Affiches électorales à Genève avant le référendum sur l'immigration, le 4 juin 2026 ( AFP / Fabrice COFFRINI )
Les Suisses votent dimanche sur une initiative populaire anti-immigration proposant de plafonner la population du pays et un projet gouvernemental visant à resserrer les critères d'accès au service civil afin de préserver le caractère prioritaire du service militaire.
En Suisse, la grande majorité des électeurs votent à l'avance par correspondance. Les bureaux de vote n'ouvrent que quelques heures, les derniers fermant à midi (10H00 GMT) et les premiers résultats sont attendus dans l'après-midi.
Selon des sondages publiés la semaine dernière, les deux scrutins s'annoncent serrés. Le non est toutefois donné légèrement gagnant pour l'initiative sur l'immigration, dont l'acceptation pourrait compromettre les relations de la Suisse avec l'Union européenne, son principal partenaire commercial.
Bien que non membre de l'UE, la Suisse entretient avec elle des liens économiques étroits.
Portée par l'Union démocratique du centre (UDC, droite radicale), premier parti du pays, cette initiative, dans une Suisse où les étrangers représentent plus d'un quart de la population, vise à limiter l'immigration afin d'empêcher que la population résidente permanente dépasse les 10 millions d'habitants d'ici à 2050 alors que le pays en compte actuellement 9,5 millions.
"La misère du monde"
Si ce seuil devait être dépassé, la Suisse dénoncerait l'accord de libre circulation avec l'UE dans les deux ans, et d'autres accords bilatéraux portant sur l'asile et la sécurité viendraient également à tomber.
Pénurie de logements, hausse des loyers, bétonnage du paysage, bouchons, trains bondés, augmentation de la criminalité, système de santé à bout et baisse de la qualité de l'enseignement sont les principaux arguments des promoteurs de cette initiative.
Affiches électorales avant le référendum sur l'immigration, le 1er juin 2026 à Thayngen, dans le nord de la Suisse ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
"La Suisse est un petit pays qui n'est pas extensible" et nous "ne voulons pas accueillir l'Europe entière ni toute la misère du monde", a déclaré à l'AFP Yvan Pahud, député UDC.
Rejetée par le gouvernement et les principaux partis, le Parlement, les syndicats et le patronat, l'initiative doit obtenir la double majorité des votants et des 26 cantons pour être adoptée.
Selon le gouvernement, l'initiative "menace la prospérité, le bon fonctionnement de la société, la sûreté intérieure et la tradition humanitaire de la Suisse".
"Le 14 juin, la Suisse fera face à son propre Brexit. En cas de oui, nous nous retrouverions isolés", a assuré le ministre suisse de la Justice et Police, Beat Jans, à la Tribune de Genève.
"Conflit de conscience"
Les Suisses se prononcent par ailleurs par référendum sur une proposition de loi visant à durcir l'accès au service civil, dans un contexte où la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques poussent de nombreux pays à renforcer leurs armées.
Affiches électorales à Zurich avant le référendum sur l'immigration, le 28 mai 2026 ( AFP / SEBASTIEN BOZON )
La gauche, à l'origine du référendum, juge cette réforme "dangereuse" et estime qu'elle pourrait à terme conduire à la disparition de cette alternative au service militaire dans le riche pays alpin.
Selon un dernier sondage réalisé par gfs.bern et publié la semaine dernière, les deux camps sont au coude-à-coude : 48% des personnes interrogées se disent favorables à un durcissement des conditions d'accès au service civil, contre 46% qui y sont opposées.
La Suisse impose un service militaire obligatoire aux hommes dans le cadre d'un système de milice, où les conscrits, encadrés par quelques milliers de militaires professionnels, suivent une formation initiale durant généralement 18 semaines puis des périodes d'entraînement régulières pendant neuf ans.
Depuis 1996, les objecteurs de conscience peuvent effectuer un service civil. Depuis la suppression en 2009 de la commission chargée de vérifier la réalité de leur "conflit de conscience", leur nombre a fortement augmenté, ce que le gouvernement juge problématique.

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