par Brendan O'Boyle
Le président brésilien de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, réélu dimanche à la tête du Brésil pour la quatrième fois, entamera le 5 janvier un ultime mandat qui s'annonce difficile, ses projets étant freinés par des difficultés économiques et un Congrès très nettement à droite.
Déjà le plus vieux président du pays, Lula a remporté à la surprise générale l'élection présidentielle brésilienne au second tour face au sénateur Flavio Bolsonaro, fils de son prédécesseur Jair Bolsonaro, obtenant 51,8% des voix à peine deux jours avant son 81e anniversaire.
Conservant le pouvoir dans un pays qui a basculé de manière spectaculaire vers la droite depuis sa première victoire électorale en 2002, il devra faire face à un Congrès hostile, à un ralentissement de la croissance et à un risque de crise budgtétaire.
"Lula a montré qu'il restait la figure politique dominante de son époque, mais il est affaibli", a observé Michael Ahn Paarlberg, chercheur pour le groupe de réflexion Center for International Policy, après le résultat du scrutin.
A preuve les résultats des élections législatives du 4 octobre dernier, qui se tenaient en même temps que le premier tour de la présidentielle et ont offert à la droite et au clan Bolsonaro une confortable majorité dans les deux chambres.
Le parti de Flavio Bolsonaro, le Parti libéral (PL), et ses alliés pourraient contrôler plus de 280 des 513 sièges de la Chambre des députés et jusqu'à 50 des 81 sièges au Sénat.
Le prochain Congrès brésilien, qui prendra ses fonctions en janvier 2027, sera le plus conservateur depuis le retour du pays à la démocratie dans les années 1980.
LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE, “SON PLUS GRAND DÉFI”
"Il (Lula) risque d’être un président en fin de mandat dès le départ", a relevé Oliver Stuenkel, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas de São Paulo, qui a prédit que Luiz Inácio Lula da Silva aurait du mal à former une coalition pour faire adopter une grande partie de son programme.
Lula pourrait ainsi faire face à la perspective d’adversaires au Congrès qui ne reconnaissent pas sa victoire, ont indiqué des analystes alors que Flavio Bolsonaro n’avait toujours pas concédé sa défaite lundi matin.
Le Congrès brésilien s’est par ailleurs doté d’un pouvoir considérable sur les dépenses publiques au cours de la dernière décennie, ce qui pourrait compromettre les promesses du président réélu de maintenir ses programmes sociaux.
Son gouvernement prévoit une croissance économique de 2,3% l’année prochaine, faible pour le Brésil, ce qui vient s’ajouter aux défis budgétaires aggravés par des taux d’intérêt élevés et une dette publique qui a dépassé 82% du produit intérieur brut (PIB), son plus haut niveau depuis le début de la pandémie de Covid-19.
"D'un point de vue macroéconomique général, les perspectives ne sont pas très réjouissantes", a déclaré Monica de Bolle, chercheuse à l'Institut Peterson d'économie internationale.
Un Congrès hostile "rendra très difficile l'adoption de toute réforme au Congrès et même la gestion du budget", a-t-elle ajouté.
Les promesses de Luiz Inácio Lula da Silva visant à garantir que les hausses du salaire minimum restent supérieures à l’inflation font partie de celles qui se heurtent à la pression croissante pour maîtriser la dette.
Les collaborateurs de Lula ont également laissé entendre qu’il continuerait à faire pression pour réduire les allègements fiscaux, mais les législateurs se sont à plusieurs reprises opposés aux mesures qui alourdissent la charge fiscale effective.
“La politique budgétaire reste le plus grand défi économique de Lula”, a noté Andres Abadia, économiste en chef pour l’Amérique latine chez Pantheon Macroeconomics, alors que l’augmentation des dépenses obligatoires et le coût élevé des intérêts ne laissent guère de marge de manœuvre pour réduire les déficits.
Selon les analystes, une crise économique pourrait même précipiter la destitution du président octogénaire, certains établissant des parallèles avec la crise qu’a connue le Brésil entre 2014 et 2016, qui avait précédé la destitution de son alliée Dilma Rousseff.
"Je pense que la campagne en faveur de la destitution de Lula commence dès maintenant", a estimé Paulo Kramer, politologue ayant travaillé sur la première campagne de l’ancien président Jair Bolsonaro et s’étant entretenu avec des proches de son fils.
Les investisseurs ont réagi avec nervosité lundi matin, entraînant une forte baisse des actifs brésiliens alors que les marchés réévaluaient les perspectives budgétaires du pays sous Lula.
UN OBSTACLE AU SÉNAT
Selon les analystes, le Congrès devrait également bloquer ou ralentir les nominations des proches de Luiz Inácio Lula da Silva à des postes clés au sein d’institutions telles que la Cour suprême et la banque centrale.
Pour la première fois depuis le retour du Brésil à la démocratie, le pouvoir exécutif sera clairement en désaccord avec le Sénat, a observé Lucas de Aragao, associé au sein du cabinet de conseil Arko Advice, basé à Brasilia.
"Lula disposera d’une certaine marge de manœuvre pour négocier à la Chambre basse en accordant davantage de latitude aux partis centristes, mais au Sénat, il devra négocier au cas par cas et adapter son programme législatif aux exigences de l’opposition", a-t-il ajouté.
Les alliés de la famille Bolsonaro au sein du futur Sénat se sont également engagés à lancer une procédure de destitution contre le juge Alexandre de Moraes, intensifiant ainsi leur conflit avec un pouvoir judiciaire puissant qui s’est souvent rangé du côté de Luiz Inácio Lula da Silva.
(Rédigé par Brendan O'Boyle ; version française Etienne Breban, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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