Créé dans les années 90 pour gérer les larges excédents de son industrie pétro-gazière, le fonds souverain de Norvège surpasse désormais de loin toutes les autres fonds étatiques, avec plus de 2.000 milliards d'euros d'actifs. Ces montants titanesques ne sont toutefois pas gage de sécurité sur le long terme face aux chocs pouvant ébranler le monde, met en garde le directeur général du fonds.
Nicolai Tangen, directeur général du fonds souverain de Norvège, à Oslo, le 29 janvier 2026 ( NTB / LISE ASERUD )
"Les fortunes finissent toujours par disparaître". Le fonds souverain de la Norvège, le plus important au monde avec 2.000 milliards d'euros d'actifs, peut-il partir en fumée? "Oui", juge son directeur, estimant même que le contexte actuel rendait une telle perspective moins invraisemblable.
"Aucun pays dans l'histoire n'est parvenu à conserver durablement une fortune aussi considérable"
Alimenté par les revenus pétro-gaziers de l'Etat norvégien, le fonds public a vu sa valeur passer de moins de 2 milliards de couronnes à ses débuts en 1996 à plus de 22.000 milliards de couronnes (2.025 milliards d'euros) actuellement. Une croissance phénoménale et extraordinaire, en partie due à la chance et dont on ne peut s'attendre à ce qu'elle se poursuive à un tel rythme à l'avenir, a averti Nicolai Tangen, le directeur général du fonds.
"Le fonds pétrolier (son nom commun, ndlr) peut-il disparaître ? La réponse est oui. Et le pire, c'est que, dans le monde où nous vivons aujourd'hui, ce n'est pas totalement improbable", a-t-il déclaré mardi 12 août lors d'un discours à Arendal, ville du sud de la Norvège où l'élite du pays est réunie cette semaine.
"Aucun pays dans l'histoire n'est parvenu à conserver durablement une fortune aussi considérable. Les fortunes finissent toujours par disparaître", a-t-il fait valoir, en citant des exemples historiques comme l'Espagne et le Royaume-Uni.
Investi en actions, obligations et dans l'immobilier à travers le monde, le fonds norvégien est censé s'inscrire dans le temps long et bénéficier aux générations futures. Il représente aujourd'hui plus de quatre fois le PIB de la Norvège.
Guerre nucléaire, bulle de l'IA...
Pour équilibrer les comptes publics qui seraient autrement déficitaires, le gouvernement ne peut puiser aujourd'hui que 3% dans le fonds chaque année, un plafond qui correspond au rendement annuel des investissements et qui n'entame donc pas le bas de laine lui-même.
Parmi les risques, M. Tangen a cité des scénarios extrêmes comme une guerre atomique ou des actes de terrorisme biologique mais aussi celui d'une dépression durable provoquée par exemple par un éclatement de la "bulle IA" -en référence aux cours élevés des valeurs liées à l'intelligence artificielle - combiné à une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, les deux principales puissances économiques.
Même si des garde-fous sont désormais en place, ce dernier scénario serait comparable à la grande dépression économique de 1929 et pourrait gommer "80% au moins" de la valeur des placements boursiers, a affirmé M. Tangen.
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