Diebolt, ex-membre de la Ciivise, la commission chargée de conseiller le gouvernement sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.

Dans certains dossiers de cette avocate spécialisée, des enfants de maternelle agressés dans le cadre du périscolaire n'ont pas été entendus avant plusieurs mois. Dans une affaire, "l'audition a eu lieu deux ans après les faits, après de multiples relances", explique-t-elle.

Or plus le délai est long, plus les souvenirs s'estompent d'autant que le cerveau peut refouler des souvenirs traumatiques pour se protéger.

En l'absence d'éléments matériels, le recueil de cette parole est déterminant pour la suite de la procédure. Au moment du dépôt de plainte, l’audition conditionne la qualification juridique des faits — viol ou agression sexuelle — et oriente l’enquête.

"Il faut mettre l’enfant en confiance tout en respectant un protocole très strict", souligne Jérôme Moreau, porte-parole de France Victimes, fédération de 130 associations qui accompagnent quelque 77.000 victimes mineures.

Protocole dédié

Les questions doivent être ouvertes, non culpabilisantes, neutres et dénuées de toute suggestion. "Si l’adulte induit une réponse, les avocats de la défense peuvent s’engouffrer dans la faille ", avertit-il.

Un enfant intimidé face à une figure d'autorité livrera un récit lacunaire, aboutissant à un dossier fragile ouvrant la voie à un classement sans suite, observe Solène Podevin, présidente de Face à l'Inceste.

Une enfant caresse un chien d'assistance dans l'unité UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique pour Enfants en Danger) dans un contexte de maltraitance au CHU d'Orléans, le 16 octobre 2024 dans le Loiret ( AFP / Guillaume SOUVANT )

Une enfant caresse un chien d'assistance dans l'unité UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique pour Enfants en Danger) dans un contexte de maltraitance au CHU d'Orléans, le 16 octobre 2024 dans le Loiret ( AFP / Guillaume SOUVANT )

"Il faut parfois accepter de reprendre l’audition un autre jour, respecter son rythme et sa capacité à dire", renchérit Jérôme Moreau.

Ces fragilités contribuent à un taux élevé de classements sans suite, dénoncé par la Ciivise: 73% des plaintes de violences sexuelles sur mineurs sont classées et 3% des plaintes pour viols contre des enfants aboutissent à une condamnation.

Pour limiter ces écueils, a été développé le protocole NICHD, reconnu internationalement: il prévoit une phase de mise en confiance, des questions ouvertes, progressives, une approche bienveillante.

Certains commissariats ou gendarmeries disposent de "salles Mélanie" conçues pour rassurer les enfants. Observés à travers une vitre sans tain, les enfants peuvent dessiner ou mimer les faits avec des poupées.

Les auditions d'enfants doivent être filmées pour éviter les répétitions traumatisantes et capter gestes et émotions. "Il est recommandé aux procureurs de les visionner car les mimiques, les émotions sont un faisceau d'indices", souligne Me Durrieu-Diebolt.

La question de la formation

Autre dispositif clé, les Unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (Uaped) dans les hôpitaux, comme celle de Paris qu'a visitée le président Macron mercredi. Dans un même lieu, peuvent être conduits l’audition, les examens médico-légaux et la prise en charge médicale du mineur. Les enquêteurs parlent avec l'enfant de façon naturelle, sans ordinateur.

Le président Emmanuel Macron (c) et son épouse Brigitte Macron (d) rencontrent la pédiatre Tania Ikowsky lors d'une visite à l'unité UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique Enfant en Danger), une structure hospitalière spécialisée dans la prise en charge des enfants victimes de violence, de maltraitance ou de négligence, à l'hôpital Robert-Debré à Paris, le 10 juin 2026 ( POOL / Gonzalo Fuentes )

Le président Emmanuel Macron (c) et son épouse Brigitte Macron (d) rencontrent la pédiatre Tania Ikowsky lors d'une visite à l'unité UAPED (Unité d'Accueil Pédiatrique Enfant en Danger), une structure hospitalière spécialisée dans la prise en charge des enfants victimes de violence, de maltraitance ou de négligence, à l'hôpital Robert-Debré à Paris, le 10 juin 2026 ( POOL / Gonzalo Fuentes )

Certaines gendarmeries utilisent aussi des chiens d’assistance judiciaire. " L’animal apaise, réduit le stress, et parfois, l’enfant se confie à lui", observe France Victimes, qui a mobilisé treize chiens pour accompagner les victimes au procès du chirurgien Joël Le Scouarnec.

Mais associations et avocats estiment insuffisant le nombre d'enquêteurs formés au recueil de la parole des enfants. Me Durrieu-Diebolt évoque des "auditions où on a demandé à des enfants de 11 ans s’ils avaient eu du plaisir".

Dans ses préconisations de novembre 2023, la Ciivise avait recommandé que toute audition d'enfant soit conduite par des policiers formés selon le protocole NICHD et que soient généralisées les salles Mélanie et les unités Uaped.

Quelque 400 salles Mélanie existent sur le territoire, selon le ministère de l'Intérieur. Quelque 2.100 gendarmes et 800 policiers ont été formés au protocole NICHD.

Cent-dix Uaped ont été créées mais beaucoup souffrent de pénuries de personnels et d'horaires limités, faute de moyens, souligne Martine Brousse, présidente de la Voix de l'Enfant, à l'origine du dispositif.

"En termes de délais et de savoir-faire des enquêteurs, c'est une loterie", relève Me Durrieu-Diebolt.

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