Marine Le Pen (c), présidente du groupe RN, assise avec les députés du RN et ceux de son allié l'UDR lors de la journée réservée à l'Assemblée nationale, le 8 octobre 2026 à Paris ( AFP / LOU BENOIST )
Des thèmes consensuels ou ayant déjà réuni une majorité par le passé, pour tenter de marquer des points: pour sa journée réservée à l'Assemblée, le Rassemblement national espérait mettre ses adversaires dans l'embarras. Mais le plan s'est heurté à un barrage de la gauche et du centre.
En début de journée, au milieu de son groupe au grand complet, Marine Le Pen avait souhaité revendiquer une victoire forcément symbolique, à un peu plus de six mois de la présidentielle.
L'an dernier, le RN avait fait voter une résolution visant à dénoncer l'accord franco-algérien de 1968, une première historique à l'Assemblée pour un texte porté par le parti lepéniste.
Mais il n'est cette fois pas parvenu à répéter la même victoire. Sur l'accès à l'eau potable ou la panthéonisation d'une figure historique -- deux textes non clivants -- les opposants au RN ont refusé de lui offrir leurs voix.
Et sur la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) contre les voitures polluantes, qui aurait pu réunir une majorité comme cela avait été le cas récemment dans l'hémicycle, les mêmes ont joué la montre jusqu'à minuit pour ne pas arriver au vote.
La proposition de résolution sur l'accès à l'eau potable en outre-mer, premier texte de la journée, avait pourtant été conçue pour l'occasion : pavé de bonnes intentions et sans valeur contraignante - ni possibilité d'amendement, pour aller vite au vote.
Mais par 160 voix contre 156, le RN a échoué à le faire adopter, malgré le soutien des députés LR et Horizons.
Le député RN Yoann Gillet lors de la journée réservée au RN à l'Assemblée nationale, le 8 octobre 2026 à Paris ( AFP / LOU BENOIST )
Le socialiste guadeloupéen Elie Califer a critiqué "un texte d'affichage", la communiste réunionnaise Karine Lebon "une résolution digne d'un concours de Miss France".
En retour, le RN Yoann Gillet a accusé "la gauche et les macronistes" de "traiter nos concitoyens d'outre-mer comme des Français de seconde zone".
"Ces parlementaires qui ont fait preuve du plus aveugle sectarisme, se sont aussi rendus complices d'une injustice sociale majeure", a réagi Marine Le Pen dans un communiqué.
"Relooking historique"
Même scénario un peu plus tard: une résolution appelant à l'entrée au Panthéon de trois figures historiques, dont Olympe de Gouges, autrice de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, a été repoussée (133 voix contre 158).
Marine Le Pen (c), présidente du groupe RN, lors de la journée réservée à l'Assemblée nationale, le 8 octobre 2026 à Paris ( AFP / LOU BENOIST )
Le texte appelait également à la panthéonisation de l'abbé Charles-Michel de l'Epée, précurseur de l'enseignement aux sourds-muets, et de Zéna M'Déré, cheffe de file du mouvement des "chatouilleuses", qui se sont battues pour une Mayotte française.
Sans contester l'importance de ces trois figures, de nombreux députés ont dénoncé une instrumentalisation de l'Histoire par le parti d'extrême droite.
Le RN "tente aujourd'hui une opération de relooking historique", a lancé la députée socialiste Colette Capdevielle.
"Ne soyons pas dupes", a abondé la députée Renaissance Nicole Dubré-Chirat. Ce texte "est davantage un outil de communication politique sur le volet mémoriel, qu'un véhicule législatif approprié pour panthéoniser trois personnalités au parcours admirable."
Deux autres résolutions, plus clivantes, ont également été rejetées : l'une sur la "priorité nationale" dans la commande publique (187 voix contre 151). Tout comme celle visant à "refonder l'espace Schengen" en créant une "double frontière" contre l'immigration (144 voix contre 199).
Retour des ZFE
Mais le sujet ayant provoqué les plus vives discussions est la proposition de loi supprimant les ZFE.
L'Assemblée a voté récemment pour leur suppression lors de l'examen d'une loi sur la simplification, mais le Conseil constitutionnel a invalidé cette décision, jugée sans lien avec le texte initial.
Initiées en 2019, ces zones restreignent la circulation des véhicules les plus polluants dans certaines grandes villes, pour limiter les émissions de particules fines, responsables de maladies respiratoires et de décès.
Mais elles font l'objet de critiques dépassant les clivages politiques au nom de la défense des ménages n'ayant pas les moyens de changer de véhicule.
Les députés d'extrême droite, des Républicains, mais aussi de LFI ont ainsi voté contre un amendement qui supprimait le coeur du texte, le repoussant par 164 voix contre 49.
"Nous venons d'obtenir une majorité écrasante pour supprimer les ZFE", a alors déduit le député RN Pierre Meurin, déplorant ensuite la "lâcheté" de députés faisant "de l'obstruction parlementaire" pour ne pas "aller au vote à la loyale" sur l'ensemble du texte.
Les derniers débats ont notamment été rallongés par les interventions de députés écologistes et macronistes, critiquant entre autres la suppression sèche proposée par le RN, sans prévoir d'alternatives.

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