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Les adversaires d'Infantino s'organisent, son avenir reste incertain
information fournie par Reuters 04/08/2026 à 18:20

Coupe du Monde de la FIFA 2026 - Seizièmes de finale - Pays-Bas - Maroc

Coupe du Monde de la FIFA 2026 - Seizièmes de finale - Pays-Bas - Maroc

par Nick Mulvenney

L'onde de choc produite par la proposition avortée du président de la Fifa, Gianni Infantino, de céder une participation ‌dans la Coupe du monde continuait de se propager mardi, au lendemain de la publication par The Times d'un article révélant que trois confédérations s'étaient réunies pour contraindre l'Italo-Suisse à quitter ses fonctions.

Il ne lui aura fallu que trois jours pour ​céder aux pressions de ses adversaires et renoncer vendredi à un projet qui a soulevé une immense controverse dans le monde du football.

La Fifa envisageait de lever jusqu'à 4,2 milliards de dollars en cédant environ 20% des parts d'une nouvelle entité chargée d'organiser ses compétitions, dont la Coupe du monde. Parmi les investisseurs privés liés à ce projet, figurait Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump.

Cette proposition, rendue publique mardi dernier, s'est heurtée à une vague de protestations. L'instance dirigeante ​du football européen, l'UEFA, avait notamment menacé de boycotter la Coupe du monde et a accusé la Fifa de vendre "l'âme" du football. La confédération asiatique et celles d'Amérique du Nord et centrale se sont également opposées au projet.

Acculé, Gianni Infantino, 56 ans, a présenté des excuses, mais son emprise, jusque-là considérée comme quasi incontestable au ​sommet de l'instance dirigeante, montre de sérieux signes d'essoufflement.

Mardi, le secrétaire général de la Fifa, le Suédois Mattias Grafström, a ⁠pris ses distances avec Gianni Infantino, déplorant dans une note adressée aux salariés de la Fifa une "triste et répréhensible série d'événements" qui les a conduits "au milieu d'une tourmente, qu'il est difficile de comprendre et d'accepter".

Cinq fédérations européennes ‌ont officiellement retiré leur soutien à la réélection de Gianni Infantino en amont du Congrès de la Fifa prévu au Maroc en mars.

À l'inverse, les fédérations du Maroc, du Qatar, du Koweït, du Liban et du Sri Lanka ont jusqu'à présent réaffirmé publiquement leur soutien au dirigeant italo-suisse, à la tête de la Fifa depuis 2016 et qui souhaite rester en fonction jusqu'en 2031.

Il ​a en outre reçu mardi le soutien de plusieurs fédérations africaines influentes : Egypte, Niger, Mauritanie ou ‌encore République démocratique du Congo.

L'UEFA ET LA CONCACAF DÉTERMINÉES

Le nombre de fédérations ayant pris publiquement position demeure limité alors que 211 associations nationales voteront lors du Congrès. ⁠L'absence de processus de consultation, jusque dans son entourage dans les plus hautes sphères de la Fifa, a toutefois semé la consternation et l'agacement.

L'UEFA, la puissante confédération européenne, ainsi que la CONCACAF, qui administre le football en Amérique du Nord, en Amérique centrale et dans les Caraïbes, ont publié samedi des communiqués laissant peu de doutes sur la confiance qu'ils accordaient à Gianni Infantino.

Sans se montrer aussi sévère, la Confédération asiatique de football (AFC), habituellement présentée comme un allié fidèle, a réclamé une réforme ⁠institutionnelle de la Fifa après avoir jugé le manque ‌de concertation autour du projet "totalement inacceptable".

Selon The Times, l'UEFA, la CONCACAF et l'AFC seraient déterminées à contraindre Gianni Infantino à quitter ses fonctions en paralysant la Fifa et pourraient même lancer leurs ⁠propres compétitions s'il refusait de partir.

La CONCACAF, l'AFC et la Fifa n'ont pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire concernant ces informations. L'UEFA a fait savoir qu'elle ne souhaitait pas commenter.

L'UEFA a en revanche confirmé avoir adressé à la ‌Fifa une demande de préservation de tous les documents liés au projet de Gianni Infantino, tout en continuant d'examiner l'opportunité d'engager une procédure judiciaire.

CLIENTÉLISME

À court terme, la principale préoccupation de Gianni Infantino sera d'éviter la ⁠convocation d'un Congrès extraordinaire, lequel serait déclenché si au moins 43 associations membres de la Fifa en faisaient officiellement la demande par écrit.

Au-delà, il disposera de sept ⁠mois pour renouer avec les soutiens qu'il aurait pu perdre ‌et consolider sa position face à d'éventuels rivaux.

Comme ses deux prédécesseurs à la présidence de la Fifa, Joao Havelange et Sepp Blatter, Gianni Infantino a construit sa base de pouvoir en dehors de l'Europe, où les fédérations les moins fortunées dépendent ​des financements de la Fifa pour assurer leur fonctionnement, nourrissant ça et là des soupçons de clientélisme.

"Notre problème, c'est comment obtenir de ‌l'argent ? En ce moment, nous n'avons aucun sponsor", soulignait jeudi dans une interview accordée à l'Equipe, Saïd Ali Athouman, qui préside la Fédération de football des Comores.

"Les nations les plus riches peuvent former, avoir des infrastructures, des équipements et ce n'est pas un hasard ensuite si vous ​avez des résultats. Les pays européens dans leur majorité n'ont pas ces soucis."

C'est auprès de ces associations que son projet controversé a été défendu, avec la promesse d'un versement compris entre 20 et 40 millions de dollars dès le début de l'année prochaine pour chaque fédération nationale soutenant le dispositif.

Les adversaires de Gianni Infantino devront désormais trouver, avant la date limite du 18 novembre pour le dépôt des candidatures à l'élection présidentielle de la Fifa, une personnalité capable de répondre aux attentes ⁠de ces fédérations tout en rassemblant également les associations plus prospères des bastions historiques du football.

S'ils gardent l'espoir d'évincer Gianni Infantino, c'est aussi parce qu'ils sont persuadés de pouvoir s'appuyer sur les controverses nées de l'organisation de la dernière Coupe du monde en Amérique du Nord et notamment des liens qu'il a entretenus avec le président américain, Donald Trump.

Cette relation, qui a conduit le premier à accorder au second un inédit Prix de la paix de la Fifa, "destiné à récompenser les personnes qui ont accompli des actions exceptionnelles et remarquables en faveur de la paix", a suscité de nombreuses questions.

Lundi, le quotidien conservateur américain New York Post écrivait que Gianni Infantino aurait tenté, en vain, de contacter Donald Trump afin d'obtenir de lui un soutien public.

"Le président de la Fifa n'a passé aucun appel au président des Etats-Unis, ni à des membres de son administration, ces derniers jours. C'est une pure fiction", a déclaré la Fifa dans un communiqué transmis à Reuters.

(Nick Mulvenney, ​Suramya Kaushik et Shrivathsa Sridhar, version française Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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